Actualisé

Mali«Ils lui ont scié la main avec un coupe-coupe»

Le docteur Ibrahim Maïga se souviendra toujours de ce jour où les islamistes armés à Tombouctou sont venus le chercher pour fournir l'assistance médicale à une amputation publique.

«Il y a eu une seule amputation à Tombouctou (900 km au nord-est de Bamako) pendant l'occupation», assure le médecin, qui est toujours resté dans la cité mythique, «Je ne pouvais pas laisser les gens, j'ai des diabétiques, des tuberculeux, des gens atteints du paludisme, de malnutrition, d'hypertension...»

Il ne se souvient plus exactement de la date de l'amputation, mais affirme que c'était en octobre dernier. «Ils m'ont appelé, m'ont dit d'amener une équipe médicale. C'était derrière l'hôtel Bouctou, il y a une grande place», raconte le petit homme aux épaisses lunettes.

Il poursuit: «Un homme était accusé de vol, il paraît qu'il avait volé du riz. Sa famille a dû rembourser le vol. Il avait 28 ans».

Sur place, «l'homme était bien attaché à une chaise», les bras liés aux accoudoirs. «Il était conscient tout le temps», se souvient le docteur Maïga.

«Ils lui ont scié la main avec un coupe-coupe (machette). C'est possible qu'ils l'aient anesthésié, car il n'a commencé à se débattre qu'à la fin, juste avant que la main ne se détache», dit-il, précisant n'avoir lui-même administré aucune drogue à la victime, qu'il a ensuite soignée avant qu'elle ne s'enfuie à Bamako. «Ca m'a beaucoup touché», confie le quadragénaire.

Comme le reste de la population, il a dû assister de plus à une exécution publique, «un homme accusé de meurtre, un Touareg», qui «a été fusillé en novembre». Il a aussi entendu parler de cas de viols par les islamistes, mais aucune femme n'est jamais venue se faire soigner pour cela dans son hôpital.

Par contre, il a vu affluer à partir du 11 janvier, lorsque l'armée française a commencé ses opérations militaires contre les groupes islamistes armés qui avançaient sur Bamako, des jihadistes blessés. «On a eu une vingtaine de blessés chez les islamistes ces deux dernières semaines. Certains venaient de Konna (centre, 700 km au nord-est), d'autres de Diabali (centre, 400 km au nord-est de Bamako)», deux villes occupées par les combattants islamistes et reprises ces dernières semaines par les soldats français et maliens.

Ces islamistes n'ont pas attendu l'entrée des militaires dans la ville lundi, ils ont fui vers le Nord sans combat. (afp)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!