Cours d'assises à Genève: «Il m'avait dressé comme un petit chien»
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Cours d'assises à Genève«Il m'avait dressé comme un petit chien»

Le fils de Gabriel A. a témoigné contre son père, accusé de viol et contraintes sexuelles sur sa fille. Témoignage édifiant.

par
Valérie Duby

Il est aujourd'hui âgé de 30 ans. Pendant dix ans, il a vécu avec un terrible secret : celui d'avoir vu sa sœur se faire abuser par son père. Et il n'a rien dit. F. est le fils de Gabriel A., 71 ans, l'ancien conseiller technique sous Georges Pompidou qui comparait, depuis lundi, devant la Cour d'Assises de Genève, accusé par sa fille de l'avoir violé pendant quinze ans. La journée de mardi était consacrée à l'audition du frère de la victime. Le trentenaire, photographe à Londres, le dit d'emblée : il a vécu avec un sentiment de culpabilité pendant dix ans. «Mais l'emprise de mon père était tellement grande… Il m'avait dressé, un peu comme un chien, pour que je lui obéisse. Je devais me taire.»

Dans les affaires de viols, il est rare que la justice puisse produire des témoins. A deux reprises, à l'été 1995, F. affirme avoir vu sa sœur se faire abuser par son père : «La première fois, elle avait le sexe de mon père dans la bouche. Elle n'arrivait plus à respirer. Lui, il avait la bouche grande ouverte de plaisir. La deuxième, il était sur elle, comme une bête sauvage. Il lui disait «Petite pute, petite pute. » Et elle pleurait.»

Réveil nocturne pour aller au piquet

«C'est la deuxième fois que j'ai fermé la porte fenêtre. Il a entendu le bruit. Il est venu dans ma chambre et m'a dit : Si tu parles à quelqu'un, je te fais la même chose et je tue ta mère. C'est la pire menace que d'entendre dire quelqu'un, je vais tuer ta mère !» Aujourd'hui encore, F. affirme qu'il peut toujours lui arriver quelque chose… «Mon père est quelqu'un de très dangereux.» F. sait apparemment de quoi il parle. «J'ai subi des violences physiques depuis ma petite enfance. Il me disait au téléphone : Quand je rentre, je te fais ta fête. Il me réveillait la nuit pour me mettre au piquet ou pour me descendre au parking. Il frappait ma sœur dans le vagin parce qu'elle jouait. Il frappait ma mère. Il la tabassait, la piétinait., la fracassait.»

On comprend à l'audience que l'épouse de Gabriel A. - dont il est séparé depuis 2000 - n'avait pas la langue dans sa poche. Les avocats de l'accusé ont prévu de produire des enregistrements des insultes qu'elle proférait à l'encontre de son mari. «Vous rendez-vous compte, mon père constituait des dossiers sur sa propre femme, répond F. Mais ma mère est comme ça, c'est sa nature. Elle n'a pas la même éducation que mon père. Il lui disait d'ailleurs souvent qu'elle était une Juive marocaine et qu'elle devait être habituée à être soumise.»

«Menteur !»

A plusieurs reprises, Gabriel A. - qui conteste toutes les accusations portées contre lui - lance : «C'est faux !» «Menteur !»

«C'est toi le menteur!», répond son fils.

Pendant des années, à entendre les enfants de l'accusé, la famille a vécu dans la terreur. Même s'ils ne manquaient de rien financièrement. «C'est vrai, ajoute F., je n'ai pas compris qu'il n'ait plus voulu me revoir après son départ de la maison en 2000. Il ne voulait plus me parler alors que moi j'ai passé ma vie à me taire pour lui. J'ai toujours voulu aimer mon père!» Complot, machination de la mère et de ses enfants? C'est ce que veut démontrer la défense, représentée par les célèbres avocats, Mes Marc Bonnant et Charles Poncet.

Un voile de mystère entoure en tout cas cette affaire. Gabriel A. - qui a fui la France début 80 après avoir révélé des affaires de pots de vin au sein du gouvernement - vivait en Suisse sous un faux nom. «On ne savait même pas le métier qu'il faisait si ce n'est constituer des dossiers sur des gens, poursuit F. A l'école, je devais dire que j'habitais Neuchâtel. Les élèves de ma classe me demandaient comment je pouvais venir tous les matins à l'école depuis Neuchâtel. On devait aussi dire que notre père s'appelait Paul ou Jacques Daumier. A la maison, nous n'avions pas notre nom sur la porte ou sur la boîte aux lettres si ce n'est celui d'une société.»

Le procès se poursuit aujourd'hui avec l'audition de la maman. Mercredi après-midi, l'accusé devra répondre aux questions de la Cour d'Assises.

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