Procès à Vevey (VD): Son collègue lui parle de sa petite sœur, il tente de le tuer 

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Procès à Vevey (VD)Son collègue lui parle de sa petite sœur, il tente de le tuer 

Après avoir purgé une peine pour tentative de meurtre, un homme âgé de 29 ans a récidivé en avril 2021 sur son collègue de travail. Jugé mercredi par le Tribunal de l’Est vaudois, il risque 7 ans de prison. 

par
Lauren von Beust
Le prévenu a été jugé mardi devant le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois à Vevey.

Le prévenu a été jugé mardi devant le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois à Vevey.

Getty Images

«Il a essayé de me planter entre 50 et 60 fois, avec des mouvements de balayage, sans s’arrêter», a raconté Drilon*, mardi, devant le Tribunal veveysan. «Quand j’ai vu son visage, j’étais tétanisé par ce qui était en train de se passer. J’aurais voulu me défendre, mais j’étais bloqué», se souvient ce vingtenaire.

Son agresseur, c’est Kushtrim*, qui bossait avec lui dans une entreprise active dans l’assainissement de conduites. Après avoir poignardé un homme et écopé de 4 ans de prison pour tentative de meurtre en 2016, ce Suisse né au Kosovo, âgé de 29 ans, se retrouve devant la justice pour des faits similaires.

Un jour d’avril 2021, sur un chantier de Villars-sur-Ollon (VD), Drilon confie à Kushtrim avoir rencontré une jeune fille travaillant dans un magasin, et qu’il compte lui demander son numéro. Mais sans savoir qu’elle est en réalité la sœur de son collègue. Survient alors ce que le procureur Julien Aubry décrit comme «une réponse ultra violente à ce que le prévenu a pris comme une intrusion sur son territoire familial». 

De multiples souffrances

Frappé à plusieurs reprises avec une pince, un pied de biche et une barre de fer, Drilon a souffert blessures à la tête et au thorax, ainsi que de plusieurs ecchymoses dans le dos et sur le flanc. Kushtrim sera rattrapé par la police quelques minutes après avoir pris la fuite avec le véhicule de service.

Plus d’un an après les faits, il concède être «plus irritable que d’habitude» en période de jeûne ramadan, mais conteste avoir porté des coups de couteau avec une lame de 8.5 cm au plaignant, tandis que ce dernier était désarmé. D’après lui, le plaignant a insulté sa sœur et sa famille, ce qui a conduit à cette «escalade de violence».

Conséquences de l’attaque

«Il n’est pas bien dans sa tête, a exprimé Drilon à propos de son agresseur. J’en ai vu des gens se bagarrer, mais je n’ai jamais vu quelqu’un se mettre dans un tel état.» Compte tenu du «risque de décompensation», soulevé par les thérapeutes du plaignant, ce dernier a été entendu à huis clos partiel. «Tout me rappelle ce que j’ai vécu. J’ai même de la peine à sortir avec mes enfants», a déclaré celui qui a connu un état de stress post-traumatique après l’attaque et qui est aujourd’hui encore victime de perte de mémoire. 

Un passé «difficile»

Kushtrim, arrivé en Suisse à l’âge de 2 ans, s’est défendu en disant avoir eu «une jeunesse difficile» suite à l’incarcération de son père notamment, un élément à prendre en compte selon son avocat, Me Ludovic Tirelli. «J’ai dû endosser le rôle de chef de famille à l’adolescence, ça n’a pas été simple. J’ai fait du mieux que je pouvais, par amour pour ma famille. Elle est aussi mon point faible», a-t-il confié. 

Convaincu que l’intention de l’agresseur était de tuer ce jour-là, le procureur a requis 7 ans de prison pour tentative de meurtre et lésions corporelles simples qualifiées, et 30 jours-amendes pour injure et menaces. Au vu de la «sérieuse crainte de nouvelle récidive», il a aussi demandé un internement sécuritaire du prévenu, bien que ce dernier refuse toujours de se soumettre à une expertise psychiatrique. «C’est mon droit», a-t-il lancé. Verdict, mercredi. 

Les «traditions» kosovares

«Selon les traditions du Kosovo, j’ai envoyé quelqu’un chez Drilon pour faire la paix», a reconnu le père du prévenu. Des imams qui l’ont dissuadé de porter plainte, complète le plaignant. Le paternel, qui pense qu’il ne s’agit que d’«une simple bagarre au travail», considère que de proférer des menaces physiques ou verbales, et notamment des insultes envers la famille, justifie une réplique. Le quinquagénaire conteste le fait que son fils ait déjà été condamné pour tentative de meurtre par le passé. Pour lui, il était question de «self-défense». 

*Prénoms d’emprunt

Vous avez été témoin, victime ou auteur·e de violence?

  • Police: 117

  • Urgences médicales: 144

  • La Main Tendue (adultes, 24/7): 143

  • Pro Juventute (jeunes, 24/7): 147

  • Centres d’aide aux victimes LAVI

  • Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)

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