Libye: Il voulait vivre la révolution
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LibyeIl voulait vivre la révolution

Matthew Vandyke, jeune américain qui s'est évadé lors de l'assaut de Tripoli par les rebelles, raconte ses six mois passés dans les geôles de Mouammar Kadhafi.

Matthew Vandyke fait claquer la fenêtre métallique de la porte de prison, avance deux pas, recule, s'allonge, regarde le mur. Ce jeune américain, qui s'est évadé lors de l'assaut de Tripoli par les rebelles, revit les six mois passés dans les geôles de Mouammar Kadhafi. C'est la troisième fois que ce réalisateur indépendant revient sur les lieux de sa détention dans la prison d'Abou Salim. Passe l'immense porte d'entrée, traverse la cour entourée de murs hauts de cinq mètres surmontés de barbelés et entre dans sa cellule de confinement de trois mètres sur deux. Soixante-seize jours exactement, c'est le temps qu'il y a passé après avoir été emprisonné 85 jours ailleurs dans l'est du pays.

Encore stupéfait, il se demande s'il ne rêve pas. «Je pensais que j'allais y passer 30 ans et que je serai exécuté. Si Kadhafi n'avait pas été renversé, jamais je n'en serai sorti».

De Blatimore à Abou Salim

Matthew Vandyke était arrivé en Libye dès le début de l'insurrection en février. Le jeune homme de 32 ans, originaire de Baltimore (Maryland), voulait simplement vivre la révolution. Pas pour se battre, insiste-t-il, mais pour passer du temps aux côtés des rebelles, voir les batailles, filmer aussi pour constituer des archives.

Et puis un jour de la mi-mars à Brega (est). «Nous sommes tombés dans une embuscade. J'ai été blessé à la tête. Je me souviens juste que je me suis réveillé en prison en entendant le bruit d'un homme que l'on torture. J'ai pensé que c'était terminé».

Sa situation est compliquée: il n'est pas là en tant que journaliste. «Ils croyaient que j'étais avec les rebelles. Ils m'ont accusé d'être de la CIA, du Mossad. Ils m'ont dit: jamais tu ne reverras les Etats-Unis».

Première prison, sans doute du côté de Syrte, pense-t-il. Puis Abou Salim, haut lieu de détention des prisonniers politiques sous le régime de Mouammar Kadhafi, où il est placé dans la cellule de confinement. L'endroit est relativement propre: un lavabo, des toilettes, une douche, un matelas. Pas d'odeurs désagréables. Des repas trois fois par jour. Pas de mauvais traitements physiques.

Isolement total

Mais l'isolement total. «Tout le temps que j'ai passé là-bas, je ne suis jamais sorti. Rien à faire, pas de livre, rien à lire sauf des étiquettes de packs de lait écrits en français. Personne à qui parler, personne qui ne m'ait vu» sauf le garde qui chaque jour lui passe son repas par la petite fenêtre de sa cellule.

La journée, le jeune homme essaye de tenir le coup, marche 10 heures, en avant, en arrière, s'accroche à la photo d'une jeune fille sur une boîte de savon qui ressemble à son ex-petite copine. Chaque nuit, il pense qu'on va venir le chercher pour le torturer.

«Etre tout seul, c'est une torture psychologique. Je voulais rester digne. Mais mon état d'esprit était horrible. J'étais inquiet de tout, c'était constant, j'ai commencé à perdre les pédales». Il évoque des troubles du comportement, sa manie de se laver constamment ses mains.

Coupé de tout, Matthew Vandyke ignore qu'une opération internationale est en cours, que Benghazi (est) a été épargné, que le Djebel Nefoussa (ouest) se libère, enfin que les rebelles s'attaquent à Tripoli.

Il entend bien les explosions et les tirs mais pense que c'est l'armée de l'air qui bombarde, que ce sont des Kadhafistes qui célèbrent le leader libyen.

Libéré quand Kadhafi tombe

Quand une nuit de la semaine dernière il comprend que la prison est touchée, puis quand un prisonnier ouvre la porte de sa cellule en lui disant «viens», il pense qu'on va l'exécuter. Jusqu'à ce qu'il entende: «Kadhafi est fini». Avec les autres, il sort, découvre 100 ou 200 prisonniers dans la rue, va se réfugier chez l'un d'entre eux. «Là, j'ai regardé la télévision et j'ai compris».

Aujourd'hui, sa mince silhouette perdue hante l'hôtel Corinthia. Il raconte volubile son histoire. Et dit qu'il veut rester jusqu'à ce que la Libye soit complètement libre, que c'est pour ça qu'il est venu. (afp)

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