«Body shaming» à la piscine – «Il faut se déshabiller et les filles font déjà des commentaires»
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«Body shaming» à la piscine«Il faut se déshabiller et les filles font déjà des commentaires»

Les jeunes Romands redoutent les cours de natation. Souvent complexés, ils rechignent à se mettre en maillot, de peur d’être la cible des moqueries de leurs camarades.

par
Christine Talos, Tamara Benassuli
Les cours de natation ne sont pas forcément appréciés par les jeunes Romands.

Les cours de natation ne sont pas forcément appréciés par les jeunes Romands.

Photo d’illustration/AFP

Un sondage récent de 20 Minuten, auprès des adolescents alémaniques le révélait: les jeunes vivent souvent la natation à l’école comme un calvaire et la moitié des sondés avouent être mal à l’aise avec leur corps. Au point de sécher les cours tant ils redoutent d’être raillés par leurs camarades. D’ailleurs, aucune autre activité sportive ne produit autant d’absentéisme à l’école.

Ce «body shaming» existe aussi en Suisse romande. De nombreux jeunes nous ont ainsi fait part de leur vécu au moment de la piscine. Les mots sont souvent identiques: peur des moqueries face aux rondeurs (ou à la maigreur), gêne de se mettre nu devant les autres, harcèlement, critiques des camarades (voire des profs) sur le physique ou les performances sportives, etc.

«C’est l’enfer»

À l’image du témoignage de cette jeune Romande: «ça commence dans les vestiaires. Il faut se déshabiller ensemble et les filles font déjà des commentaires», explique-t-elle. «Puis autour des bassins, il y a les garçons. Et là, c’est moqueries, rires, etc.», poursuit-elle. Et ça continue ensuite à l’école. «Quand tout le monde t’a vue en maillot, on te traite après de ‘’grosse vache’’ quand tu manges. C’est l’enfer», conclut-elle.

Une autre jeune fille explique avoir toujours appréhendé les cours de natation, en raison notamment de sa pilosité. «Si je ne me rasais pas les jambes, j’avais des remarques, du genre ‘’on dirait un mec’’ ou ‘’tu es Portugaise’’», confie-t-elle. «Et si un peu de peau dépassait du maillot, on me demandait pourquoi. Je répondais alors que mon costume de bain était trop petit…»

L’adolescence, période «anxiogène»

La psychologue Anne Dechambre, responsable du site pour les jeunes ciao.ch, n’est pas surprise de ces témoignages. «À l’adolescence, les jeunes perdent la maîtrise de leur corps, tout pousse et se déforme dans tous les sens. C’est donc normal qu’ils se sentent mal dans leur peau et angoissés, c’est très anxiogène», dit-elle. Et d’accuser la société actuelle fondée sur l’apparence et qui utilise les jeunes comme des produits. «Cela a forcément un impact sur eux.»

Le plus important est que le jeune en souffrance ne se sente pas seul. «Il doit pouvoir parler avec ses amis, une personne de confiance, ses parents, l’infirmière scolaire, voire un enseignant qui pourrait alors organiser un atelier sur l’apparence ou le harcèlement», propose-t-elle. Sans parler des forums de discussions comme ciao.ch. «Sur ces sites, les jeunes sont extrêmement bienveillants», s’étonne-t-elle toujours. Contrairement à la réalité parfois… «Un ado, en pleine tempête hormonale, perd souvent l’estime de soi. Attaquer les autres permet de reprendre confiance. C’est ce que font aussi bien souvent les adultes», conclut-elle.

«Certains me fessaient en me disant ‘‘t’aime ça hein’’»

Le témoignage de ce jeune homosexuel, victime de harcèlement et d’homophobie, est lui poignant. «Petit, je ne me sentais pas à l’aise dans mon corps, je me suis toujours senti différent», explique-t-il. «À l’école on se moquait de moi car je n’avais pas d’amis chez les garçons. J’ai subi du harcèlement autant dans la cour d’école qu’à la gym», confie-t-il. Et à la piscine c’était pire. «Beaucoup de garçons me mettaient de côté en raison de mon orientation sexuelle. On me disait souvent ‘’oh le pédé ne sait pas nager’’», explique-t-il. Et cela continuait sous la douche. «Certains me fessaient en me disant ‘’t’aime ça hein’’ et exhibaient parfois leur pénis», raconte-t-il. Du coup, il a fini par trouver une excuse pour courber la natation. Quant aux profs, ils ont toujours fermé les yeux sur ces comportements, selon lui.

«Certains jeunes, surtout quand ils sont en groupe, se sentent puissants et en position de critiquer n’importe quoi, peu importe l’impact de leur propos», confirme un autre garçon. Lui-même n’a jamais courbé la natation, mais n’aimait pas du tout se montrer à la piscine, tant il redoutait de dévoiler son corps. «Pourtant personne ne m’a jamais fait de remarques, c’est une pression que je m’imposais moi-même», reconnaît-il.

«La natation a un effet très positif sur la perception du corps»

L’Association Suisse d’Education Physique à l’école (ASEP) a réagi suite à ces témoignages. Dans un communiqué, elle affirme garantir la qualité de l‘éducation physique en offrant une large palette de cours de formation continue pour les enseignants en sport. Elle s’engage en outre à créer des conditions-cadres favorables pour l’activité physique et sportive dans les écoles suisses, assure-t-elle.

«L’éducation physique à l'école offre aux enfants et adolescents la possibilité de découvrir une multitude de formes de mouvement par le jeu. Elle favorise avant tout le développement physique et la santé des élèves, tout en éveillant le plaisir de bouger et en invitant à découvrir diverses disciplines sportives», écrit l’ASEP. En outre, l’école se trouve être la seule institution qui assure à l’ensemble de la population un accès à l’enseignement de la natation, rappelle-t-elle. Elle contribue ainsi à la sécurité dans la vie de tous les jours. Grâce aux propriétés physiques particulières de l’eau, la natation a en outre un effet très positif sur la perception du corps des élèves en surpoids et accroît leur estime personnelle», précise-t-elle.

Le sport permet en outre aux enfants d’acquérir la capacité de gérer les échecs et de surmonter les crises, rappelle l'ASEP. Des études ont montré une corrélation entre bonne condition physique et bons résultats scolaires. Il est donc indispensable de ne pas diminuer les leçons d’éducation physique au profit d’autres branches, conclut-elle.

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