Actualisé 20.05.2016 à 10:22

Cannibalisme

«Il avait des bouts de corps dans son congélo»

Un Suisse écrit un livre sur l'échange d'e-mails qu'il a eu avec le cannibale slovaque Matej C., tué en en 2011 lors de son arrestation.

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ann/ofu
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Le cannibale est soupçonné d'avoir dévoré Elena Gudjáková (à gauche), 30 ans, et Lucia Uchnárová 20 ans, toutes deux disparues.

Le cannibale est soupçonné d'avoir dévoré Elena Gudjáková (à gauche), 30 ans, et Lucia Uchnárová 20 ans, toutes deux disparues.

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Lucia Uchnárová, dépressive depuis plusieurs années, avait fait parler d'elle en se dénudant sur le toit d'un immeuble en 2008.

Lucia Uchnárová, dépressive depuis plusieurs années, avait fait parler d'elle en se dénudant sur le toit d'un immeuble en 2008.

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Matej C. Le cannibale qui a manqué son coup.

Matej C. Le cannibale qui a manqué son coup.

Schiessklub Podhrad

Markus D.*, vous vous êtes présenté en 2011 comme proie potentielle sur un forum de cannibalisme. Aviez-vous envie de vous faire manger par un inconnu?

Non. A l'époque, j'étais suicidaire et m'intéressais beaucoup à la mort. Mais mon annonce était une sorte d'expérience.

Pensiez-vous réellement que quelqu'un allait se manifester?

Je pensais bien évidemment avoir quelques réactions d'internautes, mais jamais je n'aurais cru que quelqu'un allait vraiment vouloir me manger.

Cela a pris combien de temps?

J'ai reçu un mail un jour après avoir posté mon annonce.

Qu'était-il écrit dans le courriel?

Le message provenait d'un homme. Ce n'est qu'après que j'ai su qu'il s'agissait de Matej C. (lire encadrés). Il m'a dit qu'il habitait en Slovaquie et qu'il voulait me tuer. Il m'a proposé de le rejoindre à Kysak et qu'il était libre de lundi à jeudi.

Quelle a été votre première réaction?

Je voulais effacer son mail. Je m'étais dit qu'une telle chose n'était pas possible. Je ne l'ai pas pris au sérieux. Mais ma curiosité a été plus forte.

Mais vouliez-vous réellement vous faire tuer?

Non, pas du tout. Mais je voulais savoir comment il s'y prendrait. J'étais curieux et je voulais savoir s'il était vraiment prêt à faire tout ce qu'il me proposait.

Vous lui avez demandé des précisions?

Je n'ai pas arrêté de lui écrire. Je voulais avoir des détails. Lorsqu'on est suicidaire, on se demande sans cesse si on est vraiment capable d'aller jusqu'au bout de ses pensées. C'est pour cela que j'ai notamment voulu savoir comment il ferait si je m'enfuyais à la dernière minute.

Que vous a-t-il répondu?

Il m'a dit qu'il emporterait un pistolet. Il ne voulait pas prendre le risque de me laisser partir puisque j'aurais pu le dénoncer à la police.

Avait-il prévu de vous tuer dans sa maison?

Non parce qu'il avait une femme et deux enfants. Il avait prévu de me découper en morceaux avant de me prendre chez lui pour me manger.

Où donc voulait-il passer à l'acte?

Dans un coin de forêt isolé. Il avait prévu de m'endormir, puis de me poignarder. Ensuite, il m'aurait coupé en morceaux. Selon ses estimations, cela lui aurait pris environ trois heures. Il avait de l'expérience. Cela se voyait. Il avait par ailleurs entreposé dans son congélateur des membres appartenant à deux femmes.

Quand est-ce que vous vous êtes rendu compte qu'il ne rigolait pas et que tout ce qu'il disait était sérieux?

Il n'y avait plus aucun doute lorsqu'il m'a fait parvenir une photo montrant un pied sectionné dans une marmite.

Vous plaisantez?

Non, je suis sérieux. Il m'a envoyé plusieurs photos avec à chaque fois une autre partie du corps.

Comment a réagi la police lorsque vous l'avez contactée?

Elle était très surprise de voir à quel point il s'était montré ouvert envers moi. Nous avons ensuite décidé de tendre un piège à Matej C. J'ai fait semblant de vouloir le rencontrer et j'ai fixé un rendez-vous dans une gare. Mais au lieu de tomber sur moi, il est tombé sur la police.

Mais l'intervention s'est mal passée...

Oui. Lorsque l'agent a voulu lui passer les menottes, il s'est défendu, a sorti son arme et a tiré. Un des policiers présents l'a finalement abattu.

Pourquoi écrivez-vous un livre maintenant?

Cette expérience m'a marqué. Je veux aider la police à traquer ces personnes tarées. Je suis certain qu'il y en a encore plein dans la nature. Il faut les arrêter. Mais comme je ne gagne pas d'argent en faisant cela, je compte financer mon travail avec la vente de mon livre.

*Markus D. souhaite rester anonyme et envisage de publier son livre sous un pseudonyme. On ignore s'il a déjà trouvé un éditeur et quand il prévoit de faire publier son ouvrage.

L'histoire du cannibale slovaque en bref

Matej C. est décédé en 2011 des suites de blessures par balles reçues pendant son arrestation. Il est accusé d'avoir tué au moins deux femmes, portées disparues en 2010. Les deux avaient échangé des e-mails avec le cannibale. La première victime serait une étudiante âgée d'une vingtaine d'années, Lucia Uchnárová. En pleine dépression, elle avait tenté d'en finir avec la vie en plongeant nue du haut d'un immeuble commercial, en 2008. Sauvée in extremis, elle n'avait pourtant pas renoncé à son désir de mort. Elle avait notamment fait des recherches sur internet pour trouver un bourreau. Apparemment, elle aurait obtenu une réponse. C'est le 3 septembre 2010 qu'elle s'était rendue à Kysak. Depuis, Lucia n'avait plus donné signe de vie.

La deuxième victime supposée, Elena Gudjáková, serait une trentenaire tombée enceinte des suites d'un viol. C'est par e-mails que le cannibale et la jeune femme auraient planifié l'exécution. L'informaticien aurait proposé de l'«aide» à sa future victime, en prévoyant de la noyer. Elena avait quitté son domicile le 22 juillet 2010, pour rejoindre Kysak, avant de disparaître sans laisser de traces.

L'interpellation du cannibale

Avant son arrestation, Matej C. était en contact depuis des semaines avec sa future victime suisse, Markus D. La police avait retrouvé des échanges de mails où bourreau et victime planifiaient une scène cannibale morbide. Alors que le Suisse semblait, selon les enquêteurs, déterminé à aller au bout de l'aventure, un courriel des plus macabres l'avait encouragé à alerter les forces de l'ordre. Il s'agit du fameux e-mail contenant des photos de corps de femmes démembrés, notamment des pieds coupés et une cage thoracique.

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