Annemasse (F): Ils abhorrent la Sécu, ils bloquent le trafic
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Annemasse (F)Ils abhorrent la Sécu, ils bloquent le trafic

Les bonnets rouges ne veulent toujours pas adhérer à la CMU. En ce premier samedi de soldes, ils ont mené une opération escargot en zone commerciale.

par
Jérôme Faas
Samedi matin, les bonnets rouges ont mêlé leurs véhicules au trafic en plein cœur de la zone commerciale d'Annemasse, créant des congestions.

Samedi matin, les bonnets rouges ont mêlé leurs véhicules au trafic en plein cœur de la zone commerciale d'Annemasse, créant des congestions.

Manifestation devant la préfecture, défilé à Saint-Julien, banderoles déployées sur les pont, menaces de bloquer les péages, opérations escargot : depuis plusieurs semaines, quelques dizaines d'individus coiffés de bonnets rouges multiplient les actions dans la zone frontière haut-savoyarde. Cause de l'ire de ce «collectif citoyen»: l'obligation faite aux frontaliers par le gouvernement français d'adhérer au système hexagonal de Sécurité sociale dès le 1er juin. Samedi matin, dans la froidure de la zone commerciale d'Annemasse, ils étaient une quarantaine à fomenter leur nouveau coup: ralentir sensiblement la circulation en ce premier week-end de soldes. Vers 10h30, les voitures dont plusieurs arboraient un calot sur le rétroviseur était parvenues à créer un ralentissement sur près de trois kilomètres.

«Mettons un bonnet aux radars»

Leur stratégie ? «Harceler» légalement le gouvernement. En s'agitant, en se faisant remarquer, en tentant, également, de toucher au porte-monnaie de l'Etat. En couvrant de sac-poubelles les radars, par exemple. «Ils ont froid aux oreilles, ils risquent l'otite, il faut leur mettre un bonnet», sourit Jérôme Vayer, l'un des chefs de file du mouvement. Ou en exhortant les frontaliers à retirer leur argent des banques françaises pour le placer en Suisse. «Les banques, les assurances ont besoin de cet argent. S'il s'en va, ce seront les premières à se plaindre à Paris», escomptent-ils.

Snobés par la ministre de la Santé

Leur succès, pour l'heure, reste confidentiel. C'est le pot de terre contre le pot de fer. La ministre de la Santé Marisol Touraine refuse de les recevoir, «car nous ne sommes pas une association, seulement un collectif. Mais nous avons beaucoup de choses à lui dire.» Et de s'énerver de la voir, durant une séance parlementaire télévisée, tapoter sur son téléphone alors que la thématique frontalière est abordée. Des motifs d'espoir, cependant? «Nous avons réveillé les associations, qui font de plus en plus entendre leur voix». Faire boule-de-neige, mobiliser le quidam, secouer l'opinion publique, voici ce qu'ils espèrent.

Ni délais, ni compromis

L'action des autres frontaliers, que la fin du droit d'option inquiète autant qu'eux, les laisse dubitatifs. Le Groupement transfrontalier européen, pourtant nanti d'une vraie visibilité et qui a l'oreille de Paris? «Il ne demande qu'un délai, cela revient à repousser le problème.» Le collectif Frontaliers ou bien ? «Il vient de réclamer une cotisation à la CMU égale à 3% du revenu au lieu de 8%.» Bref, il propose un compromis, ce que les bonnets rouges ne veulent pas. Eux désirent le maintien définitif du droit d'option. Et annoncent déjà, en ce froid samedi matin d'hiver, de nouvelles actions, toujours pacifiques.

La fin du droit d'option pour les nuls

Aujourd'hui, les individus résidant en France et travaillant en Suisse bénéficient du droit d’option : ils peuvent adhérer à la Sécurité sociale française, à une assurance Lamal suisse, ou à une assurance privée française. 90% d’entre eux ont choisi cette dernière possibilité, qui leur permet de se faire soigner en Suisse à moindre coût. Dès le 1er juin, l’Etat français les contraindra à adhérer à la Sécurité sociale, en l’occurrence à la CMU (Couverture maladie universelle). La mesure concerne quelque 160'000 individus. Elle leur est financièrement très défavorable, et les empêchera de se faire soigner en Suisse. Elle devrait aussi coûter 25 millions de francs aux Hôpitaux universitaires genevois, qui perdront leurs patients frontaliers. Il est prévu qu’elle rapporte, en revanche, environ 150 millions d’euros par an à la France.

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