Athlétisme: Hussein «le Pharaon» sur le toit de l'Europe
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AthlétismeHussein «le Pharaon» sur le toit de l'Europe

Le Thurgovien est devenu champion d'Europe du 400 m haies vendredi à Zurich, dans une ambiance digne des plus grandes années au Letzigrund.

par
jpw

Kariem Hussein a réussi une course fantastique de maîtrise pour signer le jour J, à l'heure H et sous la pluie, le meilleur chrono de sa carrière (48''96). Sur le dernier obstacle, il s'est affaissé et la foule a pu craindre un retour des concurrents, mais Hussein n'a rien lâché. «Après la dernière haie, j'ai vraiment eu peur de ne pas gagner, mais j'ai réussi à tout donner car le public m'a poussé, a lâché le champion après sa course. J'ai jamais entendu quelque chose de si fort, je n'y croyais pas. Entendre crier les gens pour moi? J'ai tout laissé sur la piste pour gagner.»

«Avant la course, j'étais tellement nerveux. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai réussi à me concentrer seulement sur moi et réussi à contrôler ma course, c'est fou», a confié l'athlète.

Cinquième titre suisse

C'est la cinquième médaille d'or suisse dans l'histoire de ces joutes continentales, en 80 ans. L'athlétisme suisse sur piste n'avait plus été à pareille fête depuis 2002, année de la médaille d'argent d'André Bucher sur 800 m à Munich. Entre deux, il y a eu l'argent de Viktor Röthlin sur marathon en 2006 et son titre en 2010, mais rien sur la piste.

Kariem Hussein inaugure son palmarès de la plus belle des manières, dans son stade, en ayant réussi le tour de force de remporter ses trois courses disputées en quatre jours: sa série, sa demi-finale et donc la finale. En montant en puissance à chaque tour. Il y a quelques semaines encore, Hussein (25 ans), ancien footballeur venu à l'athlétisme sur le tard, à l'âge de 20 ans, n'était connu que de quelques initiés, et encore.

Son ascension récompense aussi la patience et l'intelligence d'un athlète qui ne s'est pas affolé après une année 2012 marquée par un forfait de dernière minute aux JO de Londres, en raison d'une blessure à un pied, et par une saison 2013 de transition, en demi-teinte, où il s'est notamment consacré à ses études de médecine. Mais depuis, l'ancien footballeur du FC Tägerwilen, en 2e ligue, a remis le pied à l'étrier, motivé par ces Championnats d'Europe à domicile qui ont le don de sublimer les athlètes suisses, du moins ceux qui ne craquent pas sous la «pression».

«Je veux être le boss»

«Dans mon stade, je veux être le boss», avait annoncé celui que la presse alémanique surnomme déjà «Le Pharaon», en rapport avec les origines égyptiennes de son père, ex-professionnel de volleyball arrivé en Suisse il y a 35 ans. Hussein, champion très posé à la voix douce, n'a jamais semblé douter de ses capacités. Il est arrivé au Letzigrund avec seulement le 5e chrono des engagés.

Mais alors que ses rivaux s'étiolaient sous la pluie, Hussein est au contraire monté en régime. Ce fut sous la pluie, déjà, qu'il avait parfaitement maîtrisé sa répétition générale lors des Championnats nationaux à Frauenfeld, fin juillet.

La médaille d'argent revient à l'Estonien Räsmus Magi (49''06), qui précédait le Thurgovien d'une demi-seconde dans les bilans mondiaux avant cette soirée magique, et le bronze au Russe Denis Kudryavtsev (49''16).

Quelle maîtrise

Intelligent en dehors, Hussein l'est aussi sur la piste. Il paraît mieux que les autres pouvoir maîtriser son effort, dans une discipline qui exige beaucoup de précision.

Kariem Hussein avait été découvert par Werner Dietrich lors d'une compétition de jeunes où il avait franchi 2m01 au saut en hauteur... sans entraînement. Dietrich est l'homme qui avait déjà formé le colosse Werner Günthör. Hussein est encore engagé avec le relais suisse 4 x 400 m ce week-end.

Le Thurgovien, avec sa médaille d'or, est le cinquième suisse titré aux Européens, après Viktor Röthlin sur marathon en 2010, Werner Günthör au poids en 1986, Philippe Clerc sur 200 m en 1969 et Fritz Schwab sur 10 km marche en 1950. (jpw/ats)

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