15.10.2020 à 18:27

Témoignage«Il a survécu aux bombardements, puis ils l’ont abattu»

Son cousin arménien est mort dans la guerre du Haut-Karabakh: une jeune Bernoise raconte comment sa famille a appris la funeste nouvelle, après huit jours d’espoir dus à un terrible malentendu.

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lah/lph
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La dépouille de Narek D. a pu être facilement identifiée grâce à son tatouage sur la poitrine.

La dépouille de Narek D. a pu être facilement identifiée grâce à son tatouage sur la poitrine.

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Depuis Berne, sa cousine Manush D. espère que les conflits cesseront prochainement.

Depuis Berne, sa cousine Manush D. espère que les conflits cesseront prochainement.

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Manush D. est inconsolable: son cousin Narek D. a été tué lors des affrontements qui font rage dans la région du Nagorny Karabakh. Affecté à la frontière arménienne, le jeune homme de 19 ans a été frappé de plein fouet par une bombe.

«Il a été gravement blessé mais il a survécu, affirme sa cousine Bernoise, âgée de 19 ans elle aussi. Deux de ses camarades ont tenté de le sauver. Mais quand des soldats ennemis les ont débusqués, ils les ont abattus tous les trois sur-le-champ.»

L’origine du conflit

Terrible malentendu

La douleur de la famille est d’autant plus grande qu’elle survient après huit longs jours d’espoir. «Quand la guerre a éclaté, on ignorait si Narek était toujours en vie, explique sa cousine. On a appelé l’armée arménienne et ils nous ont dit qu’il était «en route». On a pensé qu’il était en route pour l’hôpital. En fait, c’est son cadavre qu’ils transportaient.»

Pendant une semaine, Manush D. et sa famille ont donc cru à tort que Narek D. était en vie. Le malentendu a été découvert lors d’un deuxième coup de téléphone, demandant aux parents du jeune homme de venir identifier une dépouille.

«Même en se rendant sur place, mon oncle et ma tante ne voulaient pas y croire», confie la jeune Bernoise, en larmes. «Ce n’est pas mon fils!» se serait exclamée la mère éplorée en voyant le corps sans vie. «Son visage était carbonisé et sa peau couverte de brûlures, précise Manush D. Mais ils l’ont reconnu grâce au grand tatouage sur sa poitrine.»

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«Découvrir de nouveaux horizons»

Narek D. aurait dû achever son service militaire obligatoire de deux ans. Et comptait s’installer en Suisse quelque temps. «Il voulait découvrir de nouveaux horizons», confie Manush D. Son père se dit accablé par un sentiment de culpabilité: s’il avait fait venir son neveu en Suisse plus tôt, «alors il serait encore en vie maintenant», se désole-t-il.

Quant à Manush D., elle espère que les affrontements cesseront au plus vite. Elle souhaite beaucoup de persévérance et de force à toutes les familles endeuillées par la guerre: «Parfois, il faut éviter de penser à comment les choses auraient pu se dérouler autrement, et savoir apprécier ce qu’on a encore.»

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