Actualisé 15.07.2014 à 05:55

Léman

«Il ne faudrait pas que cet acte isolé ravive la guerre»

Des pêcheurs français sont accusés d'avoir braconné perches et féras. Une infraction qui fait grincer des dents sur les deux rives du lac.

de
Thomas Piffaretti
Lassociation se réserve le droit de poursuivre les fraudeurs, pour préserver la faune.

Lassociation se réserve le droit de poursuivre les fraudeurs, pour préserver la faune.

«Irrespectueux», soufflent les plus prudes. «Couillon», tonnent ceux qui manient un langage plus fleuri. Les pêcheurs du Léman, suisses comme français, condamnent unanimement l'affaire qui fait actuellement des vagues sur les eaux du lac.

Mi-juin, cinq marins d'eau douce établis entre Evian (F) et Lugrin (F) ont été pris la main dans le sac. Ils remontaient un matériel de pêche (16 nasses) non conforme à la réglementation franco-suisse qui régit la pratique dans la région. L'équipement de ces professionnels, en activité ou à la retraite, leur permettait de remonter nettement plus de poissons que l'outillage légal.

Ils sont soupçonnés de braconnage par les autorités françaises, a révélé la semaine dernière la presse locale. Ils risquent désormais de perdre leur permis.

Sur le lac, c'est la consternation. «Il ne faudrait pas que les actes isolés de certains ravivent la guerre», déplore Jean-Patrick Mauger, président d'une association française de pêcheurs amateurs. Avant la mise en place de règles internationales (lire l'encadré), chacun allait voir chez le voisin si le poisson était plus frais. Cela engendrait de fortes tensions. L'association se réserve le droit de poursuivre les fraudeurs, pour préserver la faune. Côté suisse aussi, on veut croire à un incident unique. «Ce serait bête de se brouiller pour ça», résume un pêcheur pro.

Chacun pêche chez soi et surveille sa zone

Jusqu'aux années 1980, «c'était l'anarchie», se souvient Jean-Patrick Mauger. Genevois, Vaudois, Valaisans et Français s'accusaient mutuellement de piller le Léman. La législation internationale a pacifié le lac. Désormais, les quelque 150 pêcheurs professionnels sont cantonnés à la zone administrative dont ils dépendent. Les infractions graves sont rares, notent Genève et Lausanne. Avec des moyens en baisse, le nombre de contrôles effectués par les gardes-pêche a toutefois tendance à diminuer.

«James Bond du lac» dans la tourmente

Une figure de la pêche locale est inquiétée dans cette affaire. Surnommé le «James Bond du lac» pour son charisme, il est qualifié de «peu commode» par un confrère. Injoignable hier, celui qui fournit les chefs étoilés de la région a reconnu la fraude dans «Le Messager». L'homme remet en cause les règles en vigueur. Elles favoriseraient les Suisses, chez qui les poissons seraient plus gros. «C'est le seul à penser ça», s'insurge un compatriote.

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