15.09.2020 à 12:09

Homicide à Morges«Il a un petit vélo dans la tête»

Des connaissances du meurtrier présumé d’un ouvrier portugais de 29 ans, poignardé sans motif apparent, dressent le profil d’un tueur ayant des troubles psychiatriques.

de
Abdoulaye Penda Ndiaye
Un jeune de 29 ans a été mortellement poignardé pendant qu’il mangeait un kebab, samedi soir à Morges (VD). Le meurtrier présumé a été arrêté à Renens (VD) dimanche matin. 

Un jeune de 29 ans a été mortellement poignardé pendant qu’il mangeait un kebab, samedi soir à Morges (VD). Le meurtrier présumé a été arrêté à Renens (VD) dimanche matin.

lecteur reporter

Youssuf* connaît de longue date O., le tueur présumé d’un Portugais de 29 ans, mortellement blessé au couteau alors qu’il était en train de manger avec un groupe d’amis sur la terrasse d’un restaurant, samedi soir à Morges (VD). «O. a sa place dans une institution psychiatrique et ça ne date pas d’aujourd’hui. Sa place n’est même pas en prison. Entre Berne et Lausanne, quelqu’un n’a pas fait son travail correctement», clame d’emblée ce quinquagénaire originaire des Balkans. Il se souvient d’un «garçon ombrageux et tourmenté, fumeur de joints, souvent avare en mots et parfois délirant».

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Amis, famille et collègues: ils étaient une centaine de personnes à rendre hommage à Joao, lundi 14 septembre devant le restaurant morgien, où Joao a perdu la vie.

Amis, famille et collègues: ils étaient une centaine de personnes à rendre hommage à Joao, lundi 14 septembre devant le restaurant morgien, où Joao a perdu la vie.

APN
Les collègues du défunt ont tenu à lui rendre hommage en arborant leur tenue de travail aux couleurs jaune et rouge.

Les collègues du défunt ont tenu à lui rendre hommage en arborant leur tenue de travail aux couleurs jaune et rouge.

APN
Le meurtre a particulièrement secoué la communauté portugaise de Morges et sa région dont la victime était membre.

Le meurtre a particulièrement secoué la communauté portugaise de Morges et sa région dont la victime était membre.

APN

«Allah me dit une chose, Satan me dit le contraire. Que faire?»

Youssuf se souvient également du jeune Suisse aux origines kurdes, oisif et paumé au point de passer toutes ses journées devant une station d’essence de la région lausannoise. «Il parlait tout seul. Il répétait souvent: «Allah me demande de faire ceci et Satan me demande le contraire. Que faut-il faire?» Une nuit, en 2019, on ne sait téléguidé par quelle voix, O. a bouté le feu sur une borne de la station-service où il passait ses journées. «Pour un excès de vitesse, tout le suivi nécessaire est fait. On peut même aller en prison. Mais un homme atteint dans sa tête comme 0. est libre de ses mouvements. Résultat: un innocent a été tué. Il faut situer les responsabilités», s’énerve Youssuf.

«Il allumait le feu et détalait à toute vitesse pensant que la borne allait exploser. Il revenait avec davantage de papier et repartait en courant»

Un homme ayant eu accès aux images vidéos d’une station-service où le tueur présumé a sévi

«20 minutes» a pu entrer en contact avec une personne ayant eu accès aux images de vidéosurveillance lors de cette fameuse nuit où 0. a provoqué l’incendie. «Il allumait le feu et détalait à toute vitesse pensant que la borne allait exploser. Et comme ça n’explosait pas, il revenait avec davantage de papier et repartait en courant. Et ainsi de suite. La scène faisait presque sourire. La borne n’a jamais explosé. On voyait qu’il a regardé trop de films», indique cette personne sous couvert d’anonymat.

«Même l’été, il portait un pull et restait au soleil»

Justine*, une commerçante du quartier, décrit «un homme qui avait un petit vélo dans la tête». Selon elle, O. ne lui semblait pas dangereux. «Il venait acheter du Coca tous les jours avant de rester immobile pendant des heures près de la station d’essence. Même l’été, quand il faisait plus de 30 degrès, il portait un pull et restait en plein soleil».

Le père du tueur: «Aucune nouvelle de lui depuis un an»

Joint par «20 minutes» mardi en début d’après-midi, le père du tueur présumé dit n’être au courant de rien. «Je n’ai plus eu aucune nouvelle de mon fils depuis 2019. Des policiers sont venus le chercher ici dimanche. Mais cela fait un an que nous ne ne l’avons pas vu et nous ne savons pas non plus où il est», a-t-il déclaré tristement. Avant de raccrocher sèchement.

Ahmed*, un ancien camarade d’école de 0., évoque un «fumeur de joints, qui passait son temps à parler tout seul».

Lundi, une femme avait fait part à «20 minutes» de sa rencontre dans une rue de Morges avec un homme aux propos délirants, une semaine avant le drame. «Il a le regard fixe d’un psychopathe. Il a crié que quelqu’un derrière moi voulait me planter. Quand je me suis retournée, il n’y avait personne», a-t-elle signalé. «Ma fille est au gymnase. Elle m’a dit qu’un homme bizarre les interpelle, elle et ses copines, pour leur parler d’Allah et de Satan», a révélé un Morgien d’une soixantaine d’années.

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