Climat: du jamais-vu - Il a plu au sommet de la calotte glaciaire du Groenland
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Climat: du jamais-vuIl a plu au sommet de la calotte glaciaire du Groenland

Pour la première fois, les précipitations tombées le week-end dernier au sommet du Groenland ont pris la forme de pluie et non de neige. C’est exceptionnel et plutôt inquiétant.

Eau précipitable le 14 août 2021.

Eau précipitable le 14 août 2021.

© tropic.ssec.wisc.edu

«L’inimaginable» s’est produit au Groenland samedi 14 août: il a plu au Summit Camp, la station de recherche située au point le plus élevé de la calotte glaciaire de ce territoire autonome danois. Des chercheurs y sont présents en permanence depuis 1989 pour étudier les changements extrêmes.

Le week-end dernier – et ce, pour la troisième fois en moins de dix ans –, les températures au sommet du Groenland ont ainsi dépassé le point de congélation – elles ont été positives pendant neuf heures jusqu'à atteindre 0,48 degré. L’air chaud a alimenté un épisode de pluie extrême qui a déversé 7 milliards de tonnes d’eau sur la calotte glaciaire.

Selon le National Snow and Ice Data Center, il s’agit des précipitations les plus importantes sur la calotte glaciaire depuis le début des relevés en 1950. La quantité de masse glaciaire perdue dimanche était sept fois supérieure à la moyenne quotidienne pour cette période de l’année.

«C’est sans précédent»

Pour Ted Scambos, chercheur au Centre national des données sur la neige et la glace de l’Université du Colorado, ces précipitations sont la preuve que le Groenland se réchauffe rapidement. «Ce qui se passe n’est pas simplement une ou deux décennies chaudes dans un schéma climatique instable. C’est sans précédent», a-t-il déclaré à CNN.

La majorité de la pluie du week-end dernier est tombée de la côte sud-est du Groenland jusqu’à la station Summit. «Nous devons envisager des événements météorologiques auxquels nous n’avons jamais eu à faire face auparavant dans l’histoire de nos opérations là-bas», a déclaré Jennifer Mercer, chargée de programme à l’Office des programmes polaires de la National Science Foundation.

Evénements inhabituels de plus en plus fréquents

«L’augmentation des événements météorologiques, y compris la fonte, les vents violents et maintenant la pluie, au cours des dix dernières années, se sont produits en dehors de ce qui est considéré comme normal- Et ceux-ci semblent se produire de plus en plus souvent», a ajouté Jennifer Mercer.

En juillet, la calotte glaciaire du Groenland avait connu l’un des épisodes de fonte les plus importants de ces dix dernières années. Elle a ainsi fondu d’environ 8 milliards de tonnes en une journée, soit le double du rythme moyen lors de la période estivale.

D’autres événements inhabituels sont également devenus plus fréquents, selon Mme Mercer. Ainsi, il y a deux ans, un ours polaire avait atteint la station Summit, alors que cet animal vit habituellement dans des régions côtières où il peut facilement trouver de la nourriture. L’ours avait parcouru plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres pour traverser la calotte glaciaire.

Selon Jennifer Mercer, la pluie tombée en fin de semaine passée aura un effet durable sur les propriétés de la neige, laissant derrière elle une croûte de glace qui absorbera davantage d’énergie du soleil, jusqu’à ce qu’elle soit recouverte de neige. Cette couche de glace sera également une barrière qui empêchera l’eau de fonte de s’écouler vers le bas, provoquant un ruissellement à des altitudes plus élevées.

Réchauffement climatique et précipitations

Dans le cadre de son dernier rapport qui a fait grand bruit, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a développé un outil en ligne sous la forme d’une carte interactive qui permet de voir comment le réchauffement climatique va se traduire dans le monde, en fonction de différents scénarios. On peut ainsi observer que les précipitations risquent d’augmenter un peu partout en fonction du nombre de degrés gagnés et qu’une grande partie du pôle Nord est concernée.

Dans l’hypothèse que cette région gagnerait 2 ou 3 degrés, l’Arctique deviendrait alors une région très pluvieuse, en plus d’être plus chaude. En d’autres termes, on assisterait à une accélération de la fonte des glaces. Et plus la glace fond, plus le niveau des mers augmente. Le dernier rapport du GIEC indique que cette élévation du niveau des mers a atteint un niveau inédit depuis au moins 3000 ans.

GIEC
(vja)

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