Actualisé 17.05.2012 à 18:09

Présidentielle française

Hollande annonce sa baisse de salaire

La présidence Hollande est entrée dans le vif de l'exécutif jeudi avec la tenue du premier Conseil des ministres du gouvernement Ayrault, lors duquel a été adoptée la baisse du salaire de ses membres.

Nommés mercredi soir, les 17 hommes et 17 femmes de ce premier gouvernement paritaire de la Ve République ont tenu leur premier Conseil pendant environ 45 minutes.

Il a été l'occasion d'adopter la première mesure, celle de la baisse de 30% du salaire du président et de ses ministres. A son issue a eu lieu la traditionnelle photo de famille.

Consciencieux, les 34 ministres et ministres délégués étaient arrivés entre 14h30 et 14h50, à la suite du premier ministre Jean- Marc Ayrault, posant, le sourire aux lèvres, pour les photographes et cameramen.

Baptême du feu

A l'image de la benjamine Najat Vallaud-Belkacem, il s'agissait du baptême du feu pour la plupart d'entre eux: cinq seulement avaient une expérience en la matière (Laurent Fabius, Pierre Moscovici, Jean-Yves Le Drian, Michel Sapin, Marylise Lebranchu). Inédit: c'était même le premier Conseil dont les deux têtes, MM. Hollande et Ayrault, n'ont jamais été ministres.

Dès mercredi soir, M. Ayrault a assuré qu'il ne serait pas le «collaborateur» de M. Hollande, terme utilisé par Nicolas Sarkozy pour François Fillon en 2007, mais qu'il aurait «la responsabilité de faire fonctionner l'Etat et d'animer l'équipe gouvernementale».

Les membres du gouvernement se verront imposer une «charte de déontologie pour que les ministres, dans l'exercice de leur fonction, ne mélangent pas les genres et qu'ils soient exemplaires», a-t-il expliqué.

M. Hollande achèvera sa première semaine à l'Elysée en partant vendredi matin pour les Etats-Unis, où il doit passer quatre jours afin d'assister au sommets du G8 et de l'OTAN, et rencontrer Barack Obama.

Passations de pouvoir

La matinée a été rythmée par les passations de pouvoirs. Au moment de succéder à Alain Juppé au Quai d'Orsay - comme lui énarque et normalien -, le numéro deux du gouvernement Laurent Fabius - l'homme du «non» au projet de Constitution de l'UE - s'est dit «profondément Européen», mais en faveur d'une «Europe différente».

Succédant à Luc Châtel, le numéro trois Vincent Peillon (Education) a souligné sa «responsabilité particulière»: faire de l'école «une priorité».

Pierre Moscovici (Economie), relayant Valérie Pécresse et François Baroin, a souligné que la dette publique était «un ennemi» pour la France. Sous les yeux de Claude Guéant, Manuel Valls (Intérieur) a promis qu'il n'y aurait «ni angélisme ni course aux chiffres» en matière de sécurité, «ni stigmatisation de communautés».

Rue de Valois, la cérémonie a été le théâtre d'un éloge de Frédéric Mitterrand à Aurélie Filippetti. «C'est un jour de chance pour ce ministère car il va y avoir à partir de maintenant une ministre dont l'empathie pour le monde de la culture est connue depuis longtemps», a-t-il dit.

Test des législatives

Najat Vallaud-Belkacem a salué un «gouvernement du changement» incarnant «le respect des engagements pris».

Alors que Jean-Marc Ayrault a prévenu mercredi que tout ministre battu aux législatives ne resterait pas au gouvernement, la ministre lyonnaise a annoncé en matinée qu'elle renonçait à sa candidature, dans une circonscription qui s'annonçait des plus incertaines. Des responsables UMP, dont Christian Jacob, ont dénoncé «un manque de courage».

Martine Aubry, qui briguait Matignon et dont l'absence a été très commentée, a assuré jeudi qu'elle serait «la première alliée» de François Hollande.

«Imposture»

Avec 34 membres, dont sept ont moins de 40 ans, le gouvernement est plus fourni que le précédent (31). Il sera probablement remanié en fonction des résultats des législatives, le pire scénario, brandi par la droite, étant celui d'un «troisième tour» amenant à une cohabitation.

Jean-François Copé, patron de l'ex-parti présidentiel, a qualifié d'»imposture» la baisse du salaire des ministres dans un gouvernement comptant «14 membres de plus» que le premier gouvernement Fillon. (afp)

Les salaires des dirigeants européens

Allemagne

- La chancelière Angela Merkel et ses ministres viennent de s'accorder pour la première fois depuis douze ans une hausse de salaires, suite à une décision prise en conseil des ministres.

Le salaire mensuel d'Angela Merkel augmente ainsi de 1117 francs, pour atteindre environ 20'437 francs bruts.

Les ministres recevront 900 francs de plus par mois, les secrétaires d'Etat, 696, ce qui leur fait respectivement un salaire mensuel de 16'568 et 12'698 francs.

