Lausanne: Il engrosse une fille de joie et tente de la faire avorter

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LausanneIl engrosse une fille de joie et tente de la faire avorter

Un dentiste lausannois ne voulait pas de l'enfant qu'il avait fait à une prostituée: il a demandé à des tiers de la tabasser pour qu'elle perde le bébé. L'affaire est jugée ce mardi.

par
Christian Humbert

«Minable, lâche et stupide»: même son avocat l'admet. Un dentiste lausannois a organisé un «odieux» guet-apens contre une prostituée brésilienne en situation illégale qu'il avait mise enceinte. Il a engagé un trafiquant de produits dopants et un Roumain afin de donner des coups dans le bas ventre de sa maîtresse en vue de provoquer un avortement.

En 2009, le dentiste noue une relation suivie avec la prostituée qu'il rencontre dans un salon de Payerne (VD). «Elle m'a proposé des relations sans préservatif, ce que nous avons fait après avoir subi un test du sida. Elle prenait la pilule.» La femme se retrouve néanmoins enceinte. Le praticien quinquagénaire, père de famille, prend très mal cette nouvelle. «J'ai pensé avoir été piégé par une femme uniquement intéressée par l'argent et cherchant à rester en Suisse», a-t-il expliqué mardi devant le Tribunal correctionnel de Lausanne. Il pense à se venger et ne veut pas de cet enfant.

Le dentiste se confie à un ami, qui le met en relation avec un Roumain. Les deux hommes reçoivent 5000 francs pour mettre en place une opération punitive. «J'avais la rage, la haine. Je me considérais comme une victime. Je voulais qu'elle prenne une raclée, a poursuivi le praticien devant la Cour. Elle continuait de se prostituer dans son état». L'opération vise également à provoquer un avortement.

«Je me suis trompé sur elle, c'est une bonne mère»

L'expédition a lieu en juillet 2009. Le dentiste invite sa maîtresse dans un établissement public et informe ses complices de l'heure de sortie. Le duo s'y rend à moto. A peine arrivé, le Roumain fonce sur la femme et se met à la frapper. Les coups continuent à pleuvoir alors qu'elle se trouve au sol. Quant au praticien, il fait mine d'avoir également été frappé.

Au final, la prostituée ne souffre que de blessures légères et son bébé a tenu le coup. Quelques heures après cette agression, elle fait d'ailleurs l'amour avec son dentiste, sans savoir qu'il est à l'origine de cette attaque. Mal pris après que son plan a échoué, celui-ci ne s'avoue pas vaincu pour autant: il demande à un tiers de téléphoner à la famille brésilienne de son amante pour la menacer de représailles si elle n'avorte pas. Il envoie même un homme de main au salon où elle travaille. L'homme doit la convaincre de mettre une croix sur son enfant contre 10'000 francs. L'intéressée dépose plainte.

Depuis, le dentiste assure s'être réconcilié avec la prostituée. «Je me suis trompé sur elle. C'est une bonne mère. On s'est pardonné.» Il a même reconnu l'enfant né de leur relation et lui verse une pension alimentaire. En vertu d'un accord qu'ils ont passé, la victime s'est retirée de la procédure. Pas de quoi attendrir la procureure Magali Bonvin, qui évoque un «scénario sordide». Selon elle, le dentiste «a troqué sa blouse de médecin contre le costard de crapule.» Devant le Tribunal correctionnel, elle a tenu à citer les propos tenus par l'accusé en cours d'enquête: «J'ai agi de façon humaine. Je n'ai pas privé une vierge de la maternité». Elle a requis 24 mois de prison avec sursis et une amende de 180 jours à 150 francs à son encontre. Quant au trafiquant de dopants qui lui avait apporté son soutien, il risque aussi 24 mois avec sursis. Le Roumain, absent lors du procès de mardi après avoir ingéré une dose trop importante de somnifères, sera jugé ultérieurement. Le verdict est prévu jeudi.

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