Soudan: Hôtel de luxe avec vue imprenable sur le Nil et la misère
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SoudanHôtel de luxe avec vue imprenable sur le Nil et la misère

Du haut du Burj al-Fateh, hôtel luxueux né d'un rêve libyen et d'une réalisation italienne, la vue sur la confluence du Nil bleu et du Nil blanc est imprenable.

Mais elle cohabite avec le spectacle de la misère de Khartoum, capitale d'un Soudan déchiré.

Avec ses 230 chambres, ses salles de conférence, complexes sportifs et aquatiques et ses nombreux restaurants, cet établissement de 18 étages à la forme ovoïde établit des standards de luxe jusque-là inconnus au Soudan.Fruit d'un rêve libyen vieux de neuf ans, sa réalisation, d'un coût de 130 millions d'euros, a été financée par Lafico, une société de Tripoli.«Cet hôtel haut de gamme est capable d'insuffler un nouvel élan économique et social dans la vie locale et, en particulier, dans le secteur des services», se félicite à l'AFP Emhemmed Ghula, directeur de projets à Lafico.L'hôtel se targue notamment d'avoir une suite présidentielle à 4.000 dollars, un chef cuisinier français et de la viande australienne servie à 70 dollars pièce au restaurant «Le Grill».«Je me sens fier. Il peut être considéré comme un repère à Khartoum», affirme Giuseppe Freda, directeur de projet de la société italienne CMC, chargée de la réalisation.De fait, à peine inauguré, l'hôtel est déjà devenu l'arrière-plan fétiche pour leurs «directs» de chaînes de télévision telle Al-Jazira.Il a même gagné un premier surnom --«la boule de Kadhafi»-- de la part de certains habitants de Khartoum, en allusion à la forme du bâtiment.Sous l'impulsion du «guide» Mouammar Kadhafi, la Libye ne cesse d'accroître ses investissements à l'étranger et la gérance de l'hôtel décrit Burj al-Fateh comme un «cadeau du gouvernement libyen à celui du Soudan».Manifestement, ce projet en appelle d'autres: Lafico a commencé à construire un autre complexe hôtelier avec appartements luxueux, centres de loisirs pour familles aisées et restaurant tournant. Le tout pour un budget de 45 millions d'euros.En outre, la Libye n'est pas la seule à gâter le Soudan, exportateur de pétrole depuis 1999: le Burj al-Fateh côtoie ainsi le Hall de l'Amitié, financé par la Chine, et d'autres investisseurs, arabes mais aussi indiens ou malaisiens, participent au «boom» du luxe immobilier.Pour autant, à Khartoum, capitale d'un pays troublé, la misère n'est jamais loin.Du sommet du Burj al-Fateh, la vue imprenable sur la confluence du Nil se conjugue avec celle de maisons en terre engluées dans les marécages.Selon le «Central Intelligence Agency Factbook», 40% des Soudanais vivent sous le seuil de pauvreté, et seule une infime partie de la population peut s'offrir un café.A cela s'ajoute la situation politique troublée.Le président Omar el-Béchir est menacé d'un mandat d'arrêt par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide, crimes contre l'humanité et crime de guerre au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis 2003.Le chef de l'Etat soudanais a prévenu que de possibles poursuites contre sa personne pourraient avoir des conséquences sur les investissements étrangers.Symboles du décalage entre le luxe hôtelier et le contexte soudanais, Emhemmed Ghula souligne les problèmes logistiques rencontrés.«Un tel bâtiment nécessite un tas d'achats (...) spéciaux et on ne trouve rien au Soudan. Ca n'a pas été facile», relève-t-il, alors que, pour exemple, les meubles et intérieurs ont été importés d'Europe.Le directeur du marketing du Burj al-Fateh, Wissam Khalek, un Libano-Américain ayant vécu la guerre civile à Beyrouth, se dit malgré tout confiant.«Nous sommes certains que nous gagnerons énormément d'argent. Bien sûr, il y a un risque d'instabilité politique. Mais ce risque est calculé», juge-t-il. (afp)

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