Afghanistan: Il déminait à mains nues: ce héros ordinaire n'est plus
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AfghanistanIl déminait à mains nues: ce héros ordinaire n'est plus

Bahadur Agha, un Afghan de 31 ans et jeune papa, a été tué par une mine en décembre dernier. Un documentariste américain l'avait rencontré.

Bravant le danger, Bahadur semblait même le rechercher après avoir perdu sept membres de sa famille tués par les talibans.

Bravant le danger, Bahadur semblait même le rechercher après avoir perdu sept membres de sa famille tués par les talibans.

AFP

Entré dans la police à l'âge de 15 ans, Bahadur Agha, un petit homme bouclé de 31 ans, courait devant les convois pour désamorcer les engins explosifs improvisés (IED) semés sur les routes par les insurgés. A genoux, Bahadur déblayait à mains nues les débris dissimulant l'engin. Ni casque ni lunettes de protection, pas de tablier renforcé comme en portent d'ordinaire les démineurs.

Bravant le danger, il semblait même le rechercher après avoir perdu sept membres de sa famille tués par les talibans, expliquait-il en octobre 2016 au documentariste américain Ben Anderson qui, par deux fois, l'avait rencontré. «Ma famille (est) finie», confiait-il. La rage lui donnait la force du désespoir. «J'ai été blessé six fois, peut-être que la septième sera la dernière», ajoutait-il en riant face caméra. A Marjah, où les forces afghanes résistent encore, Bahadur a été tué par l'explosion d'une bombe dissimulée sur le bord de la route qu'il tentait de désamorcer.

Une mort passée inaperçue

«C'était un homme brave et courageux. Quand c'était compliqué, c'est toujours Bahadur qui s'en chargeait», affirme un de ses collègues. Selon son beau-frère, Ahmad Shah Zaland, les talibans posent désormais deux bombes: quand une première est désactivée, l'autre explose. «C'est la seconde qui a pris la vie de Bahadur», raconte-t-il. C'était fin décembre. Ce héros ordinaire laisse une épouse et un bébé de quelques mois mais sa mort est pourtant passée inaperçue.

Le chef tribal Mollah Yaar Gull se souvient seulement que pour l'enterrement, «le lendemain, moins de 20 personnes sont venues prier» devant le cercueil recouvert du drapeau afghan, une photo du mort collée sur un côté. «Le gouvernement ne se soucie pas de nos vies», ajoute un collègue.

La même indifférence accueille la mort des soldats et policiers, tués par milliers, au point que ni les autorités locales ni les Américains ne publient plus de statistiques. Les mines ont tué plus de 600 civils l'an dernier en Afghanistan, dont plus de 100 dans le seul Helmand, où 147 personnes ont été également blessées, selon les Nations unies.

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