Justice à Genève: «Il n’est pas le Robin des bois qu’il prétend être» 
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Justice à Genève«Il n’est pas le Robin des bois qu’il prétend être» 

Le Ministère public a demandé des condamnations de 150 jours-amendes à trois ans de prison avec sursis à l’encontre du patron de la pharmacie, de ses employés et de plusieurs clients.

par
Maria Pineiro
Tous les médicaments prescrits n’ont pas été délivés.

Tous les médicaments prescrits n’ont pas été délivés.

TDG

Patron de la pharmacie, employés et clients. Pour le procureur Vincent Delaloye, dans l’affaire de l’escroquerie présumée d’une pharmacie vis-à-vis des assurances maladie, ils sont tous coupables, car les faits sont établis. Hier, devant le tribunal, le procureur a requis des peines allant de 150 jours-amendes avec sursis à l’encontre de certains clients à 3 ans de prison avec sursis partiel pour le propriétaire de l’officine pour ce qu’il a qualifé de «gigantesque escroquerie» qui aura duré à tout le moins «dix longues années». S’il a décrit «tout ce petit monde» comme une «famille unie», il a tout de même tenu à différencier certains groupes lors de son réquisitoire.

Un préjudice de 2,5 millions

Au patron, le procureur a reproché d’avoir été l’initiateur et la «tête pensante du système frauduleux» qu’il «savait illégal». Citant les auditions des divers prévenus durant la procédure, il  a comptabilisé en moyenne cinq transactions par jour au détriment des caisses maladie pour une valeur de 250’000 fr. par année. Pour le Ministère public, le préjudice, sur dix ans, s’élève ainsi à 2,5 millions de francs, soit 10% du chiffre d’affaires de la pharmacie.

Selon Vincent Delaloye, ces agissements n’ont servi qu’à vendre des produits que ces clients n’auraient jamais achetés s’ils avaient dû les payer. Il y a donc eu enrichissement et le propriétaire de la pharmacie «n’est pas le Robin des bois qu’il prétend être, c’est un escroc». A l’en croire le parquet, une fois l’affaire révélée à la suite d’une perquisition en avril 2016, les clients ont cessé d’acquérir ces produits. 

Booster le chiffre d’affaires

Pour le représentant du Ministère public, le patron n’aurait pu agir seul, il a «bénéficié du précieux soutien de ses collaborateurs, qui étaient libres de ne pas participer à ce système». Il leur reproche des déclarations fluctuantes tout au long de la procédure et une collaboration de moins en moins satisfaisante. «Les employés savaient que tout cela était illégal», a-t-il souligné. Le bras droit du patron,  également pharmacien, se voit quant à lui également accusé d’avoir insisté pour continuer à utiliser le système qui permettait de booster le chiffre d’affaires de la pharmacie qu’il souhaitait acheter.

Enfin, aux yeux du procureur, les clients se sont bel et bien enrichis en acquérant des produits gratuits qu’ils n’auraient pas achetés. A charge, il a relevé qu’ils avaient «tous miraculeusement guéri après la perquisition de la police en avril 2016 et la fin du système frauduleux». Si l’intégralité des clients prévenus a constamment nié les faits, le représentant du Ministère public s’est employé à démontrer leur culpabilité, notamment en insistant sur le fait  que, durant la période pénale, s’ils avaient pris les médicaments remboursés, ils auraient ingurgité des doses bien au-delà des prescriptions usuelles.  

Rembourser

Aux yeux du Ministère public, les accusés ont agi à tout le moins par appât du gain sur une période longue, à savoir une bonne dizaine d’années. Leur collaboration à l’enquête est jugée de moyenne à très mauvaise par le procureur qui a jugé que les clients n’ont jamais reconnu avoir bénéficié de produits gratuits grâce au sytème de facturation de la pharmacie. Il n’a vu dans leur comportement, aux uns et aux autres, aucune circonstance atténuante. 

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