Actualisé 18.05.2019 à 13:57

GenèveHuis clos meurtrier: un excès de légitime défense

Un homme de 24 ans a été condamné à 7 ans de prison pour le meurtre d'un pote, en 2017. Son coaccusé de 29 ans a écopé de 15 mois ferme.

von
Léonard Boissonnas
Le meurtre a eu lieu au 4e étage de cet immeuble de l'avenue de la Roseraie.

Le meurtre a eu lieu au 4e étage de cet immeuble de l'avenue de la Roseraie.

lfe/20 minutes

Verdict contrasté pour la matinée meurtrière du 16 juillet 2017, durant laquelle un jeune de 23 ans avait perdu la vie. Les faits s'étaient déroulés dans un appartement de l'avenue de la Roseraie, dans le quartier de l'Hôpital. Lors du jugement vendredi, le Tribunal criminel de Genève a déclaré A., 24 ans, coupable de meurtre et l'a condamné à 7 ans de prison ferme. O., 29 ans, a été condamné à 30 mois de prison, dont 15 mois avec sursis, pour lésions corporelles simples et omission de porter secours. Sa peine a été assortie d'un délai d'épreuve de 3 ans. Le Tribunal a ordonné la libération immédiate de ce dernier, détenu, comme son coaccusé, depuis 22 mois. Le Ministère public, qui avait réclamé des peines de 12 ans à l'encontre des deux prévenus, a immédiatement annoncé un appel. O. a donc été maintenu en détention pour motif de sûreté.

Victime agressive

Selon les faits retenus par les juges, A., O., la victime et le fils du propriétaire de l'appartement s'y étaient rendus après une nuit passée en discothèque au cours de laquelle ils ont consommé de l'alcool et de la cocaïne. Durant la matinée, le fils du locataire a laissé ses invités pour aller à la recherche d'une prostituée. La victime avait un comportement étrange, ayant baissé son pantalon sans raison. Pour le Tribunal, il n'est pas établi que le défunt est ensuite allé se masturber dans une chambre, comme l'ont raconté les accusés. Toutefois, il est devenu par la suite agressif, adoptant un comportement offensif, comme en atteste une vidéo filmée par les prévenus. Il a donné des coups de poing à la télévision, tiré des rideaux et poussé deux fois O. au sol. Puis la victime a tenté de s'en prendre à A. Ce dernier lui a fait une clé de bras. Les deux hommes sont alors tombés au sol.

Neuf plaies, hémorragie importante

A un moment donné, A. est allé à la cuisine pour se saisir de deux couteaux, qui ont par la suite été utilisés. Le défunt a ensuite tenté de frapper A. avec un morceau d'assiette brisée, une blessure au thorax de A. corroborant cette version. Au cours de l'attaque, le pendentif de A. a été arraché volontairement ou non par la victime, ce qui l'a mis en colère. Suite à cela, A. a donné plusieurs coups de couteau sur le côté droit, touchant le thorax, le flanc et l'avant-bras. Neuf plaies ont été constatées, dont huit à caractère perforant. La victime s'est ensuite effondrée au sol. O. a asséné deux coups de poing. Les prévenus ont alors quitté l'appartement, abandonnant leur camarade encore vivant, mais grièvement blessé. Ce dernier est décédé sur place une heure après, des suites d'une hémorragie externe importante.

Défense et acharnement

Les juges ont retenu un «excès de légitime défense» à l'encontre de A. Certes, il faisait l'objet d'une attaque en cours, mais le défunt était en infériorité numérique, a relevé le Tribunal. De plus, A. a donné de multiples coups de couteau dans le haut du corps où se trouvent les organes vitaux et les a portés avec une certaine force au vu de la profondeur des plaies. Il aurait pu riposter de manière moins violente et émettre une sommation. Sa réaction a largement excédé la défense, ont estimé les juges. Il ne voulait pas seulement se protéger, mais aussi faire mal. Le comportement agressif de la victime ne justifiait pas un tel acharnement. A. ne s'est en outre pas préoccupé du sort de cette dernière, prenant son temps pour se laver les mains alors qu'il aurait pu appeler au secours. Les urgentistes ont indiqué que la victime aurait pu être sauvée s'ils avaient pu intervenir avant.

Expulsion de Suisse pour 5 ans

La faute de A. est très lourde, a relevé la présidente du Tribunal, Anne Jung Bourquin. Sa collaboration a été mitigée. Il s'est rendu à la police, mais a varié dans ses déclarations au sujet du nombre de couteaux, de la localisation des coups portés et de leur nombre. Sa prise de conscience n'est pas aboutie. Outre la peine de prison, le Tribunal a ordonné l'expulsion de A. qui est originaire de Colombie, pour une durée de 5 ans. Il devra verser une somme totale de 70'000 francs pour tort moral à la famille du défunt.

Pas de coactivité

O., qui était aussi accusé du meurtre par coactivité, a certes vu les coups de couteau, étant donné sa proximité, le nombre de coups et leur durée, mais cela ne signifie pas qu'il s'est associé au meurtre. Pas plus que le fait qu'il n'ait pas empêché ces coups. S'il est acquitté du chef de meurtre, le Tribunal a toutefois retenu l'omission de porter secours, à tout le moins par dol éventuel. O. ne pouvait ignorer que la victime était grièvement blessée et l'a laissée baignant dans son sang. Il s'est en outre rendu coupable de lésions corporelles simples. Il n'a pas agi en état de légitime défense, ont considéré les juges, puisqu'il a porté les coups de poing alors que la victime était au sol et ne représentait plus une menace.

Traitement ambulatoire

La faute de O. est «importante». Il est éminemment égoïste. Sa collaboration n'as pas été bonne. Il a varié dans ses déclarations, en particulier à propos des blessures constatées et l'endroit où il se trouvait dans l'appartement. Sa prise de conscience n'est pas bonne. Le Tribunal a ordonné un traitement psycho-thérapeutique ambulatoire. O. devra également payer une somme d'un peu plus de 23'000 francs à titre de tort moral à la famille de la victime.

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