Actualisé 20.05.2020 à 21:15

Thonon-les-Bains (F)

«Il faut qu’ils soient des hommes et qu’ils assument»

Le 8 août 2018, cinq femmes étaient sauvagement tabassées à la sortie du Petit Palace, à Genève. Le procès des cinq agresseurs présumés a débuté ce mardi au Tribunal correctionnel de Thonon.

de
Jérôme Faas
L’agression s’est déroulée à la place des Trois-Perdrix, en contrebas du Petit Palace et de la Vieille-Ville de Genève.

L’agression s’est déroulée à la place des Trois-Perdrix, en contrebas du Petit Palace et de la Vieille-Ville de Genève.

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«Je n’ai plus confiance en rien. Je n’arrive plus à me gérer, alors qu’avant, il n’y avait jamais de souci.» C’est l’une des cinq victimes de l’agression de la place des Trois-Perdrix (lire l’encadré) qui parle, mais toutes ont tenu un discours similaire devant le Tribunal correctionnel de Thonon (F), mardi: la peur, la dépression, la culpabilité - un élan vital fauché. «Je viens de commencer ma vie et je n’en fais rien. A part le travail, c’est le néant», décrit une autre. Durant toute la journée, les scènes d’horreur défilent. L’une des femmes baignant dans son sang, coups de pied de type «penalty» assénés dans la tête, une autre victime «inanimée, comme morte», se souvient l’une de ses compagnes d’infortune. «On n’avait aucune chance contre eux. Ils le savent, que l’on est plus faibles. Pourquoi ne pas se battre contre des hommes? Je ne comprends toujours pas l’acte. Je veux savoir pourquoi.»


Face à la dénégation des cinq prévenus, elles réclament du courage. «Les personnes qui ont fait ça, il faut qu’elles soient des hommes et qu’elles assument, estime la principale victime, qui a fait du coma et a frôlé la mort, a eu quatre mois d’arrêt de travail et ne parvient pas, aujourd’hui, à être employée à plus de 60%. Moi, en tant que femme, j’aurais assumé.» La première à avoir été agressée (pour avoir osé s’insurger d’avoir été traitée de grosse), celle que les quatre autres ont secourue, explose donc quand l’avocat d’un des agresseurs présumés cherche à décrédibiliser son témoignage. «Eh bien, qu’il soit un homme et qu’il avoue! C’est bon là!»


Car justement, même si tous ces jeunes (titulaires d’un brevet d’apprentissage, sauf un, sans diplôme) de la région de Thonon, dont trois déjà condamnés pour violences, admettent leur présence sur les lieux, «aucun ne reconnaît avoir porté des coups», résume la présidente. Ils louvoient, donc. L’un dit ne se souvenir de rien à cause de l’alcool, mais jure: ce ne peut être lui, car il ne frappe pas les femmes. Un autre se dépeint anesthésié par le cannabis: «J’ai rien vu, j’ai pas fait attention, j’étais ailleurs.» Un seul sort du lot. Lui non plus n’a rien fait, martèle-t-il, mais il balance les autres: «Je leur ai dit qu’il fallait assumer» ce que des témoins ont décrit comme «une scène de guerre» et «une scène de torture».


Les multiples témoignages, relatés par la présidente, constituent la limite de ces stratégies d’évitement. Un grand nombre de badauds décrivent une scène aux contours et aux protagonistes identiques. La confusion de la scène est certes génératrice de menues variations, rendant difficile d’affirmer avec certitude qui a fait quoi exactement. Mais le fond demeure. «Pour moi c’était une tentative de meurtre. Ils voulaient tuer les filles», a décrit un témoin. «Je n’avais jamais rien vu d’aussi violent de ma vie», a évalué une autre.
Le procès se poursuit mercredi avec le réquisitoire du Parquet et les plaidoiries des avocats.

Deux récidivistes risquent 20 ans

L’agression de la place des Trois-Perdrix a bouleversé Genève: sa sauvagerie, sa gratuité et le sexe
féminin des victimes ont scandalisé. Les faits remontent au 8 août 2018. Vers 5 h, à la sortie du Petit Palace, cinq femmes ont été tabassées et frappées à la tête sans motif par cinq hommes alors âgés de 20 à 24 ans. Une des victimes a frôlé la mort. La tentative de meurtre a finalement été écartée par la justice hexagonale, qui estime n’avoir pas de preuve évidente de l’intention homicide. Les accusés, arrêtés en France, sont prévenus de violences volontaires avec diverses circonstances aggravantes. Ils encourent des peines maximales de 7 à 20 ans selon leur profil. Les trois récidivistes, notamment, risquent 14, 20 et 20 ans de prison.

L’ombre du covid

Ni public, ni témoins: l’épidémie de coronavirus a changé le visage du procès. La présidente s’est contentée de lire les déclarations des nombreuses personnes qui ont assisté à la scène. Quant aux masques, ils étaient la règle, tant pour les prévenus que pour les victimes (dont deux comparaissaient la tête entièrement cachée pour ne pas être reconnues), les avocats et les juges. Difficile, dès lors, de saisir les expressions des accusés.

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