Genève: «Il faut qu’il y ait un changement»

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Genève«Il faut qu’il y ait un changement»

Plus de 10’000 personnes ont manifesté contre le racisme et les violences policières dans le calme mardi au bout du lac.

par
Léonard Boissonnas

On aura rarement autant de monde massé sur la Place Neuve. Mardi, en fin d’après-midi, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées vers 18h à l’appel du collectif Black Lives Matter Suisse romande, formé en quelques jours après l’indignation causée par la mort de George Floyd, cet Américain asphyxié lors d’une intervention policière le 25 mai.

Une «cause commune»

«La cause que nous défendons aujourd’hui est commune, a déclaré devant la foule une des organisatrices. En Suisse, nous sommes tous concernés par le racisme et les violences policières.» La manifestation, la première autorisée à Genève depuis le déconfinement, a réuni une grande majorité de jeunes d’une vingtaine et d’une trentaine d’années, mais toutes les générations étaient venues.

Selon les estimations de la police cantonale, les manifestants étaient entre 10'000 et 12'000 personnes. Difficile dès lors de respecter la distance de sécurité liée au Covid-19, comme l’ont demandé à plusieurs reprises les organisateurs. Toutefois, un grand nombre de personnes portaient un masque de protection.

«Considérer les gens également»

Une manifestante âgée de 32 ans a expliqué être venue car «on doit dénoncer ces injustices, dit-elle. Je suis Marocaine et je vis ici. Le mélange des cultures est important. Mes enfants, je veux les éduquer autrement. C’est Black Lives Matter, mais c’est plus général que ça.»

Antoine, étudiant de 19 ans, a manifesté pour «défendre des valeurs auxquelles je m’identifie. Il faut que les gens soient considérés également.» Le racisme en Suisse «existe, mais ça ne se dit pas beaucoup. Dans ma classe, j’ai parfois entendu des propos qui étaient limites. Et dans mon entourage, certains ont tendance à minimiser ce problème.»

«Le racisme ici, c’est indirect, mais on le croise toujours», a relaté de son côté JM, 26 ans. Il a dit espérer qu’il y ait une «prise de conscience, il faut qu’il y ait un changement et pas qu’en Amérique. En Suisse, on a aussi une part de responsabilité, on a le Palais des Nations.»

Un «jour historique»

Après quelques allocutions saluées par la foule, les manifestants ont défilé dans les rues de Genève, par grappes de groupes, passant par les Rues Basses, le pont du Mont-Blanc avant de rallier le parc des Cropettes, où le rassemblement devait prendre fin vers 21h, après quelques prises de parole de plusieurs collectifs antiracistes. «C’est un jour historique car à Genève, on n’a jamais vu ça, s’est félicité un des intervenants. Cela ne va pas s’arrêter là.»

Calme et bon enfant

La manifestation n’a donné lieu à aucune interpellation, a indiqué Alexandre Brahier, porte-parole de la police cantonale. Si quelques pétards, fumigènes et tags ont été constatés, «cela s’est passé de manière plutôt calme et bon enfant, a-t-il rapporté. La majorité portait des masques.»

Plusieurs rassemblements ont déjà eu lieu en Suisse, dont à Neuchâtel samedi et à Lausanne dimanche, où plus de 2000 personnes avaient manifesté sans débordement.

«On doit parfois enlever nos photos du CV»

Black Lives Matter Suisse romande est un collectif d’une vingtaine de personnes, qui se présentent comme étant d’origines, d’orientations sexuelles et d’âges divers. Même s’il vient d’être créé, le groupe compte déjà 6000 abonnés sur Instagram. Leur mouvement n’est pas opportuniste, disent ses membres, il est destiné à être pérenne, avec la création d’une association: «On ne surfe pas sur la vague, on a été emportés par la vague d’indignation dans le monde», a expliqué l’une d’entre eux.

Dénigrement, mise à l’écart, propos déplacés : plusieurs disent avoir été victimes de racisme, «très tôt, à l’école.» Dans le monde professionnel également: «Lorsqu’on cherche du travail, on doit parfois enlever nos photos du CV», relate un jeune homme. Il dénonce un racisme systémique, qui « nous met en rivalité constante avec les personnes non noires.»

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