Actualisé 30.06.2008 à 15:40

Il n'y a rien à craindre du LHC, assure le CERN

Lorsqu'il entrera en service en août en Suisse, le Grand collisionneur de hadrons (LHC), le plus puissant accélérateur de particules jamais construit, pourrait bien faire d'étranges découvertes dans l'univers.

Mais le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) balaye en revanche comme ridicules les inquiétudes qu'il suscite: certains détracteurs craignent notamment qu'il puisse donner naissance à un trou noir capable d'avaler la Terre...

«Ce ne sera pas la fin du monde lorsque le LHC se mettra en route», assure Lyn Evans, le chef du projet, d'un coût estimé de 3,7 milliards d'euros. David Francis, physicien d'ATLAS, un détecteur de particules du LHC, sourit lorsqu'on lui demande s'il craint la formation d'un trou noir ou d'hypothétiques particules tueuses connues sous le nom de «strangelets». «Si je pensais que cela allait arriver, je ne serais pas ici», répond-il.

Accélérateur le plus grand et le plus puissant du monde, le LHC se présente sous la forme d'un anneau de 27 kilomètres de circonférence formé d'aimants supraconducteurs et «de structures accélératrices qui augmentent l'énergie des particules qui y circulent», explique le CERN sur son site Internet. Installé à la frontière entre la France et la Suisse, il est enfoui à 100 mètres de profondeur.

Les premiers tests de fonctionnement sont prévus pour le mois d'août, et il ne devrait pas tourner à plein régime avant des mois. Reste qu'une fois pleinement opérationnel, le «collisionneur» devrait permettre d'étonnantes découvertes.

Les scientifiques espèrent ainsi trouver trace de l'invisible «matière noire» ou «énergie noire» censée composer plus de 96% de l'univers, et percer le mystère du «boson de Higgs», particule jusqu'ici théorique qui donnerait sa masse à la matière.

Le LHC pourrait également découvrir des preuves de l'existence d'autres dimensions, ce qui serait une aubaine pour la théorie des supercordes, selon laquelle les quarks, les particules qui constituent les atomes, sont de minuscules cordes vibrantes. Et du même coup résoudre de nombreuses énigmes de la physique.

La sécurité du LHC, qui générera sept fois plus d'énergie que l'accélérateur actuellement le plus puissant, le Fermilab, près de Chicago, fait débat depuis des années. Le physicien Martin Rees estime que le risque qu'un accélérateur produise une catastrophe mondiale est extrêmement faible, de l'ordre d'un sur 50 millions, soit tout de même une probabilité similaire à celle de gagner à... certaines loteries.

Mais une équipe du CERN a affirmé dans un rapport publié le 20 juin qu'il n'y avait «pas de danger concevable» de catastrophe. Le document, qui confirme les conclusions d'un rapport du CERN de 2003, a été adoubé par un panel de cinq éminents scientifiques indépendants, dont un prix Nobel.

Des détracteurs du LHC ont porté plainte devant un tribunal de Hawaii en mars pour tenter bloquer son démarrage, invoquant «un risque important que (...) le fonctionnement du Collisionneur puisse avoir des conséquences imprévues susceptibles de provoquer la destruction de notre planète». Un des plaignants, Walter Wagner, physicien et avocat, estime que le récent rapport de sécurité du CERN comporte «plusieurs failles majeures».

Des avocats représentant le département américain de l'Energie et la Fondation nationale américaine des sciences (NSF) ont demandé un non-lieu. Les deux organismes ont versé 531 millions de dollars (335 millions d'euros) pour la construction du LHC, et le NSF financera également les frais de fonctionnement annuels de la machine à hauteur de 87 millions de dollars (55 millions d'euros). Des centaines de scientifiques américains participeront aux recherches sur le site.

Réfutant les scénarios catastrophe, les scientifiques du CERN soulignent que les rayons cosmiques bombardent la Terre et déclenchent des collisions similaires à celles prévues dans le LHC, depuis la création du système solaire il y a 4,5 milliards d'années.

«Le LHC va simplement reproduire ce que fait la nature à chaque seconde, ce qu'elle fait depuis plusieurs milliards d'années», explique John Ellis, un physicien britannique du CERN. Les sceptiques, comme M. Wagner, rétorquent que les collisions créées dans des accélérateurs pourraient être plus dangereuses.

Ces collisions qu'elles soient naturelles ou créées artificiellement pourraient produire des «micro-trous noirs», version subatomique de ces étoiles effondrées dont le champ gravitationnel est si puissant qu'il peut engloutir des planètes et d'autres étoiles. Les micro-trous noirs générés par rayons cosmiques se déplaceraient si vite qu'ils traverseraient la Terre sans représenter le moindre danger.

Alors que ceux produits dans un collisionneur, postulent les détracteurs, seraient plus lents et pourraient se retrouver pris au piège dans le champ gravitationnel de la Terre, et finalement menacer la planète.

M. Ellis juge très improbable l'apparition de micro-trous noirs dans le LHC. Et même s'il s'en formait, ajoute-t-il, ils s'évaporeraient instantanément, comme l'a prédit le célèbre physicien britannique Stephen Hawking. (ap)

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