Suisse romande: «Il voyageait en jet privé mais ne payait pas les salaires»
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Suisse romande«Il voyageait en jet privé mais ne payait pas les salaires»

Sa boîte de gestion de fortune en liquidation, un jet-setteur suisse s’est expatrié. Ses employés sont démunis et écœurés.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
L’ancien patron aimait se rendre à Monaco pour assister au Bal de la Rose, un des plus grands rendez-vous mondains d’Europe.

L’ancien patron aimait se rendre à Monaco pour assister au Bal de la Rose, un des plus grands rendez-vous mondains d’Europe.

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«Nous avions pas mal de clients très fortunés. Jules* menait un train de vie de pacha. Mais à un moment donné, les affaires ne marchaient plus. Il allait en jet privé au Bal de la Rose à Monaco. Ses enfants continuaient de fréquenter des écoles privées. Ils pouvaient claquer des dizaines de milliers de francs en un seul week-end. Nous, nous étions sans salaire.» C’est avec amertume que Marco*, un informaticien de 49 ans, narre ses malheurs avec son ancien employeur. Croulant sous les dettes, le boss jet-setteur a laissé tomber sa Sàrl avant de s’expatrier avec sa famille.

Resté plusieurs mois sans salaire, Marco a porté l’affaire aux Prud’hommes. En décembre 2020, le Tribunal a statué en l’absence de Jules. L’homme d’affaires suisse a été reconnu débiteur d’un montant de 14’643 francs. «Il me devait au moins 70’000 francs mais il ne me versera même pas un franc», se désole l’informaticien.

Matériel de la boîte vendu

Ancien vice-président de la société, Frank* fait aussi partie des victimes de la vie dispendieuse et de la propension au «m’as-tu-vu» de l’ex-boss. «Je ne suis resté qu’un mois sans salaire avant de démissionner, mais il me doit pour plus de 80’000 fr. de commissions», regrette-t-il. «Jules est un escroc sans coeur. Cet embobineur a poussé la bassesse jusqu’à vendre le mobilier de la boîte avant de s’en aller», s’étrangle Thomas*, ancien assistant administratif de la Sàrl.

Des malheurs en série

La villa avec personnel domestique et les enfants à l’école privée, c’est du passé. Après l’hôtel payé par le social, Thomas est hébergé par un ami. «C’est compliqué de retrouver du travail dans cette branche, car des clients se sont retrouvés sans un sou sur leur compte. Plus aucune banque ne me fait confiance. Mon ex-femme m’a mis dehors de la maison. Pour elle et nos enfants, le changement de statut social est psychologiquement trop dur à accepter», plaide Thomas. «Pendant le semi-confinement, au printemps, j’ai emprunté 100 francs pour acheter une cafetière et distribuer des cafés devant l’hôpital pour essayer de gagner 10 à 20 francs», enchaîne l’ancien vice-président. Pour Marco aussi, c’est la galère. «Après plusieurs mois sans salaire, sans chômage ni social, je me suis retrouvé sans rien à manger. Ma femme m’a quitté. Un ami m’a offert une semaine de vacances en Tunisie. Deux jours avant mon retour, mon voyage a été annulé. Il n’y avait plus de vol à cause du coronavirus. J’ai dû y rester plusieurs mois. À mon retour, j’ai trouvé une montagne de poursuites et un appartement sans électricité. Mon bailleur m’a demandé d’aller voir ailleurs. J’avais un bon salaire. Je vivais bien. Et maintenant, plus rien», désespère Marco. Informaticien, il a trouvé un job en intérim comme monteur de stores. Thomas aussi est au social et se bat pour ne pas sombrer dans la dépression. Tous ces anciens employés de la Sàrl ont vu leur couple se disloquer. Pendant ce temps, les commandements de payer envoyés à Jules, parti sans laisser d’adresse, restent sans effet.

«Si les faillites sont monnaie courante en Suisse, il est rare qu’on puisse récupérer les créances salariales durant le processus de liquidation. En effet, la plupart du temps, les biens de l’entreprise ne couvrent pas les dettes. Mais, en vertu des conventions internationales, des poursuites dans le pays où Jules vit actuellement sont envisageables», précise une juriste contactée par «20 minutes».

* Prénoms d’emprunt

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