Genève: Ils ne veulent pas que leur frangin se suicide avec Exit
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GenèveIls ne veulent pas que leur frangin se suicide avec Exit

Deux retraités estiment leur aîné pas assez malade pour mourir. L'association d'aide à la fin de vie était jugée lundi.

par
Julien Culet
Les deux frères âgés de 82 ans et 70 ans ne veulent pas que leur aîné ait recours aux services d'Exit.

Les deux frères âgés de 82 ans et 70 ans ne veulent pas que leur aîné ait recours aux services d'Exit.

Pierre Abensur/TG

L'audience a débuté à 14h15 lundi par des embrassades. La fratrie est unie et s'entend très bien. Pourtant, une juge doit trancher un différend fondamental qui les opposent: la mort de l'un d'eux. Deux frères ont saisi la justice genevoise pour empêcher l'aide au suicide qu'a requis le troisième, qui doit fêter ses 83 ans en novembre. Sans cette procédure, il serait décédé mercredi dernier. Ils ont attaqué Exit car ils estiment que leur frangin, avec qui ils randonnent, est en trop bonne santé pour mourir. D'après eux, son souhait serait le fait d'une dépression passagère.

Les nouvelles dispositions d'Exit sont visées. Depuis avril 2014, l'association prend en charge les personnes souffrant de multiples maladies handicapantes souvent liées à l'âge. L'octogénaire perd peu à peu la vue et souffre en marchant. Pour l'avocat des deux frères, les normes d'éthique de l'Académie suisse des sciences médicales ne sont plus respectées. «Les critères sont très stricts, a plaidé Me François Membrez. Il faut que la fin de vie soit proche et que tous les traitements aient échoué.»

Exit estime pouvoir s'affranchir de ces normes, «qui n'ont pas force de droit», selon son avocat Me Yves Grandjean. D'après ce dernier, «le droit à mourir de cette personne est bien plus fort que le droit à l'affection de ses deux frères. La mort est une affaire personnelle, autant que ce soit fait dignement».

Le verdict sera rendu ultérieurement.

Conflits rarement portés en justice

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En 2015, 213 romands ont eu recours aux services d'Exit. Et 60 d'entre eux présentaient des polypathologies invalidantes. «Nous avons une demande de personnes qui constatent que leur état se détériore inexorablement», précise le docteur Pierre Beck, vice-président romand. C'est la première fois qu'un conflit fraternel va au tribunal. «Cela se règle en famille, souvent lorsque nous pouvons rencontrer les proches pour leur expliquer», poursuit-il.

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