Procès à Genève: «Il voulait la tuer pour faire plaisir à la prévenue»
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Procès à Genève«Il voulait la tuer pour faire plaisir à la prévenue»

De très lourdes peines ont été requises mardi à l'encontre d'un homme et d'une femme accusés d'avoir tenté de tuer la belle-soeur de cette dernière, en 2016. Ils risquent 18 ans de prison.

par
Léonard Boissonnas
Les faits se sont produits au 6e étage d'un immeuble du Lignon.

Les faits se sont produits au 6e étage d'un immeuble du Lignon.

Keystone/Martial Trezzini

Un «véritable massacre» et une victime «en mille morceaux» physiquement et psychologiquement, «tout ça pour une broutille»: la Première procureure, Séverine Stalder, a eu des mots très durs à l'entame de son réquisitoire devant le Tribunal criminel de Genève, mardi. Sur le banc des accusés comparaissaient depuis la veille un Algérien de 52 ans et une Franco-marocaine de 62 ans. Ils sont accusés d'avoir tenté de tuer la belle-soeur de cette dernière, dans un appartement du Lignon, le 1er juillet 2016.

Attachée, bâillonnée, frappée

Selon l'accusation, l'homme aurait agi à la demande de sa coaccusée, qui ne supportait pas l'épouse de son frère. Le duo, qui habitait le même immeuble dans l'Ain (F), aurait ainsi planifié le meurtre avant que le quinquagénaire le mette à exécution, en voulant faire croire à un brigandage. La plaignante avait notamment été attachée, bâillonnée puis frappée à coups de marteau dans son logement. Après le départ de son agresseur, elle avait réussi à se traîner à la porte de l'appartement avant d'être découverte inconsciente par une voisine.

Portable de la victime chez l'accusé

Pour le Ministère public (MP), il n'y a aucun doute: c'est bien le prévenu qui est l'auteur des faits, c'est bien la prévenue qui l'a poussé à les commettre. D'ailleurs, ils se connaissaient bien mieux que ce qu'ils ont voulu faire croire. Leur relation n'était pas anodine: il l'a demandée en mariage, a rappelé le Parquet. Tous les éléments de preuves sont là pour attester de leur implication. Le téléphone et la carte SIM de la victime ont été retrouvés chez l'accusé, des traces de semelle très spécifiques relevées chez la plaignante correspondent aux chaussures du prévenu, l'ADN de ce dernier était présent notamment sur le manche du marteau et puis son portable a borné à la frontière franco-suisse le jour des faits, «la seule fois où c'est arrivé», a relevé la Première procureure.

«Elle a planifié le meurtre et trouvé un tueur»

La sexagénaire, elle, ne pouvait pas sentir la victime, selon plusieurs témoignages. C'est elle qui donnait les ordres, comme en attestent des conversations téléphoniques, où elle dit: «Fais comme on a dit» ou «Enlève cette carte SIM». «Elle a planifié la mort de la plaignante et elle a trouvé un tueur», a souligné Séverine Stalder. D'ailleurs, le seul numéro de téléphone commun aux répertoires de l'accusé et de la victime est celui de la prévenue.

Pas moins de 45 coups de marteau

Pour la magistrate, les infractions retenues contre les deux accusés sont «gravissimes». Le prévenu a torturé la victime, une «miraculée», pendant deux heures et lui a asséné 45 coups de marteau avec le côté pointu, occasionnant de nombreuses plaies, lésions et fractures. Il l'a laissée pour morte, baignant dans son sang, ligotée et bâillonnée. Sa façon d'agir est particulièrement odieuse. «Il voulait la tuer pour faire plaisir à la prévenue», a expliqué la représentante du MP. «A aucun moment, il n'a cessé son agression», a-t-elle ajouté. En outre, sa prise de conscience au niveau personnel est nulle: il n'a pas pris la mesure de sa faute, exprimant certes des regrets, mais pas d'excuses. Sa responsabilité est légèrement restreinte à cause d'un faible retard mental et d'un trouble de la personnalité constatés chez lui. Une peine privative de liberté de 18 ans, ainsi qu'une mesure psychothérapeutique ont été requises à son encontre pour tentative de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat et brigandage aggravé.

«Elle a écrit le pire des scénarios»

Le Ministère public a réclamé la même peine à l'encontre de la prévenue pour instigation à assassinat avec la circonstance aggravante de l'assassinat et instigation à brigandage aggravé. Sa faute est extrêmement grave et son but égoïste: elle voulait se débarrasser de sa belle-soeur. Elle a notamment planifié l'acte, montré les lieux à son comparse et l'a informé que la victime était seule ce jour-là. «Elle a soutenu le projet, alors qu'elle avait moult occasions d'interrompre la mission donnée, a souligné la Première procureure. Elle a juste écrit le pire des scénarios.» Sa prise de conscience est nulle, puisqu'elle persiste à nier l'évidence. En outre, il n'y a eu de sa part aucune collaboration: elle a continué à dire qu'elle aime sa belle-soeur. Sa responsabilité est légèrement restreinte en raison de sa personnalité paranoïaque et d'un trouble persistant délirant, a conclu le Parquet.

Le verdict sera rendu mardi.

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