NHL: Il était une fois, les «Big Bad Bruins»…
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NHLIl était une fois, les «Big Bad Bruins»…

Un soir de 1979, les Bostoniens ont participé à l'une des bagarres les plus mythiques de l'histoire. Dans le coup: les joueurs des Bruins, un certain John, sa famille et… sa chaussure.

par
Robin Carrel

Source: NHL.com

Nous sommes le 23 décembre, il y a maintenant plus de 36 ans. New York prépare tranquillement Noël et les travées du Madison Square Garden sont en fête. Les supporters des Rangers vont toutefois déchanter, car ce sont finalement les «Big Bad Bruins» qui vont l'emporter 4-3, ce soir-là, sur la glace de la Grosse Pomme. La partie ne s'est pas arrêtée là. Elle ne faisait même que commencer.

Phil Esposito n'était pas loin d'égaliser juste avant la sirène finale, mais l'homme aux 1590 points dans la grande Ligue a échoué seul devant le portier adverse. L'Ontarien introduit au Hall of Fame en 1984 en a fracassé sa crosse au sol de rage et filé aux vestiaires. Derrière, des joueurs des Rangers et leurs adversaires massachusettais se sont embrouillés. La bagarre a même dégénéré dans des proportions surréalistes et s'est terminée en tribunes!

Cet incident assez inimaginable avait été raconté par le New York Times trente ans après (article en anglais à lire ici). Le journaliste américain Dave Seminara y cite la maman d'un certain John Kaptain, qui a fini la soirée par se faire frapper avec sa propre chaussure par Mike Milbury, le défenseur des Bruins portant le No 26. «J'ai crié: ils sont en train de frapper mon bébé!», s'est exclamée Catherine Kaptain après avoir allumé son poste de télévision. Dire qu'elle détestait déjà le hockey avant cette soirée-là…

«Œil pour œil»

Tout part d'un coup donné par un certain Al Secord au New Yorkais Ulf Nilsson. «Je me suis souvenu qu'il m'avait vicieusement frappé plus tôt dans la partie. Je me suis dit: œil pour œil et j'y suis allé», a dit plus tard le joueur de Boston. Une mêlée entre les deux formations a éclaté et le gros de la troupe a fini par se retrouver dans un des coins de la patinoire. C'est là que John Kaptain est entré en scène.

Profitant de la confusion, le spectateur a enroulé un programme de match et frappé Stan Jonathan, le «goon» venu du Massachusetts. Il ne s'arrête pas en si bon chemin et lui chipe sa crosse. De quoi faire voir rouge au bagarreur âgé alors de 24 ans et qui a compilé plus de 1600 minutes de pénalité en carrière. «Le supporter est passé par-dessus le plexiglas pour me frapper. J'ai alors mis ma canne entre nous pour me protéger, mais il me l'a prise», s'est plaint le joueur.

Croyant que son coéquipier était en train de se faire frapper avec le bâton, l'attaquant Terry O'Reilly a pété un plomb. Il était le premier joueur à enjamber la balustrade, pour aller se mesurer à Kaptain qui brandissait la crosse de hockey «comme s'il était en train de faucher une prairie». Le fan des Rangers, aujourd'hui décédé, a fini par convenir qu'il avait bel et bien frappé un «adversaire», mais uniquement pour défendre son frère: «Peut-être que je l'ai touché quand il était sur la glace. Je ne dis pas que ce que j'ai fait est bien, mais mon frangin avait été tapé par un des leurs en premier.»

«Mode combat total en 20 secondes»

Ç'a ensuite été au tour de Peter McNab, pourtant pas réputé pour sa méchanceté, de passer à l'action. «Alors qu'il était plutôt le genre de gars à ramasser nos gants après une bagarre», a rigolé Stan Jonathan après coup. Don Cherry, ancien entraîneur de Boston et ensuite commentateur TV reconnu, s'était pour sa part déclaré «fier» de la réaction du No 8. «Je suis passé du stade d'un gars heureux de rentrer à la maison pour Noël au mode combat total en l'espace de 20 secondes», a quant à lui souri le joueur.

Kaptain finira par se libérer d'une première étreinte, à réussir à grimper quelques rangées, mais est finalement repris par McNab et Milbury. «Je lui chope sa chaussure, l'attrape par la manche et là, j'étais gonflé à bloc, s'est remémoré Milbury. Je ne sais pas si j'ai un peu hésité parce que je savais qu'on allait en parler ensuite pendant 30 ans... Mais je lui ai mis une manchette dans la jambe, puis je fais le truc le plus flagrant qu'il soit: je jette son soulier sur la glace.»

En tout, ce ne sont pas moins de 18 joueurs des Bruins qui se retrouvent dans les tribunes. La sécurité a heureusement fini par séparer tout ce petit monde. Dans la foulée, après la partie, 300 supporters des Rangers en furie ont attendu le bus de leurs adversaires et l'ont secoué. La police montée a dû, à son tour, intervenir. Les sanctions sont tombées par la suite: John Kaptain, son père James, son frère Manny et un de ses amis, Jack Guttenplan, ont été accusés d'avoir troublé l'ordre public.

Un mois plus tard, le président de la NHL de l'époque, John Ziegler a décidé de suspendre O'Reilly pour 8 matches. Milbury, lui, a écopé de 6 rencontres. Tous les autres joueurs de Boston, excepté le gardien Gerry Cheevers qui buvait des bières dans le vestiaire, ont été punis d'une amende de 500 dollars. Les Bruins ont fait appel dans la foulée. «Nous sommes très fiers de nos joueurs et de la façon dont ils se sont conduits dans des circonstances compliquées», a osé alors Paul Mooney, le président.

Pas de suites judiciaires

Au moins de janvier 1980, la famille Kaptain a donné une conférence de presse au St. Moritz Hotel de la Grosse Pomme, «pour que le public puisse voir que nous n'étions pas des animaux», a dit John Kaptain. Son entourage et lui-même n'ont finalement pas été inquiétés par la justice, tout comme les hockeyeurs des Bruins. Ces derniers n'ont d'ailleurs pas vu leur image altérée par l'événement. Neuf sont devenus coaches ou assistants en NHL et de nombreux autres ont entamé des carrières de recruteurs ou de consultants TV.

Le mot de la fin reviendra à Mibury et O'Reilly. Pour le premier, «Cet incident n'a pas fait marrer grand monde… Aucun d'entre nous ne voulait passer pour un homme de Néandertal et de l'avis du grand public, nous étions le stéréotype même du joueur de hockey sur glace...» «Remis dans les même circonstances, je ne suis pas sûr qu'on aurait le temps de penser aux règles et aux conséquences. J'imagine que je sauterais encore par-dessus le plexiglas et que je choperais le type à nouveau.»

Si les deux frangins Kaptain sont décédés, leur père, âgé de 84 ans lorsque l'article du New York Times a été écrit, était encore de ce monde. Ce vétéran de la IIe Guerre Mondiale était toujours un fan de hockey et des Bruins. Sa femme, elle, détestait toujours autant ce sport. Le papa n'avait toutefois jamais remis les pieds dans une patinoire, depuis cette soirée où son rejeton était rentré à la maison avec une seule chaussure…

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