Genève: Il dérange des guêpes, elles tuent un voisin
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GenèveIl dérange des guêpes, elles tuent un voisin

L'homme n'avait pas prévu que les insectes allaient piquer un allergique. Il répond d'homicide par négligence.

par
Jérôme Faas
Les guêpes tuent en moyenne deux à trois fois par année en Suisse.

Les guêpes tuent en moyenne deux à trois fois par année en Suisse.

Terrible fatalité ou désinvolture coupable? C'est la question que devra trancher le tribunal, qui défrichait mercredi un territoire vierge: les insectes n'avaient encore jamais occupé les prétoires du pays. Des guêpes, pourtant, ont tué (lire encadré). Face à la juge est assis un apiculteur lunaire, ami des abeilles, simple et candide. Aurait-il pu éviter que les bêtes attaquent un aîné?

Prévenu d'homicide par négligence, il admet qu'il ignorait comment éliminer les nids de guêpes. «Je me suis dit: «Je peux essayer quand même.» Il ne s'est pas assuré lui-même que les voisins avaient été avertis. Et il a «sous-estimé» la dangerosité des insectes.

«Rassurant d'ériger un coupable»

Les guêpes tuent cependant rarement. Jamais à Genève depuis 1995, deux à trois fois par an en Suisse, note son avocate, Me Yaël Hayat. «Dans une affaire de confrontation de l'homme à la nature, au destin, dit-elle, ça nous rassure de lui donner un visage humain, d'ériger un coupable.» Car «le risque létal est infime. On ne peut reprocher à quelqu'un de ne pas anticiper un risque imprévisible.» Et puis, le domaine n'est pas réglementé, aucune qualification, méthode, aucun périmètre de sécurité n'est exigé. «Mon client n'était donc pas plus garant que moi si j'opérais chez ma voisine.»

Conseil des proches du défunt, Me Sébastien Fries juge, lui, que «la dangerosité des guêpes n'a rien d'exceptionnel. Il est évident qu'avertir les alentours est indispensable» en cas d'action. Le Parquet abonde: «C'est bien parce qu'on ne peut prévoir les allergies que s'imposent des mesures de prudence.» Il réclame huit mois avec sursis. Verdict vendredi.

Terrassé par un choc anaphylactique

En septembre 2012, un couple résidant au Petit-Saconnex fait appel à un apiculteur pour ôter un nid d'insectes sur son balcon. L'homme réalise sur place qu'il s'agit de guêpes, pas d'abeilles, dont il est spécialiste. Il accepte toutefois d'oeuvrer pour rendre service. Dérangées, une centaine de guêpes volent vers le balcon du voisin, âgé de 73 ans, qui n'a pas été averti de l'intervention en cours. Elles le piquent. Il est allergique et fait un arrêt respiratoire dû à un choc anaphylactique. Il décède deux jours plus tard.

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