Prix de l’énergie: «Il ne faut pas empêcher les prix d’augmenter»

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Prix de l’énergie«Il ne faut pas empêcher les prix d’augmenter»

À contre-courant des réactions politiques demandant une intervention pour soulager le porte-monnaie des consommateurs, l’économiste Jérôme Cosandey considère que l’augmentation des prix envoie un signal fort, favorisant notamment la transition énergétique.

par
Julien Baumann
Jérôme Cosandey, directeur romand d’Avenir Suisse.

Jérôme Cosandey, directeur romand d’Avenir Suisse.

Avenir Suisse

Alors que les débats font rage, notamment en Europe, sur des mécanismes de plafonnement des prix du gaz, du pétrole ou de l’électricité pour préserver consommateurs et entreprises, le groupe de réflexion Avenir Suisse, dans des prises de position récentes, considère qu’il ne faut pas intervenir, du moins à l’heure actuelle en Suisse, pour tenter de juguler cette inflation. Jérôme Cosandey est directeur romand d’Avenir Suisse. Interview.

M. Cosandey, selon vous, la hausse des prix n’est donc pas une mauvaise chose?

Pour le citoyen lambda, c’est une augmentation de la facture d’électricité ou de chauffage. Mais il est important de rappeler la raison de cette hausse: elle signifie que ces ressources sont devenues très rares, en particulier en raison de la crise en Ukraine. Et ce prix élevé nous envoie un signal fort: il faut être économe avec cette énergie. Vouloir plafonner les prix va à l’encontre de ce signal, et donc d’une gestion et d’une production économe de l’énergie.

Comment expliquer que les politiciens veulent plafonner ces prix au plus vite?

Les gens sont surpris par cette hausse et il y a donc une certaine pression sur la politique. Mais il faut relativiser: on dépense environ 15% de notre revenu brut dans l’habitat. Environ un dixième de ces 15% est consacré au chauffage, et la hausse des prix se monte à quelques points de pourcentage, donc tout le monde ne va pas se retrouver à la rue. Il est vrai que ce sont des sommes qui ne sont plus disponibles à la fin du mois, mais on parle de dépenses d’un ordre de grandeur comparable à ce qu’on dépense pour de l’alcool ou du tabac, ce n’est pas non plus existentiel. Donc il ne faut pas empêcher les prix d’augmenter. Toutefois, pour celles et ceux qui touchent l’aide sociale ou des prestations complémentaires, ça peut faire une vraie différence.

Vous estimez que ce n’est pas le moment pour que la politique intervienne?

La politique, si elle intervient, doit le faire de façon ciblée, chez les personnes qui ont déjà besoin aujourd’hui du soutien de l’État pour joindre les deux bouts. Pour le reste, soit plus de 90% de la population, c’est important de comprendre que l’énergie est devenue quelque chose de rare et qu’il faut changer de comportement. L’augmentation du prix du chauffage et de l’électricité va sûrement accélérer le virage climatique d’une façon que toutes les campagnes et toutes les manifestations du vendredi n’ont jamais réussi à atteindre. C’est une occasion qu’on ne devrait pas manquer en plafonnant les prix. L’année prochaine, il y a les élections fédérales, et le sujet du pouvoir d’achat est très émotionnel et appelle des réponses politiques qui ne sont pas forcément des réponses économiques pertinentes.

En France, c’est une bombe à retardement au niveau de la politique budgétaire.

Jérôme Cosandey

Est-ce qu’on peut déjà observer une transition qui se fait plus rapidement?

Je n’ai pas de chiffres, mais on entend partout que si vous voulez commander des panneaux solaires ou une pompe à chaleur, les délais d’attente ont explosé. Vous voyez des gens sur les réseaux sociaux se réjouir d’avoir une voiture électrique et être moins touchés par le prix de l’essence, donc il y a clairement une réaction face à cette pénurie d’énergie. Je pense que ce sera durable, au même titre que la pandémie nous a appris à faire du télétravail, à communiquer par visioconférence, et ce sont des choses qui ont perduré. J’imagine que les changements de comportement se poursuivront à l’issue du conflit russo-ukrainien.

À l’inverse de ce que vous préconisez, la France a plafonné les prix de l’énergie. Quelles en seront les conséquences selon vous?

Je pense que c’est une politique à extrêmement court terme. On dit préserver les consommateurs mais, pour le coup, vous envoyez le signal aux marchés qu’il ne vaut pas la peine de se lancer dans d’autres énergies. On limite les revenus des entreprises énergétiques, donc elles ne peuvent pas investir dans des projets alternatifs. Donc on va prolonger la crise et la pénurie. À terme, c’est une bombe à retardement au niveau de la politique budgétaire. Si les prix continuent d’être élevés ou d’augmenter, la différence entre les prix sur le marché et les prix plafonnés sera encore beaucoup plus importante et un déficit budgétaire va être créé, qui devra être épongé par les générations suivantes.

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