Grande-Bretagne

- Le 13 mai 2010, le nouveau Premier ministre David Cameron a annoncé lors de la première réunion de son gouvernement de coalition entre conservateurs et libéraux-démocrates, la baisse de 5% des salaires de tous les ministres. Le salaire annuel du Premier ministre David Cameron s'élève ainsi à 213'779 francs, contre 224'161 francs perçus par son prédécesseur travailliste Gordon Brown.

Italie

- Conscient des «sacrifices» demandés aux Italiens, Mario Monti a jugé de son «devoir» de renoncer à son salaire de chef du gouvernement et de ministre de l'Economie et des Finances (il cumule les deux fonctions), mais il touche cependant son salaire de sénateur à vie (12'474 francs par mois).

Espagne

- Les salaires de tous les membres du gouvernement ont été diminués de 15% en 2010, comme ceux de tous les hauts fonctionnaires, dans le cadre des mesures de rigueur prises par le gouvernement socialiste. Ils ont ensuite été gelés en 2011 et vont le rester en 2012.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy devrait percevoir cette année un salaire de moins de 96'083 francs, équivalent à celui touché par son prédécesseur, José Luis Rodriguez Zapatero, soit 94'059 francs.

Portugal

- Le Premier ministre Pedro Passos Coelho gagne 6366 francs sans les frais de représentation. Il n'a pas augmenté son salaire.

Le président de la République, Anival Cavaco Silva, a renoncé début 2011 à son salaire de président (7834 francs) mais touche un ensemble de retraites évaluées à environ 12'010 francs par mois.

Belgique

- Dès son entrée en fonction en décembre 2011, Elio Di Rupo a décidé une diminution de 5% du salaire de l'ensemble des ministres et secrétaires d'Etat, lui compris, afin de participer à l'effort de réduction des dépenses publiques demandé à la population belge. Elio Di Rupo perçoit donc un salaire mensuel de 13'253 francs net.

Pays-Bas

- Le salaire annuel brut du Premier ministre Mark Rutte s'élève à environ 172'945 francs, soit la même somme que ses ministres. Ce montant n'a été ni diminué ni augmenté ces dernières années.

Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt gagne 17'894 francs par mois, le Premier ministre finlandais Jyrki Katainen, 192'160 francs par an et le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, 174'625 francs par an.

Une charte déontologique

Tous les membres du premier gouvernement de François Hollande ont dû signer une charte de déontologie lors du premier conseil des ministres, réunis jeudi à l'Elysée. En voici les principaux points.

1. Solidarité et collégialité

«Chaque membre du gouvernement a le droit de s'exprimer dans le respect de la confidentialité qui s'attache aux délibérations du gouvernement sur tout sujet, y compris les sujets extérieurs à ses attributions. Une fois que la décision est prise (...), c'est le principe de solidarité qui s'applique.»

2. Concertation et transparence

«Les membres du gouvernement doivent être à l'écoute des citoyens. Ils entretiennent des relations suivies avec l'ensemble des partenaires institutionnels de leur ministère. Ils recueillent leur avis sur les principales décisions (...).

«Les projets de texte remis au Président de la République et au Premier ministre font apparaître les consultations menées, leur résultat et la façon dont elles ont conduit à amender le projet.»

3. Impartialité

«Les membres du gouvernement sont au service de l'intérêt général. Ils doivent (...) prévenir tout soupçon d'intérêt privé. C'est la raison pour laquelle ils remplissent et signent une déclaration d'intérêts lors de leur entrée en fonctions (...) En outre, ils confient la gestion de leur patrimoine mobilier à un intermédiaire agréé, sur la base d'un mandat garantissant qu'ils ne pourront intervenir directement dans cette gestion.»

«Les membres du gouvernement s'abstiennent de donner suite à toute invitation pour un séjour privé qui émanerait d'un gouvernement étranger ou de personnes physiques ou morales dont l'activité est en relation avec leur département ministériel. Ils remettent au service des domaines, soit immédiatement, soit à l'issue de leurs fonctions, les cadeaux d'une valeur supérieure à 150 euros.

«Ils renoncent à toute participation à un organisme, même à but non lucratif, dont l'activité intéresse leur ministère.

«Ils s'abstiennent absolument de toute intervention concernant la situation d'un membre de leur famille ou d'un proche.

4. Disponibilité

«Les membres du gouvernement consacrent tout leur temps à l'exercice de leurs fonctions ministérielles. Ils doivent, de ce fait, renoncer aux mandats exécutifs locaux qu'ils peuvent détenir.

5. Intégrité et exemplarité

«Les moyens mis à la disposition des ministres sont réservés à l'accomplissement de leur mission. Seules les dépenses directement liées à l'exercice des fonctions sont prises en charge par l'Etat.

«Les membres du gouvernement disposant d'un logement de fonction déclarent l'avantage en nature correspondant.

«Les membres du gouvernement privilégient le train pour les déplacements d'une durée inférieure à trois heures.

«Sauf contrainte particulière justifiant une escorte motocycliste, leurs déplacements en automobile se font dans la discrétion et le respect des règles du code de la route.»

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!