Pâquis (GE): «Il faut stopper la colonisation rampante du crack»

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Pâquis (GE)«Il faut stopper la colonisation rampante du crack»

Six associations du quartier tirent la sonnette d’alarme face à l’explosion de la consommation et du deal de drogue, ces derniers mois. Elles ont proposé une série de mesures aux autorités.

par
Leïla Hussein
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Christian Bonzon
Christian Bonzon
Christian Bonzon

«Des gens couchés par terre ou à quatre pattes en pleine journée», «des zombies qui, en état de manque, deviennent agressifs». Ces scènes décrites par des membres d’un collectif d’associations des Pâquis sont devenues quotidiennes dans le quartier. La faute au crack, une forme de cocaïne solide, arrivé il y a peu dans les rues paquisardes. La situation inquiète d’autant plus que la vente de cette drogue et sa consommation se font autour des écoles primaires du secteur «de jour comme de nuit». «C’est inadmissible que des enfants soient confrontés à cela», s’insurge Pierre Fuchs, de Survivre aux Pâquis (Survap).

Instaurer un périmètre de sécurité

Face à «cette crise aiguë qui perdure depuis 3-4 mois», habitants, maisons de quartier et travailleurs sociaux tirent la sonnette d’alarme. Lundi, six associations ont adressé une lettre ouverte au Conseil d’État et à la Ville de Genève. Le message est clair: elles demandent «une décision politique ferme et ambitieuse». «Il faut stopper la colonisation rampante du crack», résume sans détour Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation de l’Entre-connaissance. Pour cela, le collectif a embrayé le pas aux autorités en leur faisant des propositions concrètes.

La plus forte: instaurer une zone d’exclusion du deal autour des établissements scolaires du quartier, soit un périmètre de sécurité avec une tolérance zéro. «Cela a été fait par le passé à la gare ou au Jardin anglais avec des résultats positifs. Pourquoi pas aux Pâquis?» suggère Alain, de Survap.

Un secteur allant de la rue Butini à la rue de Berne en passant par la rue des Pâquis a déjà été identifié pour le périmètre de sécurité.

Un secteur allant de la rue Butini à la rue de Berne en passant par la rue des Pâquis a déjà été identifié pour le périmètre de sécurité.

Collectif d’associations des Pâquis

Plus de personnel sur le terrain

Si davantage de présence policière, «idéalement en civil et à pied», est nécessaire, les associations sont conscientes que cela ne suffira pas. C’est pourquoi elles demandent «des moyens supplémentaires pour prendre en charge les consommateurs de drogue, qui sont en souffrance et souvent en situation de grande précarité». «Il faut davantage de travailleurs hors mur pour aider et aiguiller ces personnes», souligne une animatrice de la Maison de quartier des Pâquis.

«Cela signifie aussi allouer plus de moyens aux associations qui sont déjà sur le terrain», renchérit Marianne Chabbey, membre de l’association SGS Solidarité Pâquis, qui œuvre dans le quartier depuis plusieurs années. Pourtant, cette dernière vient de se voir retirer l’autorisation par la Ville de Genève d’installer son stand là où elle est le plus efficace, soit proche de l’école de Pâquis-Centre, au croisement entre la rue du Môle et la rue de Berne. «On l’a appris aujourd’hui», s’attriste sa collègue Francesca Olivetti, qui regrette de voir son action limitée en cette période difficile.

Des aménagements adaptés

Enfin, le collectif d’associations prône une occupation positive du quartier avec des aménagements adaptés pour limiter la présence de dealers et de consommateurs. «La situation actuelle n’est en aucun cas due à la piétonnisation des rues, bien au contraire. Si la police peine à intervenir pour cette raison, c’est à elle d’adapter sa pratique à la réalité du terrain», relève Brigitte Studer de Survap.

Fermer le préau, une fausse bonne idée

Pour les associations, la décision de fermer le préau de l’école des Pâquis, prise par le Conseil municipal mercredi, ne résoudra rien. Car «les transactions et la consommation ne se font pas là, mais dans les rues avoisinantes», signale Montserrat Perez, de la Maison de quartier des Pâquis. Pis, pour Hafid Ouardiri, «on met les enfants derrière des barrières au lieu d’enfermer les vrais criminels». Christina Kitsos, magistrate chargée du Service des écoles, ne partage pas cet avis et salue cette fermeture «qui permettra de diminuer les risques». Elle admet toutefois que cette mesure ne résoudra pas le problème. «Ce sont des questions complexes qui exigent des politiques concertées à plusieurs échelons, fédéral, cantonal et municipal et des moyens importants tant en termes de prévention que de prise en charge sanitaire, d’accompagnement social, d’aménagement et de sécurité.» De son côté, le conseiller d’État chargé de la sécurité, Mauro Poggia, n’a pas encore pu prendre connaissance du courrier des associations. «Il répondra aux auteurs après avoir consulté les services concernés, dont la police cantonale», a indiqué le porte-parole du département, Laurent Paoliello.

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