«Il est le pape qui a attisé la crise de l'Eglise»
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«Il est le pape qui a attisé la crise de l'Eglise»

Journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le Vatican, l'Allemand Hanspeter Oschwald, décrypte les raisons de la renonciation du pape Benoît XVI.

par
Laurenz Hanselmann/phf

Hanspeter Oschwald, le retrait de Benoît XVI vous a-t-il surpris ?

Absolument. Cela fait environ 700 ans qu'un pape ne s'est pas retiré volontairement de sa fonction. C'est certainement un signe.

Un signe des temps: aujourd'hui même un pape a trop à faire ?

Peut-être. Mais avant tout un signe que le temps est venu pour les papes absolutistes de se retirer avant leur mort. Ce retrait est une chance pour les réformes. L'autorité du Souverain pontife est depuis longtemps mis en doute. Aujourd'hui, un pape grisonnant doté d'un pouvoir absolu est totalement anachronique.

Est-ce à dire qu'il y aura de jeunes papes?

Non, non. Mais j'espère que ce départ donnera le coup d'envoi au changement. La fonction papale pourrait devenir limitée dans le temps et la toute-puissance pontificale partagée par des patriarches en Afrique et en Amérique latine.

A-t-il vraiment démissionné à cause de son âge?

La raison est multiple. Il aurait pu simplement tout déléguer et se reposer en tant que pape. Il n'a vraisemblablement pas voulu finir comme son prédécesseur Jean-Paul II. Ce dernier était si vieux, à la fin de son règne, qu'il ne pouvait plus tenir debout et n'était plus montré qu'à la fenêtre du Vatican.

Vatileaks, pédophilie, pressions des réformes : Jospeh Ratzinger n'a-t-il pas abdiqué devant les problèmes?

Non, ce jugement est trop sévère. Mais on peut dire qu'il est à la fin des ses possibilités. Il a fait ce qu'il a pu et voulu: empêcher diverses réformes de l'église catholique. Ce qu'il fait est logique et louable. Son retrait lui vaudra d'entrer dans les livres d'histoire.

Que reste-t-il de son règne?

Pas grand-chose. Il est le pape qui aura attisé la crise de l'Eglise.

Qui sera le prochain Souverain pontife?

Ce sera passionnant. Pour moi, les Italiens Mauro Piacenza et Gianfranco Ravasi, ainsi que le Canadien Marc Ouellet sont favoris. Personnellement, je préférerais un Italien, car le pape est également évêque de Rome.

Et un Africain ou un Asiatique?

Pas exclu, mais peu réaliste. Je ne vois personne qui pourrait rallier la majorité. Et il n'y a pas beaucoup de libéraux dans l'Eglise.

Le prochain sera plus moderne?

Tous les cardinaux sont conservateurs, sinon ils ne seraient pas devenus cardinaux. Mais il est bien possible qu'un candidat, qui a dissimulé sa vision progressiste, se révèle en devenant pape et conduise des réformes. La question, c'est de savoir jusqu'où il perçoit la crise et n'essaie pas fuir la réalité.

Combien de papes faudra-t-il avant que le Vatican s'engage pour le préservatif et les homosexuels?

Cela pourrait durer longtemps. L'Eglise catholique ne change que lentement. Mais personne ne sait combien de scandales vont encore la secouer et provoquer des changements.

Que fera Joseph Ratzinger à l'avenir?

Il se retirera probablement dans un cloître, pour faire ce qu'il a toujours voulu faire: écrire des livres, par exemple sur la fonction papale ou sur son règne au Vatican. Il mérite de trouver la paix.

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