Handisport: Il se surpasse pour terminer un Iron Man
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HandisportIl se surpasse pour terminer un Iron Man

Chris Nikic vient d’écrire une page de l’histoire du sport. Il est le premier athlète atteint de trisomie 21 à terminer un Iron Man.

par
Thibaud Oberli
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Chris Nikic passe la ligne d’arrivée après près de 17 heures d’effort.

Chris Nikic passe la ligne d’arrivée après près de 17 heures d’effort.

AFP
Le début de la natation.

Le début de la natation.

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Chris Nikic doit alors passer aux disciplines qu’il apprécie moins.

Chris Nikic doit alors passer aux disciplines qu’il apprécie moins.

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Pour certains, la volonté consiste à s’inscrire dans une salle de sport pour ne jamais y remettre les pieds. Pour d’autres, elle se matérialise par des heures d’entraînement, pour se donner les moyens de réussir des exploits. Chris Nikic fait clairement partie de cette seconde catégorie. L’Américain est devenu samedi le premier athlète touché par le syndrome de Down à terminer un Iron Man.

Un exploit réalisé en 16 heures 46 minutes et 9 secondes. Sur la ligne d’arrivée, le jeune homme a été accueilli par les bras ouverts de sa sœur et de son père. Plusieurs journalistes étaient aussi présents pour immortaliser cette performance hors normes. Un parcours long et qui a aussi été le théâtre de quelques surprises. Avec notamment une chute et une attaque de fourmis lors d’un arrêt fraîcheur.

Chris Nikic a eu besoin d’un peu moins de deux heures pour parcourir les 3,8 kilomètres de natation, près de 8 heures, 12 minutes et 37 secondes pour les 180 kilomètres de vélo et un peu plus de 6 heures 15 pour boucler le marathon. Mais ce temps importe peu, c’est l’exploit qui est représentatif.

Cette histoire un peu folle commence en septembre l’année dernière, lorsque son père, observant les efforts sportifs de son fils en natation notamment, lui a dit cette phrase : «Chris, tu peux devenir champion du monde si tu fais un Ironman». Alliée avec leur devise familiale «Chris World Champion» (Chris champion du monde), qui est écrite sur le mur de la maison, ladite phrase provoque un déclic dans l’esprit du jeune homme de 21 ans.

Plusieurs autres sports avaient déjà retenu l’attention de Chris Nikic, comme le basket et le golf. D’ailleurs, l’Américain, rieur, n’a pas perdu son amour pour ces disciplines. «L’Ironman parfait serait composé d’un passage de natation, suivi d’une partie de golf et enfin d’un match de basket», déclarait-il pour le site spécialisé de triathlon Tri-mag. Un élément qui l’a aidé à découvrir, puis à apprécier, la pratique du triathlon vient d’un programme pour les jeunes handicapés de Special Olympics, lancé en Floride en 2018.

Depuis l’automne dernier, sa préparation a été digne des meilleurs professionnels de la discipline: deux ou trois séances de sport par jour et une discipline alimentaire et de récupération rigoureuse. En plus de l’aspect purement sportif, Chris Nikic a aussi dû batailler pour s’approprier notamment la course et le vélo. «Je ne peux pas conduire comme les autres qui se penchent en avant sur leurs barres aérodynamiques. Je dois rouler avec un guidon plat et pas de pédales adaptées, donc je dois travailler très dur», souligne le jeune athlète, atteint d’une hypotension musculaire caractéristique des personnes atteintes par le syndrome de Down. Plusieurs chutes graves ont d’ailleurs eu lieu durant sa préparation, sans jamais remettre en question sa motivation.

Cette performance lui est bénéfique sur plusieurs points: d’abord au niveau de sa santé. Si dans le passé, il avait été atteint par plusieurs maladies et allergies, qui l’ont contraint à prendre des médicaments, il n’en reste presque qu’un mauvais souvenir. Sur le plan mental, les avancées sont aussi très impressionnantes selon son père Nik Nikic: «Nous avons remarqué que Chris acquérait de nouvelles compétences de plus en plus vite, et avons constaté qu’il se souvenait mieux et plus rapidement des détails. Sa puissance de calcul a augmenté et son temps de réponse est devenu plus rapide.»

Fort de cette expérience, Chris Nikic et sa famille veulent la partager avec le monde entier. Un livre est notamment en cours de préparation pour raconter ce cheminement. L’athlète quant à lui se plaît complètement dans son rôle de conférencier/motivateur. A l’heure de la Covid, il donne régulièrement des interviews et participe à des séminaires depuis chez lui en vidéoconférence.

Mais il peut surtout être fier d’être considéré comme un exemple. Par cet exploit, il a prouvé que la volonté était la clé. «Nous espérons que Chris sera un modèle qui incitera dix autres enfants comme lui à en faire plus. Et ces derniers motiveront à leur tour plus d’enfants», écrivait sa famille, espérant aboutir à une société plus intégrée et inclusive. Et la cerise sur le gâteau devrait intervenir en 2021, lorsque Chris Nikic prendra part à l’Iron Man de Hawaï.

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