Actualisé 22.01.2020 à 00:27

Genève«Ils ont foutu ma vie en l'air, je suis anéantie»

L'employée de la Coop des Palettes, blessée grièvement lors du hold-up de 2016, a raconté comment sa vie a été bouleversée, au 2e jour du procès des braqueurs.

von
Léonard Boissonnas
1 / 7
Lecteur reporter
Lecteur reporter/Henrique
Lecteur reporter/Laura Beney

«Je ne peux rien faire comme avant, je ne peux plus courir, faire du marathon ou de la montagne», a déclaré mardi la vendeuse, touchée grièvement au pied gauche par un tir au cours du braquage de la Coop des Palettes le 25 février 2016, lors du deuxième jour du procès de cinq jeunes au Tribunal criminel. Deux d'entre eux avaient admis la veille avoir commis ce brigandage, le plus âgé reconnaissant avoir tiré quatre fois. «Je croise son regard et il me tire comme un lapin», a décrit cette mère de famille qui a subi six opérations depuis et gardera des séquelles à vie, physiquement et psychologiquement: «J'ai peur quand j'entends des bruits derrière moi, je branche l'alarme même quand je suis chez moi.»

L'employée a rappelé que les deux hommes «ont l'âge de mon fils, je pourrais être leur mère», avant d'asséner: «Ils ont foutu ma vie en l'air, je suis anéantie.» La victime a d'ailleurs refusé que les accusés lui présentent leurs excuses: «Ce serait caduque, c'est un peu trop tard.» En incapacité de travail pendant plus de trois ans et demi, elle a repris un poste en janvier, «dans une autre Coop, seulement assise».

«Il a pris son arme comme dans les films»

De son côté, un client du magasin a raconté comment le tireur avait pris son arme «comme dans les films» et tiré vers le bas. Blessé au pied par ricochet, il a indiqué avoir d'abord cru que c'était du plomb et non des éclats de 9mm qui l'avaient touché, comme on le lui a expliqué à l'hôpital. Pensant sortir le soir même, il a dû être hospitalisé plusieurs jours à cause des risques d'infection. «Au début, j'en ai vraiment bavé, c'était très douloureux», a-t-il relaté.

Un autre plaignant, victime d'un braquage commis avec une arme factice par l'un des accusés dans une station-service située à la route de Saint-Julien en août 2016, s'est dit traumatisé. Entrant dans le commerce pour régler un plein d'essence, il a tout de suite entendu des cris réclamant «la caisse! la caisse!»: «Je me suis tourné et j'ai été frappé avec la crosse d'un pistolet, a-t-il déclaré. Je ne savais pas si c'était un vrai ou pas, j'ai cru à la fin de ma vie.» Après une empoignade avec le malfrat, il a été aidé par le gérant des lieux qui a donné un coup de bidon sur le jeune homme, permettant sa maîtrise et son interpellation. «Sans l'intervention du patron, ç'aurait été difficile pour moi de le maîtriser», a poursuivi le père de famille, qui ne se rend plus dans cette station sans être accompagné. «Les images de l'agression me reviennent encore.»

Le procès se poursuit mercredi.

Des versions qui diffèrent

Comme les deux principaux accusés la veille, les trois autres prévenus ont contesté mardi être affiliés à une bande qui prévoyait de commettre un nombre indéterminé de brigandages, comme le soutient le Ministère public. L'un des jeunes hommes, notamment poursuivi pour avoir fourni l'arme du hold-up des Palettes, a rejeté cette dernière accusation: «Je n'ai aucun lien avec ce pistolet et je n'étais pas au courant d'un brigandage». Accusés d'avoir volé la moto qui a servi lors du braquage d'août 2016 dans une station-service, les deux autres prévenus ont nié. L'un d'eux a dit qu'ils avaient reçu les clés de la part d'un tiers, sans vouloir le désigner. Les deux hommes se sont ensuite rejeté la faute concernant l'incendie du deux-roues dans un parking souterrain, après les faits. Le sinistre avait mobilisé près d'une vingtaine de pompiers. Quant à l'idée de ce brigandage, l'un a refusé d'admettre y avoir concouru, tandis que l'autre a déclaré que la décision avait été prise «à trois», avec l'auteur du braquage, qui avait été entendu lundi.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!