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Décès d'un joueur à Yverdon«Il y a eu une succession malheureuse de chocs»

L'entraîneur de Plan-les-Ouates II a livré quelques éléments sur le drame qui est survenu samedi.

par
Grégoire Surdez
Image d'illustration.

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AFP

C'est un journée de sport ordinaire qui a tourné au cauchemar. Un samedi noir pour tous les sportifs amateurs qui essaiment les terrains tous les week-ends. A Yverdon, la mort a frappé lors d'un match de rugby.

Elle a emporté avec elle Clément, un solide gaillard de 37 ans, joueur de l'équipe réserve de l'entente Neuchâtel Yverdon. La rencontre, ordinaire, opposait le club valdo-neuchâtelois à l'équipe réserve de Plan-les-Ouates, une commune située à l'ouest en périphérie de la ville de Genève.

Il était environ 14 h lorsque le drame est survenu sur le terrain des Vuagères d'Yverdon. Présent en bord de touche, l'entraîneur de l'équipe du bout du lac voit défiler des images en boucle depuis 48 heures. Il y est question d'yeux en larmes, de regards effrayés, de gyrophares, de pales d'hélicoptère.

«La première chose que j'ai envie de dire, c'est que nous sommes tous très touchés par ce qui est arrivé, témoigne Jean-Camille Nonnat. Tout le club de Plan-les-Ouates est bien sûr en pensées très profondes avec les proches et la famille du joueur. Le rugby est une grande famille. Et ce que je ressens, c'est que, dans ces moments dramatiques, il n'y a plus de couleurs, plus de maillots, rien. Dans les instants qui ont suivi l'accident, il y a eu une incroyable chaîne de solidarité. C'était très fort sur le plan émotionnel.»

Tout le monde se relève sauf Clément

Retour sur les circonstances de l'action qui a été fatale au joueur d'Yverdon. Là aussi, les images surgissent dans la tête de Jean-Camille Nonnat. «Selon moi, il y a eu une succession malheureuse de chocs. L'arbitre siffle une pénalité en notre faveur. On la joue très rapidement à la main dès que l'adversaire est à dix mètres. Clément s'élance pour plaquer le porteur du ballon. Mais c'est lui qui subit l'impact, dans un contact tout à fait correct, et il recule et tombe. L'action se poursuit et notre joueur crée un maul (ndlr: un regroupement de joueurs debout). C'est là que je vois Clément, qui s'est relevé, se positionner derrière son pack. Il me semble qu'il titube un peu. Sans doute les conséquences du premier choc où il a été un peu sonné. C'est ensuite que le maul s'écroule et qu'il reçoit un coup de genou involontaire à la tempe. L'action se poursuit et il se retrouve sous un tas de joueurs.»

Lorsque le ballon ressort, tout le monde se relève sauf Clément. «Un de nos 3e ligne, qui est médecin, a tout de suite réagi devant les signes alarmants. Il a vu les yeux révulsés et la langue qui est enfoncée au fond de la gorge. Il a essayé de la dégager. Puis un massage cardiaque a été immédiatement entrepris, car notre joueur a tout de suite constaté l'absence de pouls.»

De l'avis général, la chaîne des soins ne pouvait pas mieux fonctionner. «Un autre joueur, de l'équipe de LNA qui devait évoluer après nous, est venu très vite en renfort. Les deux ont pu se relayer jusqu'à l'arrivée de l'ambulance. Puis, celle de l'hélicoptère Sur le terrain et autour, tout le monde était en état de choc. Le pauvre a été intubé et transporté en arrêt cardio-respiratoire jusqu'au CHUV. Lorsque l'hélicoptère s'est envolé, il y a eu dix minutes d'applaudissements ininterrompus. Lorsque nous avons eu la confirmation que, sauf miracle, le coeur ne repartirait pas, j'ai vu tout le monde tomber en pleurs.»

Premier décès en rencontre officielle

Toute la famille du rugby suisse a été touchée de plein fouet par ce premier décès survenu lors d'une rencontre officielle dans notre pays. Le match en question et celui de LNA qui devait suivre ont bien sûr été annulés. D'autres rencontres prévues ce week-end ont également été reportées.

«La charge émotionnelle est lourde à porter pour tous les amoureux de ce sport, poursuit Jean-Camille Nonnat. On aime le rugby pour ses valeurs. Le combat en fait partie. C'est un sport dans lequel on cherche à prendre le dessus physiquement, parfois à faire mal. Mais toujours en restant dans les règles et en évitant de provoquer des blessures graves chez l'adversaire.»

Samedi soir, à son retour à Genève, l'équipe visiteuse est restée groupée, dans son stade de Plan-les-Ouates. «On avait tous besoin d'être ensemble, tout simplement. Nous avons également mis en place une ligne d'écoute avec notre partenaire médical de la clinique de la Colline. Ceux qui en ont besoin pourront exprimer leur ressenti après une journée que l'on aimerait n'avoir jamais vécue.»

En attendant de connaître les causes exactes du décès - une enquête est en cours et une autopsie du joueur doit avoir lieu ces jours - l'heure n'est pas à la polémique ou à l'analyse. «Pour l'instant, la seule chose qui compte, c'est d'être de tout coeur avec la famille et les proches de Clément. Si la famille donne son accord, nous serons présents aux obsèques», conclut Jean-Camille Nonnat.

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