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AngolagateIl faut sauver le marchand Falcone

Les avocats des principaux prévenus de l'affaire dite de l'Angolagate ont tenté mardi, avant l'examen des faits par le tribunal, de torpiller la tenue du procès en mettant en avant le retrait de plainte du ministère de la Défense ou encore l'irrégularité de la procédure.

Autant d'arguments balayés par le ministère public.

La lettre du ministre de la Défense, Hervé Morin, adressée le 11 juillet aux avocats de Pierre Falcone était l'une des armes fatales des conseils de M. Falcone et de ses co-prévenus poursuivis pour commerce illicite d'armes.

Le syllogisme ministériel est simple: les armes vendues à l'Angola n'ayant pas transité par le territoire français, la législation en vigueur à l'époque des faits ne s'applique pas à Pierre-Joseph Falcone.

Les avocats du marchand-diplomate assurent que cet avis, «événement majeur», selon Me Emmanuel Marsigny, vaut retrait de plainte du ministère entraînant de facto l'extinction des poursuites. «La lettre est manifestement un retrait de plainte», réduisant en cendres le «ciment architectural» qui lie les poursuites, a-t-il plaidé.

Tout aura été tenté pour sauver le marchand Falcone, ministre-conseiller depuis juin 2003 à la délégation permanente de l'Angola auprès de l'Unesco. Lundi soir et mardi, ses avocats ont assuré qu'à l'époque des faits, ce n'était pas un simple marchand, mais un «mandataire» du gouvernement angolais. Un «simple exécutant d'une puissance publique étrangère», bénéficiant à ce titre d'une immunité fonctionnelle, allant bien au-delà de son récent statut diplomatique.

Mieux, la République d'Angola, qui s'est invitée au procès, a plaidé via le bâtonnier Francis Teitgen, qu'en s'en prenant à «l'immunité fonctionnelle» de Pierre-Joseph Falcone, c'est à l'immunité de l'Etat angolais qu'on avait porté atteinte. Non seulement la justice française a saisi des documents diplomatiques angolais mais également des documents couverts par le secret-défense. «Il faut appliquer à la République d'Angola le traitement que la France applique à ses propres documents» classés secret-défense, a soulevé l'avocat.

Le procureur de la République, Romain Victor, a balayé les nombreux arguments soulevés par la défense qui demandait au tribunal de «ne pas juger, ou pas du tout ou pas tout de suite» cette affaire.

La lettre du ministre de la Défense ne «s'apparente nullement à un retrait de plainte», martèle-t-il. Dans cette lettre, «un avis à une demande d'avis» d'un avocat de M. Falcone, jamais les termes «retrait de plainte» ou «désistement de plainte» ne sont utilisés.

Les deux principaux prévenus de ce dossier, Pierre-Joseph Falcone et Arcadi Gaydamak, sont accusés par la justice d'avoir vendu, sans autorisation gouvernementale française, armes et matériels lourds au régime du président Dos Santos entre 1993 et 1994 pour un montant de près de 791 millions de dollars, une grande partie des paiement, étalés entre 1993 et 2000, ont été effectués sous forme de préfinancement, c'est-à-dire via des prêts bancaires de la BNP-Paribas gagés sur l'exploitation de ressources pétrolières angolaises.

L'audience se poursuivait dans la soirée. (ap)

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