Actualisé 24.01.2020 à 09:25

GenèveIl risque huit ans de prison pour un coup à 21 millions

Le procès du malfrat qui avait braqué une bijouterie du centre-ville en 2017 s'est ouvert. Il avait été arrêté après une folle course-poursuite.

de
David Ramseyer
Lenseigne attaquée en 2017 se situe dans la très huppée rue du Rhône, au centre-ville.

Lenseigne attaquée en 2017 se situe dans la très huppée rue du Rhône, au centre-ville.

Georges Cabrera

Index tendu, pouce levé, il mime: «Je tenais mon pistolet contre le ventre, le sac accroché au bras, et de la main gauche, je prenais les bijoux». En col roulé et jeans, qui moulent un physique de sportif, le quadragénaire le jure: «Je n'aurais jamais fait de mal aux gens». S. a comparu ce jeudi devant le Tribunal correctionnel pour le braquage d'un commerce de luxe, en 2017. Il est accusé de brigandage aggravé, prise d'otage et mise en danger de la vie d'autrui, notamment. Valeur totale des pièces dérobées - et retrouvées: 21,596 millions de francs.

Multirécidiviste, de nationalité française, l'homme «assume» les faits, mais, beau parleur, il nuance. Lorsqu'il a effectué un mouvement de charge de son arme devant les employés, c'était «un jeu d'acteur»; quand il a emmené une responsable de lieux avec lui pour garantir sa sortie de la bijouterie, c'était «de la stratégie, pas une prise d'otage. Je ne tuerai jamais pour de l'argent. La vie est une succession de choix. J'en ai fait de mauvais. Je le regrette».

Le «mépris» des autres

Des remords balayés par le Ministère public, qui évoque «des faits clairement établis» pour «une faute lourde». Selon la procureure Alexandra Sigrist, «S. n'a pas eu l'ombre d'une hésitation. Il a effectué un repérage, préparé son plan, il a pillé l'enseigne et a traumatisé à jamais son personnel, qui a craint pour ses jours». Lors de sa fuite en moto, «il n'a pas non plus hésité à mettre en danger la vie de passants et de policiers. Il n'a que du mépris pour l'intégrité des gens».

La magistrate estime que le braqueur, dont la prise de conscience serait très limitée, «a tenté un gros coup pour sa gloire personnelle. C'est un narcissique, incapable d'empathie». A la prison de Champ-Dollon, où il est en détention préventive, comme sur le terrain en 2017, «il cherche toujours à montrer qu'il est le plus malin, qu'il est le maître du jeu». Sauf que le brigand a commis une erreur de taille, d'après Alexandra Sigrist: il y a trois ans, il a sous-estimé la capacité de réaction de la police genevoise.

Mise en danger à relativiser?

Les faits sont graves, admet la défense. Mais selon Me Carole van de Sandt, rien ne permet de dire que S. a eu un comportement dangereux: «Dans la bijouterie, il n'a jamais visé quelqu'un. Son intention était de s'en prendre au patrimoine, pas aux personnes. Elles n'ont pas été mises en danger». L'avocate estime par ailleurs que la qualification juridique de la prise d'otage n'est pas remplie et relativise le traumatisme des employés: «Regardez les images de vidéosurveillance: ils sont restés calmes».

Enfin, elle relève des «déclarations contradictoires» de la police sur les circonstances de la course-poursuite et conteste la mise en danger d'un gendarme, lorsque le malfrat a été intercepté. S. aurait volontairement foncé sur lui, en s'accommodant du danger de mort pour l'agent? «Mais celui-ci a admis que mon client pouvait très bien ne pas l'avoir aperçu!»

Egalement avocate du braqueur, Me Milena Peeva a aussi rappelé le passé d'un homme «brisé», abandonné bébé, puis terrassé par le décès de sa grand-mère adoptive en 2000, ce qui l'aurait fait «basculer». S. écoute, en pleurs. Il le répète: il «assume» ses actes, mais sollicite la compréhension du tribunal pour son parcours de vie difficile.

Le Ministère public a retenu tous les chefs d'accusation et requis huit ans d'emprisonnement, ainsi que dix ans d'expulsion du territoire suisse. La défense rejette notamment l'infraction de mise en danger de la vie d'autrui, et demande cinq ans de prison au maximum. Le verdict sera rendu ce vendredi.

Pistolet, grenade et égouts

Le 3 février 2017 vers 17h, élégamment habillé, S. entre dans une bijouterie du centre-ville. Le quadragénaire joue au mari à la recherche d'un cadeau pour son épouse. Après quelques minutes, le masque tombe. Il sort un pistolet, effectue un mouvement de charge, exhibe une (fausse) grenade et se fait remettre pour 21,596 millions de francs de bijoux et de montres. Le braqueur force ensuite la directrice des ventes à le suivre, pour franchir le sas de sécurité. Une fois dehors, il la laisse et s'échappe en moto. Commence alors une folle course-poursuite sur la rive gauche, en direction de la France. A Vésenaz (GE), il ignore les sommations des forces de l'ordre, et lance ensuite une grenade fumigène en direction de la voiture de police qui l'a pris en chasse. Puis il chute. Mais il se relève et redémarre. A Corsier (GE), il perd la maîtrise de son engin à un barrage et est finalement arrêté. Son butin s'est éparpillé sur le sol et une partie a disparu dans les égouts. Les pompiers retrouveront les pièces manquantes dans les canalisations grâce notamment à l'emploi d'un détecteur de métal. Au final, la totalité des montres et des bijoux dérobés ont pu être récupérés.

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