Affaire Kadhafi: Human Rights Watch dénonce la situation des deux Suisses
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Affaire KadhafiHuman Rights Watch dénonce la situation des deux Suisses

Après Amnesty International, une autre organisation non gouvernementale active dans les droits de l'homme, Human Rights Watch, a dénoncé la situation des deux Suisses retenus en Libye depuis juillet 2008.

Estimant que leur cas est lié à des motifs politiques, l'organisation de défense des droits de l'homme va exiger leur «libération immédiate».

La décision des autorités libyennes d'empêcher les deux Suisses de quitter le pays depuis juillet 2008 apparaît comme «une mesure de représailles après l'arrestation de Hannibal Kadhafi, fils du leader libyen, quelques jours avant à Genève», écrit HRW dans un communiqué sur son site internet.

L'ONG basée à New York rappelle que les deux hommes ont été enlevés en septembre par les services de sécurité et détenu durant 52 jours, coupés du monde, dans une cellule.

HRW souligne par ailleurs que leur procès pour violation des règles sur l'immigration - au terme duquel les deux Suisses ont été condamnés à seize mois de prison - n'était pas équitable. Leur avocat n'a pas pu donner sa version des faits lors des audiences.

Rencontre avec le ministre de la justice

L'organisation de défense des droits avait obtenu de rencontrer samedi le ministre libyen de la justice, mais la rencontre qui a été remise à dimanche. A cette occasion, elle compte demander «la libération immédiate des deux Suisses retenus illégitimement en Libye», a déclaré l'ATS l'une de ses collaboratrices, Heba Fatma Morayef.

L'ONG entend continuer à réclamer la libération des deux Helvètes lors des futurs entretiens avec les autorités libyennes. HRW a aussi demandé à rencontrer le ministre de l'Intérieur et le procureur général, mais Mme Morayef n'a pas pu dire si ces rencontres pourraient avoir lieu.

HRW a pu rencontrer pour la première fois les deux otages suisses jeudi à l'ambassade de Suisse à Tripoli, a précisé Mme Morayef, confirmant une information de la «Tribune de Genève».

«Progrès limités»

La prise de position de Human Rights Watch intervient le jour de la publication d'un rapport de 78 pages intitulé «Truth et Justice can't wait» (»La vérité et la justice ne peuvent attendre») sur les droits de l'homme en Libye, une première sous le régime de Mouammar Kadhafi.

L'ONG a été autorisée à enquêter dix jours dans le pays en avril dernier et n'a donc pu rencontrer les deux Suisses à cette occasion. C'est pourquoi leurs cas n'a pas pu être intégré dans ce rapport.

Dans ce document, HRW relève que «des progrès limités sont en cours en Libye, avec une liberté d'expression plus large et un projet de réformes du code pénal. Mais les lois répressives continuent d'étouffer la parole et les abus commis par l'Agence de sécurité intérieure demeure la norme», a noté HRW.

Lors d'une conférence de presse à Tripoli, la directrice de HRW pour le Moyent-Orient, Sarah Leah Whiston, a appelé le gouvernement libyen à «réviser son code pénal pour permettre à tous les libyens d'avoir un débat public sans crainte de sanctions pénales et à arrêter d'emprisonner ceux qui critiquent le gouvernement».

Evolution en cours

«Une évaluation sur place des droits de l'homme aurait été impensable il y a encore quelques années et reflète l'évolution du débat public en Libye», a toutefois souligné Mme Whitson.

Durant des décennies, Tripoli n'a autorisé aucun étranger à étudier le régime du Guide libyen mais une certaine ouverture s'est ébauchée ces dernières années sous l'influence d'un des fils de Mouammar Kadhafi, Saïf al Islam. La décision d'autoriser la publication du rapport à Tripoli est intervenue un mois après la nomination de ce dernier en tant que numéro deux du pays après son père.

La Fondation Kadhafi, dirigée par Saïf Al-Islam, avait déjà présenté jeudi un rapport accablant sur la situation des droits de l'homme en Libye. Elle avait fait état notamment de plusieurs cas de tortures et critiqué une mainmise de l'Etat sur les médias et la société civile.

(ap)

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