Actualisé 19.06.2019 à 06:27

Moutier (BE)«Il est venu d'Amérique pour tuer ma fille»

Un Américain était jugé, mardi à Moutier, pour le meurtre de la fille d'un célèbre athlète kenyan, survenu en 2017 à Reconvilier.

Tout comme la victime, le suspect est d'origine kényane. Tous deux se connaissaient de longue date.

Tout comme la victime, le suspect est d'origine kényane. Tous deux se connaissaient de longue date.

Keystone

Un ressortissant américain a comparu mardi devant le Tribunal régional à Moutier (BE) pour répondre d'assassinat, éventuellement de meurtre et de séquestration. Cet homme incorporé dans le corps des marines est soupçonné d'avoir tué une Kényane de 30 ans en 2017 à Reconvilier (BE).

Cette femme avait été poignardée dans son appartement de ce village du Jura bernois. Le suspect, qui n'avait opposé aucune résistance lors de son arrestation, présentait des blessures. Originaires du Kenya, les deux protagonistes se connaissaient de longue date.

Alertée par le voisinage, la police cantonale bernoise avait découvert le corps sans vie de cette femme kényane. La victime était la fille du célèbre athlète Julius Korir, médaillé d'or du 3000 mètres steeple aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984.

Lors de l'audition des parties plaignantes, le père de la victime a dit vouloir que la justice soit rendue. «J'aimerais savoir pourquoi il est venu d'Amérique pour tuer ma fille», a déclaré l'ex-champion olympique qui s'exprimait en swahili. Julius Korir venait régulièrement en Suisse pour participer à des courses.

Très digne, la voix parfois brisée par l'émotion, le mari suisse de la victime a dit au tribunal attendre un verdict qui soit le plus «dur possible». Il connaissait l'accusé qui avait été hébergé dans l'appartement du couple à Reconvilier.

Automutilation

Pour le Ministère public, l'accusé s'est infligé des blessures, une version qu'il a contestée au cours de l'instruction. Selon l'acte d'accusation, le prévenu âgé d'une trentaine d'années aurait essayé de faire croire à un prétendu accord de la victime de mourir, puis en s'automutilant de faire croire que c'était la victime qui l'avait frappé.

L'acte d'accusation relève que le prévenu était «profondément» amoureux de la victime qui entendait toutefois prendre ses distances avec lui. Il lui est reproché «d'avoir agi avec une absence particulière de scrupule».

Durant son interrogatoire, l'accusé a parlé d'une voix parfois à peine audible, donnant aussi l'impression de ne pas toujours comprendre les questions traduites en anglais. À la question de savoir s'il pouvait être violent, il a répondu «Cela dépend».

Ce ressortissant américain a aussi contesté le rapport d'un expert qui brosse le portrait d'un homme avec un problème psychiatrique et présentant un risque de récidive. «Je ne suis pas malade», a-t-il déclaré aux juges de l'antenne de Moutier du Tribunal Jura bernois-Seeland.

Milieu de la course à pied

Durant l'audition des parties plaignantes, l'accusé est resté la plupart du temps tête baissée. Né au Kenya, le prévenu s'est rendu aux Etats-Unis en 2006. En septembre 2013, il s'est engagé dans l'armée américaine, dans le corps des marines. Il a obtenu la nationalité américaine.

L'instruction qui a duré plus de deux ans a été menée entre la Suisse, le Kenya et les Etats-Unis par le biais de commissions rogatoires. Il s'agissait d'établir le lien entre la victime et le suspect.

La fille du champion olympique était mariée à un Suisse. Le couple était actif dans le milieu de la course à pied. Il hébergeait des coureurs d'élite africains venus en Suisse pour participer à des courses comme Morat-Fribourg. Le mari était au Kenya avec son fils lorsque cet homicide a été commis. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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