Actualisé 15.01.2020 à 20:06

Procès en France

«Il me touchait comme un sauvage»

L'ex-prêtre français Bernard Preynat, jugé en France pour de multiples agressions sexuelles sur de jeunes scouts il y a plus de 30 ans, a fait face aux témoignages de ses victimes, mercredi.

«Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, c'était de la masturbation; il me touchait comme un sauvage», s'indigne à la barre une victime de Bernard Preynat, jugé à Lyon pour de multiples agressions sexuelles sur des enfants.

«Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber, de caresser son sexe... Il me retournait pour se frotter contre moi», explique mercredi devant le tribunal correctionnel Stéphane Hoarau, 8 ans à l'époque des faits, ajoutant que ces abus s'étaient déroulés plusieurs fois dans la chambre de l'ancien homme d'église.

Selon lui, les jeunes proies de Preynat se succédaient parfois dans un même local. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), Stéphane Hoarau se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait Preynat.

«J'ai vraiment eu l'impression qu'il lui avait fait subir la même chose qu'à moi», dit-il. «Moi, j'avais confiance». Au début. Mais «je ne suis pas né sous une bonne étoile», souligne M. Hoarau, placé à l'âge de 4 ans en famille d'accueil après avoir été déjà victime d'un prédateur sexuel dans son entourage familial. Il avait été inscrit par sa famille d'accueil chez les scouts du groupe de Preynat pour «le recadrer».

Ce qu'il récolte ce sont des attouchements, des agressions sexuelles répétées. Il portera plainte en avril 2016 après de longues années de silence.

Après les scouts, s'en suivront d'autres galères, familles d'accueil, foyer, foyer de jeunes travailleurs et «mise à la rue» à 18 ans à peine. Depuis, «je me suis marié». «J'ai des enfants mais j'ai beaucoup de mal à les toucher», reconnaît-il, attribuant ses difficultés à les câliner au traumatisme vécu dans son enfance, sous l'emprise du «père Bernard». «Ces réticences, il y a un lien de cause à effet avec ce qui m'est arrivé».

«Peur de devenir moi-même un agresseur»

Une autre victime témoigne d'horribles «flashes» quand elle change les couches de ses jumeaux, des petits garçons de deux ans. «Parfois, quand je suis amené à les changer, des visions me reviennent. Des craintes me reviennent», raconte la voix étranglée Stéphane Sylvestre qui a déposé plainte en 2015. «Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe» de Preynat. Mais «j'avais peur de devenir moi-même un agresseur».

Il se souvient des attouchements de l'ex-prêtre sur son sexe, notamment dans les bureaux du premier étage de l'église Saint Luc. Quand Preynat l'agressait, «il pouvait parler de scoutisme, complètement en décalage avec ce qu'il me faisait. Je dis ça maintenant avec ma vision d'adulte», relève M. Sylvestre.

«J'ai voulu quitter les scouts et quand j'ai pu enfin en partir, je me suis adossé et écroulé le long du mur. Ses parents s'en étonnent et Stéphane parle enfin: 'Un homme m'a caressé; il a mis sa main dans mon short'. Heureusement, 'mes parents m'ont cru aussitôt et ça m'a beaucoup aidé'. 'A l'époque, j'avais l'impression d'être la seule victime'. Quand on est abusé, 'on est un pantin dans un corps qui ne nous appartient plus'», dit-il, la gorge serrée.

Dieu merci !

Face à ses victimes, Bernard Preynat, comme depuis le début de son procès, reconnaît partiellement les faits et leur demande pardon. »Je regrette de l'avoir rendu malheureux«, dit l'ancien prêtre de 74 ans après le témoignage poignant de M. Sylvestre.

«J'étais très loin de tous les agresser, Dieu merci!», s'était-il exclamé un peu plus tôt, en réponse à la présidente du tribunal qui soulignait de sa part «une multiplicité d'actes sur une multiplicité d'enfants pendant une vingtaine d'années».

Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription. L'une des victimes parties civiles, Frédéric Sarrazin, ne s'est pas présentés à l'audience.

Le présidente Anne-Sophie Martinet a indiqué que seraient entendus dans l'après-midi les experts qui ont tenté de sonder la personnalité de Bernard Preynat, prêtre adulé et pervers sexuel. (20 minutes/afp)

L'abuseur abusé

Bernard Preynat a révélé mercredi avoir lui-même été abusé dans sa jeunesse. L'ancien prêtre a d'abord surpris jusqu'à son avocat en évoquant pour la première fois des abus qu'il aurait lui-même subis dans sa jeunesse, en se référant à une lettre écrite l'été dernier à l'administrateur apostolique de Lyon Michel Dubost.

Dans ce courrier, Preynat raconte notamment avoir été successivement agressé sexuellement par un sacristain de sa paroisse, un séminariste et un prêtre au petit séminaire entre sa sixième et sa quatrième. Des faits qu'il n'avait jamais évoqués avant d'être interrogé par une inspectrice de police début 2016.

«On aurait pu m'aider»

L'ex-prêtre français a pointé mercredi la responsabilité de sa hiérarchie, qui, plusieurs fois alertée sur ses pulsions, n'a pas exigé qu'il se fasse soigner. «Déjà à 14 ans, au petit séminaire, je savais déjà (que j'étais attiré par les petits garçons). On m'a dit tu es un malade , mais on s'est débarrassé de moi. On m'a envoyé dans un autre séminaire», raconte Bernard Preynat, 74 ans, à la barre pour cette deuxième journée d'un procès à Lyon (centre-est) à l'issue duquel il encourt jusqu'à 10 ans de prison.

L'ancien curé de Sainte-Foy-les-Lyon (banlieue de Lyon) explique que ses penchants n'ont pas empêché son ordination en 1971. «On aurait dû m'aider... On m'a laissé devenir prêtre», a-t-il déclaré mercredi, soulignant qu'il avait suivi une thérapie à l'hôpital psychiatrique du Vinatier, près de Lyon, en 1967 et 1968.

Au fil des années, il a expliqué pendant la confession avoir bien présenté «comme un péché» certains de ses actes et pulsions. Mais «le prêtre me donnait des encouragements pour que je ne recommence pas, et l'absolution». «On m'a parlé plusieurs fois de maladie sans me donner de chemin pour en sortir», résume-t-il, tout en prenant soin de tempérer: «je n'accuse pas l'Eglise; je ne m'en sers pas comme excuse».

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