Actualisé 03.02.2020 à 21:49

Aubonne (VD)

Ikea au cœur d'un échange d'insultes autour de l'islam

La réponse du magasin à une cliente dénonçant la présence d'une employée voilée a déclenché un déferlement d'insultes sur les réseaux sociaux.

de
Yannick Weber
Une petite ligne sur Google, et c'est la tempête sur Facebook.

Une petite ligne sur Google, et c'est la tempête sur Facebook.

Au départ, il n'y avait qu'un commentaire lapidaire laissé sur Google par une cliente d'Ikea à Aubonne (VD): «Dommage de trouver une caissière voilée. Je n'y mettrai plus les pieds.» La chaîne de magasins a tenu à répondre et sans prendre de pincettes. «Avant de juger une personne sur son habit, il faut apprendre à la connaître. Nous l'avons fait, et notre collaboratrice est appréciée et respectée de toutes nos équipes», a dit Ikea en défense de son employée. La conclusion était d'autant plus forte: «Nous ne pleurerons en aucun cas le fait que vous ne mettiez plus les pieds chez nous avec de telles opinions».

Injures à tout va

La réponse, repérée par un internaute, a été massivement partagée ce week-end sur Facebook, surtout en France et principalement sur des pages dénonçant l'islamophobie. Tous saluaient la prise de position du magasin. Or l'auteure du commentaire initial a sans doute commis une erreur en signant son commentaire de son nom. Elle a en tout cas dû sentir passer la contre-offensive. Son mur Facebook est devenu le théâtre d'une déferlante d'injures violentes et menaçantes, plusieurs internautes s'en prenant par ailleurs à son physique.

Comme pour prendre sa défense, d'autres sont venus ajouter leur grain de sel avec des déclarations anti-islam malveillantes, volontairement provocatrices, flirtant sans doute avec ce qui est condamné par le Code pénal. Tous les commentaires font en tout cas courir un risque à la cliente, car elle peut aussi légalement être tenue pour responsable de ce qui se dit sur son mur, même si les propos sont tenus par d'autres. Un simple «like» avait valu une condamnation à un Zurichois en 2017.

«Pas de bulle d'invincibilité

«En principe, le complice voit sa peine atténuée par rapport à l'auteur principal. Ce sera le cas de celui qui gère le compte et ne réagit pas», nuance Sylvain Métille, avocat spécialiste de la protection des données. Ce qui est le cas ici, la cliente n'ayant ni répondu ni supprimé les centaines de commentaires déposés sur son profil.

«Certains, sur internet, croient se trouver dans une forme de bulle d'invincibilité et en oublient leur responsabilité. Il est toujours et encore nécessaire de rappeler que les règles pénales trouvent également application en ligne», met aussi en garde Nicolas Capt, avocat spécialiste du droit des médias. Les deux hommes de loi rappellent qu'il faut toujours faire preuve de prudence et de bon sens. Des propos qui ne tombent pas forcément sous le coup de la loi ont, sur internet, le potentiel de mettre le feu aux poudres et de libérer des paroles qui, elles, sont réprimées, emportant avec elles celui qui croyait n'avoir rien demandé.

Ikea veut calmer le jeu

Contacté pour une réaction à la tournure des événements, le magasin préfère ne plus intervenir, tout en réaffirmant sa position. «Ikea est toujours soucieuse de dialoguer avec ses clients et s'efforce de les orienter dans une direction constructive. Nous ne nous sentons pas en droit d'arrêter un débat, même si nous prenons une position claire à l'avance», nous a répondu le magasin, qui rappelle que des personnes de plus de 90 nations travaillent dans l'entreprise en Suisse. Le magasin soutient toujours indéfectiblement son employée. «Il est évident pour nous que nous traitons les gens avec tolérance, indépendamment de leur origine ou de leurs intérêts.»

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