Actualisé 24.01.2019 à 13:31

Contradiction

Ils aiment la viande mais sont contre les abattoirs

Selon une étude représentative, 17% des Suisses veulent fermer les endroits où sont tués les animaux. Pourtant, plus de 90% de la population mange de la viande. Explications.

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R. Lieberherr/ofu
Keystone/Friso Gentsch

Les Suisses sont des carnivores: une personne consomme en moyenne 50 kilos de viande par année. Malgré cela, de nombreuses personnes semblent volontairement éclipser le fait que près de 60 millions d'animaux sont abattus tous les ans pour qu'on retrouve dans nos rayons d'appétissants filets, steaks et autres morceaux de bidoche.

Une étude représentative, réalisée par gfs, révèle en effet que 17% de la population helvétique souhaitent fermer tous les abattoirs en Suisse. Cet avis est avant tout partagé par les 18 à 39 ans (24%) et les femmes (21%). Ces taux paraissent élevés, d'autant plus que selon une étude de la Confédération , seuls 5% des Suisses ont totalement banni la viande de leur assiette.

Difficile de changer son mode de consommation

Penser aux animaux tués cause de la peine aux consommateurs. Mais cette pensée semble rapidement chassée de leurs esprits quand ils font leurs courses. Johanna Gollnhofer, chercheuse à l'Uni de Saint-Gall, explique cette contradiction. Selon elle, les différents scandales liés aux élevages ainsi qu'aux abattoirs d'animaux et révélés au grand jour au cours des dernières années ont sensibilisé les gens. Or, au lieu de changer leur mode de consommation, ils préfèrent revendiquer la fermeture des abattoirs parce que c'est tout simplement plus facile.

«Rares sont ceux qui pensent à la mise à mort d'un animal quand ils se retrouvent face à un steak juteux», affirme la chercheuse. Et d'ajouter: «Souvent, les consommateurs ne se sentent pas responsables. Ils estiment que c'est au monde politique et aux producteurs d'agir.» Selon Johanna Gollnhofer, l'ignorance des gens permet elle aussi d'expliquer le comportement contradictoire des consommateurs. «De plus en plus de personnes vivent en ville. Elles doivent réapprendre d'où vient la viande. Rares sont les écoles qui prévoient une visite dans un abattoir.»

La faute à la pub

Contacté par «20 Minuten», Tobias Sennhauser, président de Tier im Fokus, se dit étonné du nombre élevé de personnes souhaitant fermer les abattoirs. L'étude gfs a été mandatée par son association. Selon lui, si les gens ont tendance à éclipser la réalité des abattoirs c'est avant tout à cause de la publicité montrant des animaux heureux: «Les gens perdraient leur appétit si on leur montrait des photos de bêtes abattues.»

Heinrich Bucher, directeur de Proviande, contredit: «Les consommateurs savent que la publicité ne correspond pas à 100% à la réalité. Un producteur de voitures ne va pas faire de la pub en mettant en avant les émissions de gaz d'échappement.» Il rappelle par ailleurs qu'en Suisse les standards sont élevés dans les abattoirs: «Les animaux doivent être étourdis correctement. Les personnes travaillant dans les abattoirs doivent suivre une formation adéquate et sont tenues de participer régulièrement à des formations continues. Le secteur est aussi régulièrement contrôlé.»

Voici comment sont abattus les animaux

En Suisse, les animaux ne peuvent être abattus qu'après avoir été étourdis. Les méthodes utilisées changent selon la race. Les boeufs sont étourdis avec un pistolet à tige perforante. Le boucher plaque le pistolet contre le front de l'animal. Lorsqu'il appuie sur la détente, une longue tige métallique se plante dans le crâne de la bête, puis dans son cerveau. Cette méthode est aussi utilisée pour les moutons et les chevaux. Les cochons et la volaille sont étourdis avec du monoxyde de carbone ou avec une décharge électrique.

En Suisse romande, l'opposition aux abattoirs est plus élevée

L'étude a non seulement révélé des différences entre les hommes et les femmes, mais également entre les diverses régions linguistiques. Tandis qu'en Suisse alémanique seulement 11% des sondés sont favorables à la fermeture des abattoirs, ce taux s'élève à 35% en Suisse romande. La médiatisation de scandales liés à la viande pourrait expliquer cette différence, écrivent nos confrères alémaniques. En octobre dernier, soit pile au moment où le sondage a été effectué, l'organisation romande PEA avait en effet publiée des images choquantes provenant de deux abattoirs dans le canton de Vaud. Les vidéos montraient notamment des comportements brutaux envers les animaux et des étourdissements ratés avant leur mise à mort.

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