Covid à Genève: Il chante pour ceux qui l’ont aidé à retrouver sa voix

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Covid à GenèveIl chante pour ceux qui l’ont aidé à retrouver sa voix

Un passionné de chant, qui a survécu à des complications liées au Covid-19 en mars, a rendu hommage au personnel soignant des HUG en réalisant une reprise du tube de Queen adapté en «They Are The Champions».

par
Leïla Hussein

Les HUG ont reçu une trentaine d’œuvres musicales d’artistes en guise de remerciement depuis le printemps.

S. Boult/F. Billharz

Pour Frédéric Billharz, donner de la voix est plus qu’une passion, c’est un besoin. «Je chante tous les jours. C’est dans ma nature, je ne peux pas m’en empêcher», confie le commercial de profession, également diplômé du Conservatoire de musique de Genève. Mais, en mars dernier, la vie de ce quadragénaire bascule. Frappé par le Covid-19, il est hospitalisé durant une semaine aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ses poumons sont gravement atteints. Il est persuadé de ne jamais pouvoir à nouveau faire de vocalises. Aujourd’hui tiré d’affaire, le passionné de musique a décidé de rendre hommage au personnel soignant des HUG en lui dédicaçant une chanson. Publiée mercredi sur sa chaîne YouTube, la séquence est une reprise du tube culte de Queen «We Are The Champions», sauf que dans sa version, Frédéric Brillharz chante «They Are The Champions» (ndlr: «Ils sont les champions»). Par cette démarche, le ténor souhaite également faire passer un message à la population: «Aujourd’hui, il y a une sorte de normalisation du Covid. On s’est habitués à vivre avec ce virus. Les gens ont oublié qu’il est dangereux. Mais il faut continuer d’être vigilant.» Il espère que son expérience personnelle pourra servir d’exemple pour sensibiliser les jeunes. «J’ai été contaminé par mes parents. Mais ce ne sont pas eux, les personnes âgées, qui ont eu des complications. C’est moi, qui ai 44 ans et qui suis en bonne santé, ainsi que ma femme. Ce sont les plus jeunes qui ont trinqué.»

Le personnel médical régulièrement remercié

«Depuis le printemps, une trentaine d’artistes ont offert aux collaborateurs et collaboratrices des HUG des pauses musicales pleines de poésie et de fraîcheur», nous informe le service de communication des HUG. Le personnel soignant est aussi remercié par la jeune génération. «Des centaines d’enfants ont également réalisé des dessins très colorés qui égaient les unités. Toutes ces marques de soutien et ces signes de reconnaissance sont, au même titre que les applaudissements de la population, sources de réconfort pour nos équipes.»

Les HUG ont réagi à la publication de la vidéo de Frédéric Billharz  sur Instagram.

Les HUG ont réagi à la publication de la vidéo de Frédéric Billharz sur Instagram.

Capture d’écran Instagram

Une rencontre providentielle

«Quand j’ai été hospitalisé en urgence, après neuf jours de fièvre à délirer à la maison, ils ont voulu me mettre aux soins intermédiaires. Je savais qu’au moindre souci, l’étape suivante serait l’intubation aux soins intensifs. Mais je ne voulais surtout pas qu’on me mette une machine dans la gorge. Cela aurait eu des conséquences désastreuses sur mes cordes vocales. Je leur ai dit que j’étais chanteur et je les ai suppliés de m’installer dans une unité Covid standard», confie Frédéric Billharz. Le reste de son séjour, il s’en souvient à peine, mais ce père de famille sait qu’il n’est pas passé loin. «Les médecins étaient très préoccupés par mes poumons. J’étais sous oxygène, je ne pouvais plus marcher, plus parler. J’avais cette question qui tournait en boucle: est-ce que je vais sortir de là?» se souvient le ténor. C’était compter sans la prise en charge médicale de Sandrine Boult. Physiothérapeute respiratoire en cabinet privé, cette professionnelle de la santé a été appelée en renfort aux HUG, où elle a exercé durant la première vague. Elle a aidé Frédéric à se remettre de la maladie et à retrouver son souffle. «Elle me rendait visite deux fois par jour. Elle m’aidait à me lever, me faisait faire des exercices de respiration ou tentait simplement de me faire marcher quelques pas. Sans ce travail-là, jamais je n’aurais récupéré ma voix», raconte le chanteur lyrique.

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Frédéric est resté une semaine aux HUG au sein de l’unité Covid.

Frédéric est resté une semaine aux HUG au sein de l’unité Covid.

Sandrine Boult, physiothérapeute respiratoire, est entourée de son équipe. 

Sandrine Boult, physiothérapeute respiratoire, est entourée de son équipe.

«Si je retrouve ma voix, c’est un miracle»

Sandrine Boult se souvient bien de ce patient qu’elle a continué de coacher, même après sa sortie de l’hôpital. «Il m’avait montré les vidéos qu’il fait, m’avait parlé de la place que tient la musique dans sa vie. Je lui ai promis qu’il pourrait à nouveau chanter. C’était important de lui apporter un message d’encouragement.» Frédéric a pu donner de la voix quelques semaines plus tard, même s’il lui a fallu «trois mois pour pouvoir le faire sans être dans le rouge», se souvient le ténor.

Il y a quelques semaines, lorsque Sandrine Boult est à nouveau sollicitée pour renforcer l’unité Covid des HUG, elle pense tout de suite au chanteur lyrique, avec qui elle a gardé contact. «Au printemps, on a eu les casseroles, les applaudissements. Mais aujourd’hui, c’est différent. Je me suis dit que ce serait bien d’avoir quelqu’un qui nous encourage durant cette deuxième vague. Une personne qui nous soutiendrait de l’intérieur, parce que lui-même l’a vécu», raconte la physiothérapeute. C’est ainsi qu’est née l’idée de réaliser une vidéo en hommage au personnel soignant.

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