Protection sanitaire: «Il faut s’occuper de son masque comme de ses sous-vêtements»
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Protection sanitaire«Il faut s’occuper de son masque comme de ses sous-vêtements»

Le masque en tissu est de plus en plus porté, mais demeure souvent mal utilisé. Explications sur le standard à adopter et les arnaques à éviter lors de son achat en commerce.

par
Lauren von Beust
 «La dérive marketing ne doit pas primer la sécurité sanitaire», affirme Christian Chuard, spécialiste en infectiologie à l’Hôpital cantonal de Fribourg.

«La dérive marketing ne doit pas primer la sécurité sanitaire», affirme Christian Chuard, spécialiste en infectiologie à l’Hôpital cantonal de Fribourg.

Keystone/Christian Beutler

On en voit désormais de toutes les couleurs, ornés de tous les motifs et en vente à tous les coins de rue. Contrairement au masque de chirurgien jetable, le masque industriel en tissu devient un accessoire de mode personnalisable à souhait. Mais il est souvent mal utilisé.

Déconseillé par l’OSFP aux personnes souffrant de problèmes respiratoires, pour lesquelles il est «plus pénible de respirer à travers un masque en tissu que sous un masque chirurgical jetable», comme l’explique le professeur Christian Chuard, spécialiste en infectiologie à l’Hôpital fribourgeois (HFR), le masque industriel en tissu est toutefois efficace en matière de protection sanitaire. Utilisé correctement, celui-ci protège surtout les autres. «Et si chacun protège autrui, nous serons ainsi tous protégés», ajoute le spécialiste.

Standard d’utilisation

Mandatée par l’OFSP et le Département fédéral de l’intérieur (DFI), la Swiss National COVID-19 Science Task Force a élaboré en avril dernier un standard à respecter en matière de port du masque. Mais des précisions manquent. «Les masques en tissu doivent comporter plusieurs couches pour être très efficaces», complète Christian Chuard. Ce dernier renvoie aux standards de l’Association française de normalisation (Afnor), qui recommandent de «laver son masque en machine après chaque utilisation avec une lessive classique, à 60 °C pendant au moins 30 minutes». Le spécialiste en infectiologie n’est pas aussi catégorique : «L’essentiel est d’avoir avec son masque, quel qu’il soit, la même hygiène qu’on a avec sa brosse à dents ou avec ses sous-vêtements par exemple», encourageant aussi la population à «faire preuve de bon sens».

Mais à l’achat, les indications d’utilisation sont souvent floues. Le masque en tissu nécessite-t-il un filtre intérieur pour être efficace contre la propagation du Covid-19 ou un simple mouchoir peut-il faire l’affaire? Le professeur Chuard ne s’avance pas sur la question ni même sur la nécessité de se munir d’un filtre. Il insiste cependant sur l’importance de prendre soin de son masque après chaque utilisation : «Tout masque ne devrait pas être porté plus de quatre heures d’affilée car il devient humide. Porté brièvement, il peut être réutilisé à condition de l’ôter avec précaution, de le plier en deux et de le placer dans une pochette ou une enveloppe en papier et non un sac en plastique qui favorise la diffusion de l’humidité. Un masque en tissu humide peut aussi être suspendu pour être séché, puis réutilisé à quelques reprises.» La désinfection des mains après la manipulation est importante tant pour le masque en tissu que pour le masque chirurgical.

«Gare à la poudre aux yeux!»

Avec les critères que l’on connaît, il est important de s’assurer de la qualité d’un masque en tissu avant d’en faire l’acquisition en commerce. Le spécialiste de l’hôpital fribourgeois met en garde : «Le marché est saturé. Ceux-ci vont jusqu’à servir de support publicitaire. Mais la dérive marketing ne doit pas primer la sécurité sanitaire. Gare à la poudre aux yeux!» De son côté, l’OFSP considère que les masques en tissu cousus ou fabriqués maison n’offrent pas une protection sanitaire fiable.

Reconnu comme protection efficace dans les lieux publics, le masque industriel en tissu n’est toutefois pas accepté partout. «On ne peut pas entrer dans certains hôpitaux avec celui-ci, mais il est par exemple autorisé dans l'enceinte de l’HFR pour les visiteurs et les patients ambulatoires», informe Christian Chuard.

Les masques FFP peuvent propager la maladie

«Nous recommandons de ne pas utiliser de masque de protection respiratoire pour un usage privé», rappelle l’OSFP sur son site internet. S’ils sont à la disposition du personnel médical et par conséquent rares dans le cadre privé, les masques de protection respiratoire (filtering face piece ou masques FFP2/FFP3), parfois munis d’une valve, ne filtrent pas l’air expiré et peuvent même propager le virus. Les personnes infectées, avec ou sans symptômes de la maladie, ne doivent donc pas en porter.

Visière ou foulard, pas suffisants

Une écharpe ou un foulard ne protègent pas suffisamment d’une infection et n’offrent qu’une protection limitée pour les autres personnes. Ils ne peuvent donc pas remplacer un masque, pas plus que les visières. Ces dernières protègent les yeux d’une contamination par gouttelettes, mais ne garantissent pas que l’on soit protégé contre une infection par la bouche ou par le nez. Elles ne peuvent donc servir qu’en complément du masque, indique l’OFSP.

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248 commentaires
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Octave Vairgebel

08.08.2020, 14:48

Pourquoi acheter des masques ? Parce que la Confédération a dépensé plus de 500 millions pour s'en procurer en Chine et qu'il faut les vendre pour récupérer le fric et, ceci, avant la date limite de consommation ! Donc ça ne sert à rien mais cela coûte un saladier !!

Naïfs

08.08.2020, 12:57

Si vous pensez qu'on va limiter la propagation du virus avec des masques, alors que presque plus personne ne se désinfecte les mains, vous êtes bien naïfs. Quand on aura une belle résurgence cet automne, on verra de suite que ces masques en papier étaient aussi utiles que la frontière lors de tchernobyl

versinget

08.08.2020, 12:14

Selon les chiffres cités, en passant de 21% à 17% le taux d'oxygène de l'air expiré en une fois diminuerait donc de 20% et celui de CO2 augmenterait de ce même pourcentage. Mais on notera que d'une part ce taux peut varier fortement selon l'effort fait et d'autre part si les gaz expirés sont respirés à nouveau plusieurs fois sans un apport suffisant d'air frais. Fabriquer des masques qui ne laisseraient rien passer serait une connerie sans nom et l'improvisation du "tissu" devrait être interdite.