Genève: «Il ne parlait pas, il cognait à un rythme respiratoire!»
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Genève«Il ne parlait pas, il cognait à un rythme respiratoire!»

Sur fond d'alcoolisme et de violences chroniques, un Roumain a tué sa compagne à coups de casserole. Son procès pour meurtre s'est ouvert mercredi.

par
David Ramseyer

«Dans leur couple, il y avait de l'amour, de la haine, des réconciliations et de l'alcool en quantités astronomiques». Me Ntah, avocat de l'accusé, plante le décor du drame. Arrivé à Genève début 2012, le meurtrier présumé de Claire*, toxicomane noyée dans la solitude, reste immobile, le regard fixe, comme détaché, lorsque très vite juges du Tribunal criminel, défense et accusation débattent de sa responsabilité pleine ou restreinte.

Pas d'intention de tuer?

A-t-il voulu tuer son amie ou les litres de bières ingurgités dans la journée l'ont-ils empêché de réaliser la gravité des coups portés ce soir de mai 2013? Lors de son interrogatoire, ce Roumain alcoolique de 48 ans au parcours chaotique, déjà condamné en France pour violence contre une ex-amie, admet les coups. «Mais je n'avais pas l'intention de tuer, j'étais ivre, je ne me rendais pas compte de la force avec laquelle je frappais». Pourtant, l'accusé n'a ensuite rien fait pour sa compagne alors qu'il était conscient qu'elle était sérieusement blessée, note le Tribunal. «Je lui ai demandé si elle voulait aller à l'hôpital mais elle a refusé», répond le prévenu. Appeler une ambulance? «Cela ne m'a pas traversé l'esprit.» Pour le reste, le meurtrier présumé ne sait plus, ne se souvient pas.

«Excuse facile»

Selon l'avocat de la famille de la victime, Me Assaël, pour qui «cet homme ne parlait pas à sa compagne, mais la cognait à un rythme respiratoire», l'excuse de l'alcool est trop facile: «Il fuit ses responsabilités. Et lorsqu'il raconte qu'il a dormi d'un sommeil profond après le tabassage, ça me glace! Cela montre son absence de regrets.» Ce que conteste le défenseur du prévenu: «Il est incapable psychiquement de verbaliser ses émotions. Mais il est conscient de la gravité des fait et n'avait absolument aucune volonté de tuer», soutient Me Ntah.

La plaidoirie de l'accusation doit avoir lieu ce jeudi, celle de la défense vendredi. Le verdict est attendu d'ici le 8 septembre. Le prévenu risque de 5 à 20 ans de prison.

*Prénom d'emprunt

Un drame sordide

Le nuit du 16 au 17 mai 2013 a mis un terme à des mois d'une liaison rythmée par les coups. Les siens surtout. Ce soir-là, le couple ivre se dispute. L'accusé saisit une casserole et pendant 15 minutes roue de coups sa victime, qu'il frappe aussi des poings. La femme est blessée sur tout le corps. Selon l'accusé, ils prennent ensuite un bain, ont un rapport sexuel puis se couchent. Il ne prévient pas les secours. Elle meurt durant la nuit d'un traumatisme thoracique. Lui quitte les lieux au matin. Il se présentera à la police deux jours plus tard.

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