Actualisé 12.10.2016 à 05:16

Votation 27 novembre

«Il faut du temps pour sortir du nucléaire»

La conseillère fédérale Doris Leuthard estime que l'initiative des Verts soumise à la population le 27 novembre n'est pas réalisable et est surtout politique.

de
Christine Talos

Débrancher avant l'heure les centrales atomiques est irréaliste, a averti mardi la conseillère fédérale Doris Leuthard. Elle a lancé sa campagne contre l'initiative populaire des Verts pour sortir du nucléaire, en votation le 27 novembre. Selon elle, le délai imparti pour la mise hors service des centrales est trop serré. Il en résulterait un surcroît d'importation d'électricité étrangère produite de manière très polluante. En outre, cela pourrait coûter très cher aux contribuables, prévient-elle. Interview.

20 minutes: Pour vous, la Suisse ne peut pas se passer du nucléaire en 2017 déjà. Pourquoi ?

Doris Leuthard: Nous sommes tout à fait d'accord avec les initiants: le nucléaire n'est pas une ressource d'énergie du futur. Nous avons d'ailleurs refusé de construire de nouvelles centrales. Mais celles qui existent, nous pouvons les laisser en fonction tant que la sûreté nucléaire est garantie. Fermer une centrale ne se fait pas en un claquement de doigts. Entre la décision de débrancher Mühleberg et l'arrêt effectif, six ans se seront écoulés. En outre, il faut du temps pour prévoir et produire plus d'électricité à partir d'énergies renouvelables. C'est pour cela que la première étape du Conseil fédéral et du Parlement va jusqu'en 2035, soit environ 20 ans. C'est le temps nécessaire pour investir dans le renouvelable. Mais on ne peut pas le faire en une année, comme le demande l'initiative.

Vous avez dit que fermer les centrales plus tôt relevait plus d'une décision politique que d'une question liée à leur sécurité. Qu'entendez-vous par là?

Aujourd'hui, toutes ces centrales ont des autorisations d'exploitation illimitées. Elles peuvent rester en fonction pour que la sécurité d'approvisionnement soit garantie. Mais on sait aussi que ces centrales sont âgées et ont donc une durée de vie limitée. Les deux centrales de Beznau sont en fin de vie, c'est vrai. Il faut donc une alternative. Mais je pense que si nos centrales arrivent encore à produire de l'électricité à un bon prix et si la sécurité est garantie, je ne vois pas pourquoi on devrait les arrêter avec une date politique. Débrancher trois de nos centrales nucléaires l'an prochain c'est trop. Cela représenterait un tiers d'énergie nucléaire en moins et cela poserait problème. Pour combler ce manque, il faudra importer plus d'électricité de l'étranger.

Pourtant, les deux centrales de Leibstadt et de Beznau I sont en ce moment à l'arrêt, ce qui représente un manque de 40% en terme d'énergie nucléaire. Et la Suisse arrive à faire face...

Certes, mais c'est provisoire. Leibstadt sera rebranchée en février. En attendant, les BKW importent davantage d'électricité de France. Mais cela a une répercussion sur les prix. Les marchés ont immédiatement réagi et les tarifs du kwh ont augmenté.

Vous avancez que les propriétaires des centrales pourraient réclamer des dédommagements à hauteur de centaines de millions de francs. Pourquoi? Quels sont les risques financiers pour la Confédération?

Parce qu'aujourd'hui, nous avons des permis qui ne sont pas limités dans le temps. C'est donc normal que les propriétaires des centrales puissent demander un dédommagement. C'est sûr que ces demandes vont arriver. On ne connaît pas encore quels montants pourraient être exigés. Nous avons des estimations sur le nombre de millions approximatifs que cela représenterait pour chaque centrale. Mais ce serait alors à la Confédération de payer, donc aux citoyens de notre pays. Je ne pense pas que c'est ce que nous voulons.

On investit beaucoup pour maintenir les vieilles centrales, les rénover et les exploiter le plus longtemps possible. Ne devrait-on pas plutôt réserver cet argent à leur démantèlement et à la promotion des énergies renouvelables?

C'est une décision qui appartient aux propriétaires des centrales. Je pense que c'est exactement ce qu'il se passe actuellement à Muehleberg (nldr: elle sera débranchée en 2019). Le conseil d'administration a fait le calcul: les investissements nécessaires étaient très importants et s'accroissaient chaque année de vie en plus. Cela valait donc la peine d'arrêter le site et d'investir dans le renouvelable. Mais selon moi, cette décision doit être plutôt entrepreneuriale que politique.

Votre stratégie énergétique 2050 qui comporte l'abandon du nucléaire fait l'objet d'un référendum notamment de l'UDC. Est-ce que cela peut avoir une influence sur le vote des citoyens le 27 novembre?

Pas vraiment je pense. Parce que la Stratégie a été votée par le Parlement et je fais confiance à la population suisse. Celle-ci veut vraiment que l'on ne construise plus de nouvelles centrales. Elle souhaite passer aux renouvelables, et veut plus d'efficacité énergétique. Ce sont les piliers de la Stratégie. Si l'UDC ne l'accepte pas, c'est à elle d'expliquer ce qu'elle veut, si elle souhaite de nouvelles centrales nucléaires ou davantage d'importations d'énergie. Les règles du jeu sont en tout cas claires aujourd'hui: nous voulons sortir du nucléaire mais de manière claire et coordonnée, avec le temps nécessaire pour le faire.

Déjà deux indemnisations

Berne craint qu'en fermant prématurément les centrales, il faille indemniser les propriétaires. Jusqu'à présent, il y a déjà eu deux cas d'indemnisation. La Confédération a dû verser 350 millions de francs à l'exploitant de la centrale de Kaiseraugst (AG) pour les investissements déjà réalisés. Le projet, approuvé en 1985, a été stoppé face à l'opposition populaire qui a suivi la catastrophe de Tchernobyl.

La Confédération a aussi dû débourser 227 millions en 1996 pour n'avoir pas accordé l'autorisation cadre à l'exploitant de la centrale de Graben (BE). Un arrêt du Tribunal fédéral l'y avait contrainte.

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