Renvoi des criminels étrangers: Il est expulsé dans un pays qu'il ne connaît pas
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Renvoi des criminels étrangersIl est expulsé dans un pays qu'il ne connaît pas

Le jeune Medhi a été forcé de prendre un avion pour Tunis mercredi, alors qu'il est né en Suisse. Ses avocats vont tenter de le faire revenir.

par
Marine Guillain
Medhi (à gauche) ne connaît personne en Tunisie et ne sait pas où aller. Ici, entouré de ses trois frères, au mois de février à Frambois.

Medhi (à gauche) ne connaît personne en Tunisie et ne sait pas où aller. Ici, entouré de ses trois frères, au mois de février à Frambois.

«Ils l'ont mis ce matin dans un vol spécial pour la Tunisie! Sans prévenir. Je n'ai même pas pu lui dire au revoir!» La mère de Medhi est en larmes. Elle a reçu un appel de son fils mercredi, qui a pu la joindre depuis un poste de police de Tunis. Le jeune homme de 24 ans né en Suisse a été expulsé mercredi, alors qu'il venait de demander sa liberté provisoire. Il s'était vu révoquer son permis C en janvier 2014, pour avoir cumulé les délits dans le canton de Vaud, où il a grandi: vols, dommages à la propriété, bagarres, conduite sans permis. A l'époque sans avocat, Medhi avait ensuite manqué le délai pour contester la révocation de son permis d'établissement. Il avait passé plus de 3 ans en prison et était détenu au centre de détention administrative de Frambois (GE) depuis fin décembre.

«Le Département a fait preuve d'une sévérité hors normes, assure Me Véronique Fontana. Mais sans titre de séjour valable, Medhi n'avait plus le droit de rester». L'avocate estime que tous les moyens ne sont pas épuisés. Elle effectuera sans attendre des démarches pour rétablir au plus vite le droit de son client de vivre en Suisse. L'autre avocat de Medhi, Me Pierre Bayenet, note que «malheureusement, le procédé ne semble a priori pas illégal. Le fait qu'il soit renvoyé ces jours faisait partie des options envisagées. Nous déposerons notre recours à la Cour européenne des droits de l'homme dès que possible, comme prévu». L'avocat estime que le renvoi de Medhi vers la Tunisie, «qui est pour lui une terre inconnue, viole ses droits fondamentaux.»

«Mon fils est terrorisé et complètement paumé», sanglote la mère du jeune homme, anéantie. Elle a pu parler quelques minutes au téléphone avec Medhi: «Après l'audience de mardi, des policiers l'ont emmené passer la nuit à Yverdon dans une caserne militaire. Tôt le mercredi matin, ils l'ont conduit dans un petit aéroport à Berne et l'ont fait monter dans un avion. Un autre détenu a résisté et il a été tabassé. Medhi aussi a reçu des coups, alors qu'il s'est laissé faire.» La maman prévoit de prendre un vol dimanche pour Tunis, afin de retrouver son fils et de lui trouver un hébergement d'urgence.

Le cas de Medhi est «extrêmement rare»

Des personnes étrangères nées en Suisse ont déjà été expulsées, à la suite de décisions de révocation de permis C prises au motif de condamnations pénales pour infractions graves, indique le Département de la sécurité à Genève. Il souligne que «ces situations exceptionnelles sont très rares». Même son de cloche dans le canton de Vaud: «Si la personne est née en Suisse, il faut que le crime soit particulièrement grave ou l'accumulation de délits très forte, avec un risque de récidive élevé», explique Frédéric Rouyard, du Service de la population. Vaud décide du sort des étrangers condamnés au cas par cas, en fonction de la menace qu'ils représentent pour la société et du contexte: l'âge de l'arrivée en Suisse, la durée de séjour, la gravité des actes, les risques de récidive, le lien avec le pays d'origine.

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