Genève: «Il y a eu des menaces de licenciements immédiats»
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Genève«Il y a eu des menaces de licenciements immédiats»

Les employés d'ABB Sécheron ont repris le travail ce mardi. Leur porte-parole explique dans quel contexte.

par
Jérôme Faas
Les employés d'ABB font leur possible pour éviter des pertes d'emplois et une délocalisation en Pologne.

Les employés d'ABB font leur possible pour éviter des pertes d'emplois et une délocalisation en Pologne.

Keystone/Salvatore di Nolfi

Après six jours de «consultation collective», soit une forme de grève déguisée, les employés d'ABB Sécheron ont repris le travail ce mardi matin. Lundi soir, le syndicat Unia indiquait qu'un accord avait été trouvé entre les employés et la direction zurichoise du groupe. Son contenu demeure confidentiel. «Il donne aux parties signataires un délai à mi-décembre pour mener à bien une consultation devant permettre, selon les dispositions légales, de maintenir les emplois», a communiqué Unia. La multinationale souhaite délocaliser la production d'ABB Sécheron en Pologne. Cette décision causerait la destruction de 143 emplois.

Interrogé ce mardi après-midi, Vincent Brungard, porte-parole du comité d'action des employés du site de Satigny, explique dans quelles conditions cette trêve a été décidée. Et il détaille le long chemin qui reste à parcourir.

Après six jours d'arrêt de la production au profit d'une consultation collective, les employés ont repris le travail. Qu'est-ce qui les a décidés?

Certaines pressions se sont exercées, avec des menaces de licenciements immédiats.

De qui émanait la menace?

De la direction. Cette menace était très sérieuse et très explicite. Il s'agissait de procéder à des licenciements au hasard, si l'on peut dire.

Qu'ont obtenu les employés?

Un accord sur un cadre de discussion qui est acceptable, même s'il n'est pas parfait.

Peut-on dire qu'aujourd'hui, les emplois sont sauvés, ou en bonne voie de l'être?

On est encore relativement loin d'avoir une solution complète. Deux groupes de travail vont se mettre en place. L'un à l'interne, l'autre avec l'Etat - il s'agit de la task force annoncée par le Conseil d'Etat.

Nous espérons pouvoir réduire le nombre d'emplois touchés. Tout le monde va essayer d'avoir un impact sur ce nombre, mais je ne sais pas quelles sont nos chances d'aboutir.

La direction vous paraît-elle ouverte à la négociation?

La phase de discussion va être entamée dans un cadre plus serein que celui qui prévalait jusqu'à présent. La présence du syndicat a notamment été acceptée.

Pour sauver les emplois, l'Etat songeait à «réorienter l'activité du site vers l'innovation». Cette solution vous paraît-elle praticable?

On peut effectivement réorienter l'activité. Après, le souci que l'on a, c'est le timing. Le départ en Pologne est annoncé de manière imminente. Or, on n'arrivera pas à atteindre le chiffre de 150 emplois rapidement. Par ailleurs, nous, ce qu'on regarde, ce sont les personnes plus que les emplois. Une réorientation ne garantit pas les emplois des employés actuels.

Communication cadrée

La direction d'ABB s'est exprimée via une porte-parole, en exerçant de façon très extensive son droit à la relecture. Elle assure qu'il n'y a pas eu de menaces. Elle précise que l'entreprise respecte la convention collective de travail, qui définit les conséquences de sa non-observance pour toutes les parties, "y compris les collaborateurs". Elle indique enfin que la période de consultation prévue par la loi a été doublée "pour avoir plus de temps pour écouter et analyser les propositions constructives des employés". Et voilà tout.

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