Suisse/France: Holcim et Lafarge annoncent leur fusion

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Suisse/FranceHolcim et Lafarge annoncent leur fusion

Le groupe saint-gallois et son concurrent français ont annoncé lundi leur fusion pour créer un géant mondial du ciment, LafargeHolcim, basé en Suisse.

Deux des plus grands acteurs de l'industrie du ciment, le français Lafarge et le saint-gallois Holcim, unissent leurs forces. Pour affronter les changements dans leur branche, ils donneront naissance l'an prochain à LafargeHolcim, le numéro un mondial du secteur. Le siège du géant sera basé en Suisse.

Les deux géants, qui ont dévoilé vendredi mener des discussions approfondies quant à une fusion n'ont donc pas traîné avec l'annonce lundi dans un communiqué commun d'une fusion «entre égaux». L'opération, la plus importante en Europe après le mariage l'an passé de Glencore et Xstrata, prendra la forme d'une offre publique d'échange lancée par Holcim.

A cet effet, la multinationale établie à Jona et dont le siège se trouve à Zurich, offrira aux actionnaires de Lafarge un titre Holcim pour chaque action Lafarge en leur possession. Mais au préalable, la transaction, dont la finalisation est prévue au cours du premier semestre 2015, devra recevoir le feu vert des autorités de la concurrence.

Le nouvel ensemble représentera un colosse de l'industrie du ciment et des matériaux de construction, un secteur encore relativement fragmenté au niveau global. Outre les deux multinationnales helvétique et française, la branche compte aussi comme importants acteurs le mexicain Cemex ou encore l'allemand HeidelbergCement et l'italien Italcementigroup.

Feu vert des gros actionnaires

Les actionnaires principaux des deux géants ont avalisé le projet, tout comme leurs administrateurs, ces derniers l'ayant accepté à l'unanimité. Holcim est contrôlé à hauteur de 20% par Thomas Schmidheiny et Filaret Galchew (Eurocement) avec une part de 11%.

Lafarge est pour sa part détenu par la société de participations belge Groupe Bruxelles Lambert (GBL) avec une part de 21% et la holding NNS de l'homme d'affaires égyptien Nassef Sawiris, le frère de Samih Sawiris, propriétaire du groupe immobilier Orascom (14%).

A l'issue de la transaction, LafargeHolcim sera contrôlé à hauteur de 11% par Thomas Schmidheiny, GBL et NNS détenant pour leur part 10 et 7% des actions. Les titres disséminés dans le public représenteront 72% du capital-actions. Le géant sera coté aux Bourses de Paris (Euronext) et de Zurich (Bourse suisse SIX).

Le futur numéro un mondial du ciment sera dirigé par l'actuel patron de Lafarge, le Français Bruno Lafont. Egalement français, l'actuel directeur général de Holcim, Bernard Fontana, pilotera le comité d'intégration avec M. Lafont. Le chef des finances de Holcim, Thomas Aebischer occupera le poste de directeur financier du groupe fusionné.

Cessions au menu

Le conseil d'administration de LafargeHolcim comptera sept représentants de Holcim et autant de Lafarge. Il sera présidé par Wolfgang Reitzle, successeur désigné de Rolf Soiron à la présidence de l'organe de surveillance du cimenter saint-gallois.

Anticipant les probables objections des gardiens de la concurrence, les deux partenaires prévoient d'ores et déjà des cessions d'actifs. Ces dernières représenteront entre 10 et 15% du résultat d'exploitation avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements (EBITDA) de LafargeHolcim, lequel est attendu à l'issue du mariage à 8 milliards de francs.

Dans le cadre d'une présentation diffusée sur internet, M. Lafont a précisé que ces désinvestissements concerneront aux deux tiers l'Europe. D'autres pays feront aussi l'objet d'une attention toute particulière, comme le Canada, les Etats-Unis et le Brésil.

Mais aucun site de production ne sera fermé en lien avec la transaction, a souligné M. Lafont. Un désinvestissement ne représente pas une fermeture d'usine.

Discussions engagées

M. Soiron a pour sa part indiqué que les discussions ont déjà été engagées avec diverses autorités de la concurrence, notamment celle de l'Union européenne. Au terme de ce processus, le groupe fusionné, présent dans 90 pays dégagera un chiffre d'affaires de 33 milliards de francs.

Sur la base des chiffres de 2013, les deux groupes ont dégagé un chiffre d'affaires cumulé de 38,6 milliards de francs et un EBITDA de 7,8 milliards.

Consolidant la rentabilité du nouvel ensemble, la fusion doit apporter des synergies de 1,7 milliard de francs sur trois ans. Celles relevant uniquement des opérations se monteront à 1,2 milliard, alors qu'elles atteindront 500 millions au niveau financier. (ats)

Aucune intervention de la COMCO

La Commission de la concurrence (COMCO) n'examinera pas la fusion entre le cimentier saint-gallois Holcim et son concurrent Lafarge. L'opération n'est pas soumise à notification obligatoire, car le groupe français réalise un chiffre d'affaires inférieur à 100 millions de francs en Suisse.

Selon la loi, les deux entreprises impliquées doivent avoir réalisé chacune un chiffre d'affaires d'au moins 100 millions de francs en Suisse, a expliqué à l'ats le gendarme de la concurrence. Il est ainsi assuré que seules les transactions avec des effets sur la concurrence en Suisse sont soumises au contrôle.

Holcim et Lafarge bondissent à l'ouverture de la Bourse

L'action du cimentier Holcim était en verve, lundi matin, à la Bourse suisse, après avoir officialisé son union avec son concurrent français Lafarge. Les analystes perçoivent, dans ce rapprochement, des points très positifs, mais estiment que les obstacles réglementaires seront très importants. Vers 11h15, l'action Holcim gagnait 1,68%, à 81,55 francs, après un plus haut à 86,05 francs ( 7,3%), alors que le Swiss Market Index (SMI) reculait de 0,74%. Vendredi, le titre avait clôturé en hausse de 6,9%, à 80,20 francs. Le titre Lafarge prenait, dans le même temps, 2,89% à 65,94 euros, dans un CAC 40 en baisse de 0,48%, après avoir déjà terminé la séance de vendredi sur un gain de 8,90%.

Aucune usine ne sera fermée

La fusion des deux principaux producteurs mondiaux de ciment Holcim et Lafarge ne mènera à aucune fermeture d'usine, ont assuré lundi à l'occasion d'une conférence téléphonique le président du conseil d'administration d'Holcim Rolf Soiron et Bruno Lafont, directeur général de la nouvelle entité fusionnée LafargeHolcim.

«Nous ne fusionnons pas pour radicalement restructurer le groupe», a déclaré M. Lafont. Par le passé, Holcim et Lafarge avaient en effet déjà assaini leurs unités. Cela n'exclut toutefois pas que le nouveau groupe revoie ses structures de manière continue, a-t-il précisé.

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