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GenèveGynéco condamné pour un cancer non détecté

En omettant de surveiller un ganglion, un toubib a laissé la maladie d'une patiente se propager. Il a été condamné lundi.

par
Lucie Fehlbaum
Une palpation aurait permis au médecin de détecter le cancer à 90%.

Une palpation aurait permis au médecin de détecter le cancer à 90%.

iStock

«Je voulais la justice et la prévention. J'ai été écoutée.» K. a salué, lundi soir, l'issue du procès de son ancien gynécologue. Condamné pour lésions corporelles graves par négligence, le praticien a écopé de 300 jours-amende à 200 francs avec sursis. Il versera 80'000 francs à K. pour tort moral.

Diagnostiquée très tard

Le spécialiste n'a pas surveillé le ganglion de sa patiente, qui a contracté un cancer du sein auquel elle a survécu par miracle. En rémission médicamenteuse, son traitement ne prendra jamais fin. Il n'a pas non plus palpé sa poitrine lors d'un contrôle ultérieur. S'il l'avait fait, le cancer aurait été détecté à 90%, témoigne un expert, chargé d'éclairer la cour sur la question gynécologique. «Les soins auraient débuté dans le mois», a ajouté l'avocate de K., Me Caroline Schumacher.

Or, la maladie de la quadragénaire a été diagnostiquée presque deux ans après un rendez-vous pour «des petites boules dans le sein» avec l'accusé. Ce dernier avait jugé le ganglion viral et renvoyé sa patiente chez elle. Alors âgée de 42 ans, K. ne présentait pas, selon lui, de risque particulier de développer un cancer. «Elle pouvait m'appeler si besoin», a indiqué le gynécologue. «L'expert est catégorique. Ce ganglion aurait dû être contrôlé dans les 2 ou 3 mois. Le prévenu ne l'a pas fait, n'a pas demandé à la patiente de revenir ni profité de consultations ultérieures pour l'interroger. Qu'est-ce que ça lui coûtait?», a questionné le procureur, Clément Emery. Il demandait 360 jours-amende à 500 fr.

«Elle n'en n'a plus parlé»

Le praticien s'est étonné que sa patiente n'ait pas mentionné son ganglion plus souvent (lire ci-contre). «Quand je vais chez mon généraliste pour une angine, il ne me parle pas de ma prostate», s'est-il exclamé. Ses défenseurs, Me Alec Reymond et Me Alexandra Lopez, ont affirmé qu'«aucun des proches ni des autres médecins de K. ne sont venus nous dire qu'elle faisait état de ses boules. Un médecin n'est pas dieu, il ne peut pas tout voir.» Les deux conseils demandaient l'acquittement.

Selon Me Schumacher, l'attitude du spécialiste a décidé sa cliente à porter plainte. «Lorsqu'il a appris qu'elle avait un cancer, il lui a demandé comment elle avait pu rater ça.»

«C'était à elle d'enlever son chemisier»

Les palpations ne seraient pas très efficaces pour détecter les cancers, a soutenu le gynécologue, citant des revues médicales américaines. Lors d'un contrôle de routine, un an après avoir palpé les «petites boules» de K., le médecin n'a pas palpé sa poitrine. «Elle n'a pas enlevé le haut. Je n'ai pas eu le courage de la renvoyer en cabine pour le faire», a dit le praticien. Selon lui, la patiente est un «partenaire de soins». Elle aurait pu, et dû, lui reparler de ses ganglions.

Les mesures professionnelles

La Commission de surveillance des professions de la santé punit les praticiens qui violent les règles de l'art médical. «Les sanctions peuvent être en discordance avec le jugement pénal, mais la collaboration existe, explique le médecin cantonal, Jacques-André Romand. Le Ministère public peut informer la Commission d'un cas et vice-versa.» Les sanctions vont du blâme au retrait de l'autorisation de pratiquer, très rare.

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