Genève: Hôpital cantonal: nouveaux employés sous-payés?
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GenèveHôpital cantonal: nouveaux employés sous-payés?

Selon Avenir syndical, les Hôpitaux universitaires de Genève pratiquent un plafonnement illégal de l’annuité à l’engagement. L’établissement conteste et affirme viser l’équité de traitement avec les collaborateurs en place.

par
Maria Pineiro
Le syndicat dénonce des inégalités de traitement à l’embauche.

Le syndicat dénonce des inégalités de traitement à l’embauche.

Archives Tribune de Genève / Lucien Fortunati

De nouveaux collaborateurs engagés à des conditions salariales inférieures à leur expérience professionnelle? C’est ce qu’a dénoncé un syndicat mardi au sein des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en racontant l’histoire d’Alice et Pascal*. Ces deux aides-soignants ont intégré les HUG en 2016 et 2015. Au bénéfice respectivement de 23 et 27 années d’expérience, selon Avenir syndical, ils ont pourtant été embauchés en annuité 15. La grille salariale de l’Etat de Genève en compte 22 (lire encadré). Dans le cas d’Alice, son entrée aux HUG s’est même soldée, a-t-elle raconté, par une baisse de salaire équivalant à plus de trois années d’expérience.

Plafonnement à l’engagement

«Il s’agit d’un plafonnement à l’engagement. Une pratique pourtant abandonnée lors de la refonte du système salarial de l’Etat en 2009, a souligné Yves Mugny, secrétaire syndical. Ces personnes auraient dû toucher des salaires prenant en compte leurs années d’expérience, soit le traitement maximum.» Selon lui, ce mode de faire contrevient au principe d’égalité qui devrait prévaloir au sein de l’Etat. «Cette limitation est incompréhensible, car les EMS ou l’Institution genevoise de maintien à domicile (IMAD) ne la pratiquent pas», a indiqué David Andenmatten, secrétaire syndical.

Garantir l’équité

Les HUG réfutent la pratique du plafonnement des salaires à l’engagement. Nicolas de Saussure, porte-parole-de l’établissement, a précisé que le système «vise à garantir une équité de traitement» entre les collaborateurs ayant fait leur carrière à l’interne et les nouveaux employés. Il s’agit «de prendre en considération le nombre d’années travaillées, mais également le nombre d’années durant lesquelles l’annuité a été versée, supprimée ou reportée». En effet, si, sur le papier, les fonctionnaires gagnent une annuité supplémentaire par année, dans les faits, c’est le Grand Conseil qui décide de l’octroyer ou non. Ainsi, un collaborateur avec vingt ans d’expérience dans la fonction publique ne sera pas forcément en annuité 20. «Le calcul des annuités des nouveaux employés se fait au cas par cas», souligne Nicolas de Saussure. A la suite de contacts avec l’Office du personnel de l’Etat, les HUG ont indiqué qu’ils seraient «particulièrement vigilants à ce que les règles soient clairement respectées». Les cas signalés seront analysés et corrigés par des versements rétroactifs en cas d’erreur.

Le syndicat dit avoir signalé ces cas à l’Office du personnel de l’Etat, ce qui a permis de débloquer la situation. Ce dernier confirme avoir été interpellé et avoir ensuite attiré l’attention des HUG sur les dispositions légales en vigueur. Résultat: Alice et Pascal ont chacun touché plus de 13’000 francs de salaires rétroactifs. Si les deux ont obtenu gain de cause, une partie des années d’expérience de Pascal n’ont pas été reconnues. Il n’a ainsi pas entièrement récupéré ce à quoi il prétendait.

Un million d’arriérés?

Malgré ces affaires, d’après Avenir syndical, la pratique perdure. «Parmi la vague d’engagements liés à la crise du Covid-19 l’été dernier, nous avons déjà réglé trois nouveaux cas», a assuré Yves Mugny. Le syndicat reproche aux HUG de ne pas avoir pris de mesures correctives ni d’avoir analysé les situations existantes et potentiellement problématiques. Contrairement aux HUG qui pensent que seuls quelques cas existent, David Andenmatten a estimé que cette situation pourrait concerner jusqu’à une centaine d’employés: «Les arriérés de salaire atteignent ainsi le million de francs.»

*Prénoms d’emprunt.

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