Yverdon-les-Bains (VD) - «Il a voulu m’étrangler et disait: «Tu es notre esclave»
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Yverdon-les-Bains (VD)«Il a voulu m’étrangler et disait: «Tu es notre esclave»

Une forte animosité a opposé un Serbe et deux Portugais. Le pire a été évité de peu. Le trio de colocataires s’est retrouvé mardi au Tribunal, notamment pour tentative de meurtre.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le plaignant serbe a été épouvanté quand il a revu ces deux anciens colocataires portugais. En état de choc, il n’a assisté qu’au début de l’audience avant d’être acheminé en ambulance à l’hôpital psychiatrique.

Le plaignant serbe a été épouvanté quand il a revu ces deux anciens colocataires portugais. En état de choc, il n’a assisté qu’au début de l’audience avant d’être acheminé en ambulance à l’hôpital psychiatrique.

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Un paravent de sécurité empêchait tout échange visuel entre Boban* et ses deux ex-colocataires Miguel* et Paolo*. Mais cela a eu peu d’effets sur l’épouvantable panique que les deux Portugais provoquent chez le Serbe à la santé mentale fragile. Tremblotant et en état de choc, Boban a été rapidement dispensé pour la suite des débats. Hier, c’est en ambulance qu’il a quitté le Tribunal d’Yverdon-les-Bains.

Mais, malgré ses angoisses, Boban était cohérent. «Le plus petit des deux Portugais m’a donné un coup très fort. Je suis tombé. Il a voulu m’étrangler et disait: «Tu es notre esclave.» J’ai crié au secours. Mais je manquais d’air. Le plus grand a pris un couteau et m’a dit «Je vais te tuer.» Ils étaient en train de me couper la gorge quand quelqu’un a tapé à la porte», a haleté le jeune serbe né en Suisse.

Même s’il a abandonné la tentative de meurtre pour retenir la mise en danger de la vie d’autrui, le procureur Gabriel Moret a décrit «la culpabilité lourde et l’attitude lamentable» de Miguel et Paolo. Il a requis 24 mois avec un sursis de 4 ans pour le premier et 28 mois de prison pour le second, adepte d’arts martiaux en préventive depuis les faits et qui compte trois condamnations dans son pays. Les deux lusophones risquent aussi huit ans d’expulsion de Suisse.

Centre universitaire pour l’un, toubib de prison pour l’autre

Me Yann Jaillet a demandé 15’000 fr. de tort moral pour Boban. Cette proposition a été rejetée par la défense, qui a insisté sur «la distorsion de la pensée et de la perception» dont souffre le Serbe bien avant que les faits soient survenus. Avocat de Miguel, Me Adrien Gutowski a évoqué «plein de petites choses qui ne vont pas» dans cette affaire marquée par un protagoniste extrêmement épouvanté et une traductrice lusophone absente qui a dû être remplacée au pied levé. Il a notamment rappelé que, contrairement à Boban et à Paolo, son client n’était pas considéré comme un prévenu dans l’affaire au tout début de l’instruction. «On ne peut pas dire qu’il y en a deux qui mentent et un qui dit la vérité.

On ne peut pas non plus accorder une expertise médicale du Centre universitaire romand de médecine légale à un prévenu et dire à l’autre d’aller voir le médecin de garde de la prison. Il faut mettre tout le monde sur un pied d’égalité», a-t-il plaidé. Quant à Me Sarah Tobler, l’avocate de Paolo, elle a nié l’existence de traces d’étranglement sur le cou de Boban. «C’était une vraie bagarre avec des coups échangés. Mais mon client n’a eu aucun comportement visant à tuer», a-t-elle soutenu.

Irrité par les insinuations de simulation de panique de son client évoquées par la partie adverse, Me Yann Jaillet a répliqué en écartant toute «théâtralisation» de la part de Boban: «Sa crise de panique de ce matin, ce n’est pas du cinéma. Il est terrorisé. Ses souffrances sont réelles.» Le verdict sera rendu par écrit aux parties ce mercredi en fin de journée.

* Prénoms d’emprunt

Un homme traumatisé

Le 30 novembre 2020, les deux Portugais se sont installés à Yverdon-les-Bains, où ils ont retrouvé Boban dans un appartement. La répartition des tâches ménagères a vicié l’ambiance de la colocation. Très vite, il a été reproché à Boban de ne pas participer au nettoyage. Une altercation a éclaté le 5 décembre. Une autre, de plus grande ampleur, est survenue le lendemain. Des coups ont été échangés. Étranglé, le Serbe s’est retrouvé avec un couteau sous la gorge et a perdu connaissance. Les retrouvailles de mardi aussi se sont très mal passées. Un quart d’heure avant le début de l’audience, accompagné de son avocat, Boban a franchi la porte d’entrée du tribunal. C’est là qu’il a entendu le cliquetis des entraves au pied d’un homme menotté escorté par deux agents pénitentiaires. Quand il s’est ­retourné, il a reconnu Paolo, son ancien colocataire. Un énorme rictus a alors déformé son visage. «Non! Non! Il va me tuer», a-t-il hurlé en courant. Une fois dehors, il a glissé et est tombé sur le sol mouillé par la pluie. «Je ne veux pas mourir», a-t-il supplié avant de réclamer la présence de la police. Il ne reprendra jamais son calme, vraisemblablement frappé par un traumatisme lié à une sensation de mort imminente. Au point que le président du Tribunal a ordonné une suspension d’audience trente minutes après l’ouverture des débats. Et après un échange avec son médecin traitant, la Cour a fait appel à une ambulance, qui a acheminé Boban au Centre psychiatrique du Nord vaudois.

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