Hommage national à Aimé Césaire
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Hommage national à Aimé Césaire

Ferveur et solennité ont marqué dimanche les obsèques d'Aimé Césaire au stade Pierre-Aliker de Fort-de-France, où des milliers de Martiniquais ainsi que le président Nicolas Sarkozy sont venus assister à l'hommage national rendu au chantre de la «Négritude».

La cérémonie qui a commencé peu après 14h30 locales (20h30 à Paris) a duré un peu plus d'une heure. Elle s'est ouverte sur un mot d'adieu de son grand ami Pierre Aliker, suivi par l'hommage du président et la lecture de plusieurs textes de l'écrivain.

Le cercueil a ensuite été porté par six hommes sous les applaudissements de la foule et déposé dans le corbillard, qui a pris la direction du cimetière la Joyau, où reposera le poète et homme politique décédé jeudi à 94 ans. De longues minutes après le départ du cercueil, l'ovation du stade, debout et chantant, se poursuivait encore. L'émotion était très forte, et beaucoup de personnes versaient des larmes.

Des milliers de personnes ont ensuite parcouru à pied derrière le corbillard les 7 km qui séparent le stade Pierre Aliker du cimetière sur les hauteurs de Fort de France, pour accompagner le chantre de la Négritude à sa dernière demeure. Des chants, rythmés par les conques de lambis, ont accueilli le cortège funèbre qui a eu beaucoup de difficultés à rejoindre le cimetière en raison de l'affluence.

Aimé Césaire a été inhumé dans le caveau familial, qui porte un extrait de son poème préféré, «Calendrier Lagunaire», issue de son recueil «Moi, laminaire» publié en 1982: «La pression atmosphérique/ Ou plutôt historique/ A grandi démesurément mes maux/ Même si elle rend somptueux/ Certains de mes mots».

S'exprimant un peu plus tard depuis l'aéroport de Fort-de-France, Nicolas Sarkozy a estimé que «tous les Français se sentent aujourd'hui Martiniquais dans leur coeur». «Que les Martiniquais sachent et comprennent que les 7.000 km qui les séparent de la métropole n'ont jamais aussi peu compté», a-t-il déclaré. «C'est donc un hommage justifié que je suis venu rendre à Aimé Césaire au nom de la Nation, qui fut l'honneur de la Martinique, de la France et de tous ceux qui ont partagé ses idées et ses combats».

Très applaudi dans l'enceinte du stade qui porte son nom, le compagnon de lutte du poète et homme politique martiniquais, Pierre Aliker, âgé de 101 ans, avait lancé la cérémonie par un mot d'adieu au chantre de la négritude.

«La Martinique a perdu le meilleur de ses fils», a déclaré le Dr Aliker, qui fut pendant plus de 50 ans le premier adjoint d'Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France.

Visiblement ému, le Dr Aliker a délaissé le discours écrit et finalement opté pour l'improvisation. Revenant sur leur parcours politique commun, il a rappelé les objectifs du Parti progressiste martiniquais, fondé par Aimé Césaire.

«Notre objectif est d'obtenir un pouvoir local fort», a-t-il souligné. «Les spécialistes des questions martiniquaises, ce sont les Martiniquais (...) Avec une fidélité à toute épreuve, vous pourrez compter sur nous», a-t-il lancé en conclusion à la foule.

Nicolas Sarkozy a ensuite rendu l'hommage de la nation en faisant face pendant quelques instants au cercueil, disposé au centre du stade qui a observé une minute de silence.

«Aujourd'hui, je suis venu dire à la Martinique que la France entière partage sa douleur, et que c'est la nation tout entière qui est en deuil», avait déclaré le chef de l'Etat avant de se rendre au stade. Nicolas Sarkozy avait alors salué «un des plus grands poètes de France, et sans doute l'un des plus grands poètes du XXe siècle» mais aussi un «sage», un «être universel», un «symbole de la lutte pour le respect des peuples».

La partie solennelle de la cérémonie a été suivie par la lecture d'extraits de textes du poète (Cahier d'un retour au pays natal/Et les chiens se taisaient/La tragédie du roi Christophe...) et d'interprétations musicales. Ont participé à cet hommage culturel et non religieux, l'écrivain Daniel Maximin et les comédiens Jacques Martial, Aliou Cissé, Suzy Cinga, Rudy Silaire, et Akonio Dolo.

Malgré la pluie tenace, des centaines de Martiniquais avaient pris place dans les gradins dès dimanche matin. Le public était composé d'une majorité de femmes accompagnées de leurs enfants, venues de toutes les communes de l'île grâce à un dispositif de navettes gratuites.

Parmi les personnalités politiques, étaient présents plusieurs ministres (Christine Albanel, Michèle Alliot-Marie, Rama Yade, Yves Jégo, Alain Joyandet), le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, l'ancien ministre de l'Outre-mer François Baroin, ainsi que les socialistes François Hollande, Ségolène Royal, Laurent Fabius, Pierre Mauroy et Lionel Jospin, et le président du MoDem François Bayrou.

On notait également la présence du footballeur Lilian Thuram, qui avait organisé une rencontre entre l'équipe de France et Aimé Césaire en 2005. De nombreux pays caribéens étaient représentés, comme Cuba, Haïti, ou la Dominique.

Après la cérémonie, au passage du cercueil, une femme d'un certain âge a clamé: «Va Aimé en paix, le paradis t'attend, va rejoindre notre Panthéon à nous».

«Il n'avait sans doute pas imaginé de son vivant qu'il y aurait autant de monde ici aujourd'hui. J'espère que son oeuvre et sa pensée ne vont pas tomber en désuétude. C'est à nous maintenant de poursuivre le combat. De faire passer son message, et faire connaître ce grand homme», soulignait Lyvia Polygone, une étudiante de 19 ans qui avait eu la chance de rencontrer le poète de son vivant. (ap)

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